Ils avaient quinze ans et déjà le monde leur avait retiré ses promesses. Ivor, Marco, Arjan, Jonas – une fraternité forgée dans la poussière des terrains vagues, dans la fumée des halls d’immeubles, dans l’ombre d’une ville qui ne les nommait pas. Ensemble ils défiaient les règles du jeu. La rue comme royaume, la nuit comme frontière, et le langage comme arme. La rage de vivre se heurte rapidement au désenchantement, mais dans son sillon pulsent, toujours, des instants fugaces d’amour, d’humour et de poésie – comme un battement de cœur haletant jusqu’à ce constat brutal : tu peux aimer la rue, mais elle ne t’aimera jamais. "tah l’époque" porte la rumeur de la ville, le heurt des langues, la violence et la tendresse. C’est l’histoire d’une jeunesse sans abri, et d’un écrivain qui, à dix-neuf ans, sait déjà que la beauté et la douleur ont le même visage.
Oliver Lovrenski (b. 2003) grew up in Norway and has a Croatian background. His literary debut, Back in the Day, is an intense, poetic and raw coming-of-age novel from contemporary city life.
« vas-y pourquoi tu te la racontes, on avait comme des ailes, le sang qui bouillait dans les veines » « on dit daronne pour pas avoir besoin de dire maman, genre ma daronne est vénère au lieu de maman a peur, maman a peur de moi »
J'ai lu Junky, Substance Mort, Las Vegas Parano, Mille morceaux. J'ai vu Trainspotting, Requiem for a Dream, Basketball Diaries, Smiley Face. Des histoires et des destins cassés, où la drogue et la violence consolent, plus présentes que des mères, plus fidèles que des chiens. Mais jamais, absolument jamais, je n'ai été aussi secoué par la voix d'un mec promis au meilleur et qui pourtant se tue et disparaît, petit à petit.
Au cœur de ce livre, il y a l'amitié de ces quatre garçons, de ces frères de cœur avec qui on fait des promesses de sang, de ceux qui pourraient tuer pour toi mais sans jamais hésiter à te plonger tête la première dans ta propre merde si nécessaire. Pour ces garçons, les sirènes du deal, du traffic et du racket chantent plus fort que celles d'un quotidien pourri où on ressent tout de façon tiède. Ces garçons flirtent avec la mort, parfois même dangereusement, parce qu'ils ont besoin d'éprouver la vie.
"Tah l'époque" c'est le livre d'Oliver Lovrenski, véritable phénomène norvégien, qui a fait de la littérature à travers les notes de son téléphone. À 19 ans, il devient figure emblématique d'une jeunesse laissée pour compte, mettant en valeur ces gamins d'immigrés qui se créent des familles loin de chez eux et ces gosses qui répondent à l'appel de la rue quand la maison n'existe plus.
Ce n'est pas un roman sympathique, ni joyeux. Bien au contraire, il est âpre, cinglant, sans concessions. Il est de cette littérature qui ne ment pas, qui montre la sueur, le sang, la crasse et les viscères. Mais au milieu de tout ce qui grouille, la tendresse éclate par petits bouts, étincelles qui s'imposent dans tout ce merdier. Il y a des gens qui ont besoin d'être sauvés, et ceux qui ne veulent pas l'être : Ivor, Marco, Arjan et Jonas sont de ceux là. Pourtant, notre premier réflexe en fermant le livre, éprouvé et bouleversé, est de vouloir avancer vers eux, bras ouverts, prêts à être khalassés, ou enlacés.
« y'a des choses qu'on dit à personne, comme que de temps en temps, quand t'es sur le quai plus mét du métro, en entendant le grondement dans le tunnel, tu recules d'un pas, contractes les muscles et retiens ton souffle, et une fois que le métro est passé, t'es toujours planté là, à te demander si tu oseras t'envoler un jour »
Une écriture aux allures de journal intime. Les confessions version XXIe s. dans les quartiers d’Oslo. Franchement, un style qui change et qui apporte un peu de « fraîcheur », et surtout du renouveau. Cru sans être de trop, juste la vie à travers une nouvelle perspective.
So far so très très good. Une langue, une voix, un livre qui donne la patate avec des fulgurances et des moments de grâce. Sans jamais tomber dans le grossier, le facile ou l’attendu, l’auteur arrive à nous embarquer dans le quotidien d’un groupe de jeunes. C’est un livre qui crie la vie, qui célèbre la fraternité et l’amitié. On est touché par des phrases simples qui font le même effet qu’un uppercut. Se dégage de ce texte sans majuscule et à la langue qui court parce qu’il faut vivre putain une vraie virtuosité, une poésie du béton et des kebabs avalés parce que défoncés. C’est juste terriblement beau.