Pendant des années, les geeks ont vécu dans l'ombre. Minoritaires et parfois moqués à cause de leur passion pour les jeux de rôle, la littérature fantastique, les jeux vidéo ou l'informatique, ils ont aujourd'hui pris le pouvoir. Ils dirigent les plus grandes entreprises de la planète (Elon Musk, Mark Zuckerberg), occupent des postes politiques de premier plan (J.D. Vance), et les communautés qu'ils forment regroupent des dizaines de millions de personnes. Leurs références ont d'énormes répercussions partout dans le monde. Elles sont même devenues un enjeu de premier plan pour le néoconservatisme qui se les approprie et tente de les retourner à son avantage. Le Pouvoir des geeks explore cette contre-culture devenue majoritaire et raconte comment elle contient aussi les ferments de la résistance.
Petit essai assez captivant qui revient sur l’image du geek et son évolution jusqu’à aujourd’hui. Ça se lit hyper vite, c’est un sujet qui m’intéresse, mais même si tout ce qui est sf/fantasy ne vous captive, le prendre sous un prisme politique ajoute un truc en plus.
J’ai pris beaucoup de notes, ce qui est toujours un signe de qualité pour un livre.
Essentiellement centré sur Musk (mais pas que) qui se revendique d’une certaine culture geek, ce livre explique à quel point il n’a visiblement rien compris aux livres qu’il a lu et qu’il aime mentionner comme références quand il explique sa pensée politique. Et franchement quand on connaît les livres ou les œuvres (c’est le cas de l’auteur mais c’est aussi le mien), c’est vraiment très flagrant. Si un ouvrage a un message particulier, vous pouvez être sûr que Musk a compris tout le contraire, et son supposé autisme n’est pas une excuse (la culture geek comprends de nombreuses personnes sur le spectre de l’autisme). Il est juste beaucoup moins intelligent qu’il aime le faire croire.
Ce livre n’élude pas le fait que la communauté geek a ses travers, c’est une communauté qui reste encore très blanche et très masculine. On y trouve aussi tous les courants politiques y compris l’extrême droite. J’ai vraiment aimé que l’auteur ne fasse pas semblant de ne pas voir ces aspects. Pour autant elle a aussi de belles valeurs partagées par une grande partie de ceux qui en font partie. Quel plaisir de voir quelqu’un qui s’y connaît parler de fan fiction et des valeurs qui vont avec, valeurs qu’aime beaucoup piétiner Musk, qui encore une fois n’a rien compris.
J’ai adoré ma lecture du Pouvoir des geeks de Damien Leloup qui est l’essai d’un passionné des cultures de l’imaginaire pointant du doigt l’immense trahison des récupérations politiques des cultures alternatives. C’est un essai qui part d’un constat déprimant mais qui soulage aussi beaucoup en nous inspirant à revenir à ce qui nous fait tant vibrer dans les œuvres geeks pour ne pas laisser ces territoires faits de critique du pouvoir, d’empathie ou encore de solidarité se laisser noircir par les politique de la haine.