Les pensées envahissantes d’Alice prennent de l’expansion, se métamorphosent. La nuit surtout elles s’attardent comme de grosses mouches sur les surfaces que la culpabilité rend collantes. Alice est étrillée par des sentiments troubles qui l’empêchent de trouver le sommeil.
Coupable. Oui. Elle le ressent au creux de sa chair. Mais de quoi ? Elle soupçonne parfois un déséquilibre hormonal.
Elle a vérifié tout à l’heure, ses patchs d’œstrogènes sont encore bien en place.
De toute manière, tout pourra s’arranger, au fond elle est sûre de cela. À l’université, Bernardo, son étudiant en thèse qui travaille sur Louise Bourgeois, n’a rien contre elle. Alice doit chasser avec plus de vigueur le brouillard qui se développe autour d’elle, surtout elle doit faire la sourde oreille aux voix qui la somment de revenir.
Kev Lambert, auparavant connu sous le nom de Kevin Lambert, né le 17 octobre 1992 à Montréal, est un écrivain québécois.
En 2017, il publie son premier roman, intitulé Tu aimeras ce que tu as tué, et en 2018, Querelle de Roberval, tous deux aux éditions Héliotrope. Son troisième roman, Que notre joie demeure, publié chez Héliotrope en 2022 au Québec et au Nouvel Attila en 2023 en France, est lauréat du prix Médicis 2023.
3.5 C’est fidèle à l’intelligence et au talent de Kev Lambert, mais j’ai trouvé qu’il y avait une répétition dans les idées (des phrases presque semblables mots pour mots qui reviennent, une surabondance de l’utilisation de certains termes) pour un roman si court.
C'est encore tellement réussi, tellement différent, tellement saisissant... Je ne peux que continuer d'être un énorme fan du travail de Kev, même si la longueur ici est un peu une distraction (même si je comprends qu'avec l'intensité, la violence du monologue intérieur, ça aurait pas pu être 300 pages là). J'ai l'impression que ce sera pas un gros moment dans la vie de l'écrivaine pour cette raison, mais ça c'est des réflexions sur la vie littéraire, la réception plutôt que le livre! L'obsessionnel se retrouve entre bonnes mains ici, dans les mains politiques, stylées, minutieuses de Kev. Je donne, porté par un plaisir de lecture immense, ce 4/5 bien rond.
J'ai pas le feeling que mon review est complet, final... j'y reviendrai bientôt.
C'est bien écrit, mais - et encore plus que dans les autres- souvent je trouvais que c'était "trop écrit". C'est difficile à expliquer.
De plus, je me demande si ça n'aurait pas plus renverser les codes, été plus subversif et moins facilement reliable au débat/dialogue entre Kev et François Legeault si ça avait été unE premièrE ministre dans le roman.
Et bon, on présente pas son sujet de thèse alors qu'on a encore des séminaires et tsé B+ et A- existent aussi on peut ne pas trop capoter avec ça. Surtout que si l'étudiant présente son sujet de thèse, la demande de bourse est déjà effectuée.
«"Cumul I" fait monter des choses qui se disent mal.» ne me méprenez pas, ce n'était pas mauvais, mais juste trop remplis de mots crachés un peu en mottons p.s. ne pas lire après avoir manger une assiette de yogourt à l'ail (va savoir)
Je suis pas mal fan fini de kev, la beauté de son écriture et la complexité des personnages qu’elle construit. J’ai particulièrement aimé les passages de Legault-bashing! ✊🏻 ça tombe réellement à point, un petit bijou
Kev Lambert, là, c'est une aventure littéraire à chaque fois. Jamais exactement la même, parce qu'elle se renouvelle comme personne, tout en gardant une voix unique. Ce livre est, j'ai cru comprendre, une "commande" du Centre Pompidou autour de l'oeuvre Cumul 1 de Louise Bourgeois. Ce qui en fait un livre encore à part. Alice, l'héroïne prof d'histoire de l'art à l'université et directrice de thèse d'un certain Bernardo, tergiverse, doute, culpabilise. Remet en question sa légitimité entière, de femme et de professionnelle. C'est court, aussi chirurgical que formidablement émouvant. Et comme à chaque fois que je referme un livre de Kev Lambert, je reste muette un long moment, à tout ressasser et moi aussi, me poser mille questions. Comme à chaque fois, ça remue fort, ça va chercher qqchose au fond, tout au fond. On aime ou pas, je comprends que ça n'emballe pas tout le monde, mais Kev Lambert, c'est à mon sens une des très grandes voix de la littérature francophone.
