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Atelier 4

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Irène Dobrynine, médecin généraliste à Fontainebleau, est la sœur ainée de Natacha, une brillante ingénieure chimiste qui a choisi, par conviction écologiste, d’intégrer une multinationale qui fabrique du papier écocertifié. Un samedi après-midi, deux policiers viennent annoncer à Irène qu’un corps qui pourrait être celui de sa cadette a été retrouvé, méconnaissable, dans l’atelier 4 ultrasécurisé de l’usine d’Étampes. Natacha, qui s’y est aventurée de nuit alors qu’elle n'était pas habilitée à y avoir accès, a fait une chute mortelle.
Décès accidentel ? Suicide ? Mort provoquée ? La responsabilité de l’entreprise est-elle engagée ?
Ces questions obsèdent Irène. Tandis que ses proches et ses amis l’exhortent à faire son deuil, elle cherche sans relâche à comprendre les circonstances de la mort de sa sœur.
Au fil des semaines, la bombe à fragmentation de cette tragédie commence par détruire la famille (Bastien, le mari d’Irène, blessé qu’elle se détourne de leur projet d’enfant ; Stéphane, le mari de Natacha, qui préfère renoncer à une procédure en justice au profit d’un compromis financier avec l’entreprise ; Christian, père des deux sœurs qui porte déjà le deuil récent de son épouse, ne supporte pas la mort de sa cadette et s’enferme dans le mutisme).
Obsédée par les doutes, Irène aiguillonne un ballet judiciaire (police, juge d’instruction, avocat) qui ne suffit pas à ébranler le mur du silence. Elle poursuit son enquête coûte que coûte, au risque de se couper des siens.
Le lecteur doit avec elle recomposer pièce à pièce le puzzle de cette énigme. Reconstituer les derniers mois de la vie de Natacha à partir d’un tissu d’informations contradictoires, entre voix des témoins qui l’ont connue, révélations de collègues et procès-verbaux d’interrogatoires.
Et c’est ainsi que, peu à peu, la petite musique de nuit du roman à suspens compose la symphonie chorale d’un grand roman social sur la souffrance au travail et d’un roman politique sur les puissants qui détruisent en toute impunité les vies et la planète.

288 pages, Paperback

Published March 18, 2026

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Hélène Gestern

24 books27 followers

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Displaying 1 - 6 of 6 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
766 reviews238 followers
April 24, 2026
Dès les premiers mots, c’est l’interprétation saisissante de Clara Brajtman qui m’a amenée vers « Atelier 4 ». Puis, ce sont les mots d’Hélène Gestern qui m’ont incitée à continuer cette lecture. Quand le travail tue et que l’on tombe « sur un champ d’honneur sans honneur, sans territoire, sans cérémonie », il y a matière à réflexion. Récit d’enquête, autopsie familiale, radiographie du monde du travail, « Atelier 4 » est l’un des textes les plus précis et les plus douloureux lus depuis longtemps sur la colère, l’injustice et le deuil… et sur le monde du travail.

Irène Dobrynine est médecin généraliste à Fontainebleau. Elle a trente-huit ans, un mari, un cabinet en héritage de son père, un désir d’enfant qui n’aboutit pas. Sa sœur cadette, Natacha, chimiste chez Eco-Heft, une papeterie allemande implantée à Étampes, est retrouvée morte dans la nuit du 26 au 27 juillet 2024, à l’heure de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Le corps a chuté de la coursive de l’« Atelier 4 », en pleine nuit, sans raison apparente.

L’entreprise parle d’accident du travail. La police envisage un suicide. Irène ne croit ni à la première version ni à la seconde. Avec obstination, mais aussi parce qu’elle ne parvient pas à faire son deuil comme on le lui intime de toutes parts, elle part à la recherche de la vérité. Ses investigations vont l’emmener vers des territoires qu’elle n’imaginait pas.

« Atelier 4 » est structuré en deux parties : « La chute », puis « Ordre de bataille ». Ainsi, le lecteur bascule de la passivité du deuil à la révolte et à l’action. Le choix de la deuxième personne du singulier revient comme une incantation, une façon de maintenir vivante une présence que tout efface, et donne au récit sa tonalité d’adieu impossible. Irène maintient sa sœur vivante coûte que coûte.

Parallèlement, certains chapitres sont exclusivement consacrés à des entretiens, identifiés par le seul prénom de l’interlocuteur. Ainsi, Boris, l’ami de Natacha, Omid, le mathématicien iranien en burn-out, Marie-Paule, la déléguée syndicale, Samuel, le responsable de la sécurité, Georges, le journaliste d’investigation, et même les patients d’Irène témoignent de ce qu’ils savent.

L’originalité de cette construction réside dans le fait que le lecteur n’entend que les réponses, car les questions d’Irène sont absentes. Dans la version audio, ce choix est d’autant plus suffocant. On a l’impression d’une conversation enregistrée, captée au réel, où chaque témoin parle avec sa propre voix. L’effet est prodigieux de réalisme.

Dans la seconde partie d’« Atelier 4 », les procès-verbaux judiciaires constituent un troisième registre narratif. Il s’agit de dépositions officielles, formulées dans la langue glacée de la procédure. La langue change radicalement. Le lecteur-auditeur, bien au courant des faits, assiste, médusé, à l’étalage des mensonges de Linzer, Nocton et Castella, les responsables d’Eco-Heft. Le décalage entre ce qui est su et ce que ces gens affirment sans sourciller crée un malaise étourdissant.

La révolte du lecteur se décuple devant le culot de certains aplombs : « Je ne suis pas sûr que vous réalisiez les conséquences de l’erreur que vous êtes en train de commettre. Non, pas pour moi. Pour votre carrière, monsieur le juge ». J’ai eu envie de hurler.

Hélène Gestern dresse ici une topographie exhaustive du harcèlement organisé en entreprise, de ses méthodes et de sa progression insidieuse. Car Natacha, brillante chimiste, responsable du label Eco Office +, se voit progressivement écartée après son retour de congé maternité. Ses accès aux serveurs sont coupés. Ses congés annulés. Ses heures supplémentaires non rémunérées. Entre autres joyeusetés… On l’écarte, on la marginalise, on lui envoie des mails dans une langue qui se réclame même de la bienveillance. La politesse « corporate » devient une arme de destruction massive.

Mais au-delà du cas de Natacha placée au premier plan, les patients d’Irène forment un chœur de témoignages sur ce qu’ils vivent au quotidien dans leur vie professionnelle. Tous souffrent au travail pour des raisons souvent différentes. Marcel, l’agriculteur, Nadège, la caissière, Hervé, le graphiste, par exemple, donnent chair au roman en apportant une lumière complémentaire sur le décès de Natacha. Celle-ci n’est plus un cas isolé. Toutes ces voix disent ce que le travail est devenu, en un nombre incalculable de situations.

L’écriture d’Hélène Gestern va à l’os. On ne trouve ici ni effet de manche ni pathos. Les moments d’émotion sont donc dévastateurs. L’identification à la morgue est d’une précision chirurgicale. Les différents portraits, tels ceux de l’avocat Ruat et de l’avocate Volta, vont à l’essentiel par des détails marquants qui les définissent en quelques touches : les paluches d’étrangleur de l’un, et l’opiniâtreté du pitbull de l’autre.

J’ai adoré que la langue change au fil d