« Un rapport récent suggère des restrictions dans l’accès aux hormones chez les jeunes, et bientôt chez les adultes.
Le gouvernement de sa province pourrait bien lui retirer ses ordonnances. Son pays suit cette descente vers le pire, cette longue glissade entamée aux États-Unis, où Alice n’ose plus se rendre.
[…] Il faudra rejoindre des réseaux de contrebande, et s’il est bel et bien impossible de trouver des hormones, se tuer, d’une manière pas trop terrible, quand même, pas trop douloureuse, ne faire chier personne avec ça.
Les effets d’un sevrage forcé d’oestrogène sont inconnus. Alice imagine l’humiliation de femmes détraquées, transfigurées par l’ignoble, les poils qui repoussent, les cheveux qui tombent, la perte de la maîtrise, de la souveraineté sur leur corps qui reprend ses barbares fonctions.
On assistera, Alice le pense, à des suicides nombreux, par vagues immenses et creuses culminant au-dessus de nos têtes.
Je ne sais pas trop où me situer quelques minutes après avoir terminé ce bouquin...
Le personnage principal m'a un peu troublé par ses réflexions qui me rejoignent pas mal. C'est doux, c'est bien écrit, c'est également angoissant et cinglant. Je trouve qu'il a bien exploité le côté trans d'Alice sans trop en beurrer épais.
Ça prend un tournant inatendu à la fin, ce qui me plait toujours et je ne l'ai vraiment pas vu venir. Un petit coup de fouet bien appliqué.
Une autre belle réussite de Kev et en plus, ça m'a permis de me plonger dans l'histoire de l'art et la sculpture, ce qui est un beau bonus.
Je ne sais pas très bien quoi penser de ce livre de Kev Lambert. Mais je crois bien que j'ai aimé. L'immersion dans le monologue intérieur de la protagoniste est parfois décousu, mais c'est précisément ce qui le rend réaliste. Ce qui m'a frappée, entre autres, c'est le sentiment d'aliénation du personnage, qui balance entre la rage brûlante et la perpétuelle volonté de bien faire les choses, de ne pas se rendre coupable de quoi que ce soit. Difficile (surtout en tant que femme) de ne pas voir un peu de soi-même dans cette ambivalence. En plus, au terme de ma lecture, j'ai maintenant bien envie d'en savoir plus sur l'œuvre de Louise Bourgeois.
Kev Lambert hat ein neues Buch geschrieben, das es bisher leider nicht auf Deutsch gibt, was für mich aber nach langer Zeit mal wieder ein guter Anlass war, etwas auf Französisch zu lesen, da ich nach der Lektüre von "Möge uns die Freude bleiben" nicht erwarten konnte, mehr der Quebecer Autorin zu lesen. "Cumul I" heißt dieses neue Werk, das in der Auseinandersetzung mit Louise Bourgeois' gleichnamiger Skulptur entstanden ist, und es ist ein weiterer Beleg für die Singularität der Stimme Kev Lamberts in der Gegenwartsliteratur, die sich von Buch zu Buch neu erfindet, aber prinzipientreu ist - gewissermaßen auch thementreu, aber ihre Themen so weit variiert, dass die drei Texte, die ich nun von ihr kenne, unterschiedlicher nicht sein könnten. In dem sehr kurzen neuen Roman geht es im Alice, eine Kunsthistorikerin, die die Dissertation eines ihr tief verhassten Studenten betreuen soll. Dieser Student, Bernardo, ist im klassischen Sinner schön, was bei Alice zu noch stärkerer Verachtung aber auch Begehren führt. Da der Roman in erlebter Rede geschrieben ist, kann man eine Distanz zur Protagonistin halten und nimmt trotzdem Teil an ihrem Gedankenstrudel, wird mitgerissen und kann sich gleichzeitig ein bisschen darüber belustigen. Diese Technik des Bewusstseinsstroms in der 3. Person ist, auch laut Eigenaussage der Autorin, stark von Virginia Woolf beeinflusst - das ist eine Technik, die auch in "Möge uns die Freude bleiben" eindrucksvoll angewandt wurde. Im Gegensatz zu der Vielstimmigkeit dieses längeren Romans, beschränkt sich "Cumul I" aber auf die nervösen, beinahe neurotischen, angstgetriebenen, oder einfach getriebenen, manchmal triebhaften Gedanken seiner Protagonistin. Diese drehen sich um das Verhältnis zwischen Lehrerin und Schüler, um ihre große Angst vor politischer Repression, einem Verbot der für sie lebenswichtigen Hormonpräparate, ihrem marginalisierten Status als trans Frau und ihrer Sorge um Außenwirkung, und sind durchzogen von sehr expliziten, brutalen Gewaltfantasien und sexuellen Bildern. Freud wird immer wieder herbeizitiert. Das Tempo ist rasant, ihre Gedankensprünge lassen einen den Text kaum zur Seite legen, und sind oft so absurd und krass, dass sie komisch wirken, obwohl die Situation der Professorin alles andere als komisch ist. Ihr manisches Kreisen um sich selbst, ihre Fantasie eines Bandenbildens, ihre latente Suizidalität (nur im Falle eines tatsächlichen Verbots ihrer Medikamente), sind für mich auch lesbar als große Ratlosigkeit einer vereinzelten Person, die sich ob fehlender Bündnisse nur um sich selbst bewegen kann. Dass sie, nachdem man sie dabei beobachtet hat, davon überzeugt ist, einfach voranschreiten zu können, ohne zurückzuschauen, ist eine bittere Pointe, die aber vielleicht so etwas wie Hoffnung beinhaltet, und wenn diese auch nur auf einen gemeinsamen Drink mit Bernardo gerichtet ist. Ein weiterer sehr beeindruckender Text von Kev Lambert also.
Top. Un pari vraiment bien relevé, cette commande! Un texte qui a un peu la structure d'une longue nouvelle. Il se passe bien peu de choses dans ce récit, mais on est très très vite captivé par le fil des pensées d'Alice, professeure d'histoire de l'art ayant traversé l'Atlantique pour voir une sculpture de Louise Bourgeois sur laquelle l'un de ses étudiants s'apprête à préparer une thèse. Chaque revirement nous garde bien scotché à ce petit bouquin. C'est tight, pas une virgule superflue, il ne manque rien non plus. C'est court mais ça se tient, ça dit beaucoup. J'ai refermé le livre souriante et songeuse.
Dans Cumul 1, Kev Lambert propose un texte plus court et plus resserré que ses précédents, ce qui rend sa plume d’autant plus incisive. Le roman navigue habilement entre critique du snobisme culturel et intellectuel et appropriation de ses propres codes, dans un jeu à la fois lucide et ironique.
À travers Alice, c’est un esprit en surchauffe qui se déploie : une pensée qui mitraille, bifurque, doute de tout, surtout d’elle-même. Lambert réussi à mettre de l’avant cette agitation avec beaucoup d’honnêteté et ça fait du bien à lire.
Ce nouvel opus signé Kev Lambert m’a happée par sa voix intérieure : fragmentée, hyperlucide, vulnérable. Il y a quelque chose d’Emily Dickinson dans cette manière de transformer la rumination en poésie. KL construit un univers de dark academia où se croisent sentiment d’imposture, bienveillance, anxiété intellectuelle et identité de genre, sans jamais tomber dans la démonstration. Un livre dense, nerveux, profondément humain.
Très (trop?) court roman de Kev Lambert autour d'une oeuvre de Louise Bourgeois. On reconnaît le regard acéré de Lambert, le commentaire parfois acide, toujours lucide. Alice est un personnage intriguant qui aurait pu être exploré encore plus en profondeur. Bernardo? who cares.
Quelle oeuvre! Une expérience qui va m'habiter longtemps. Comme pour plusieurs de ses livres, une seule lecture n'est pas suffisante pour s'imprégner de la justesse des mots de Kev Lambert. À relire très certainement!
On suit l’histoire de Alice , une prof d’histoire et d’art qui attribue une mauvaise note à son étudiant Bernardo. Tout viré à l’angoisse et à la culpabilité face à cette note et face à elle aussi intérieurement
Il faut savoir rentrer dans l’univers de KL pour apprécier sa plume. C’est intelligent et intéressant, mais peu accessible, on tombe facilement dans un snobisme hautain (ça rappelle Que notre joie demeure, un peu) et les plus terre-à-terre rouleront les yeux durant la lecture…
Excellent roman! Original avec comme trame de fond une œuvre d’art réelle. Kev Lambert a tellement de talent. J’ai trouvé le thème des pensées intrusives si bien amené. J’ai trouvé riche les courtes incursions dans les réalités d’une personne trans. Je recommande!
j’ai dû souligner la moitié du livre, reussir à écrire un personnage aussi complexe et touchant en aussi peu de lignes c’est vraiiiiiiment un tour de force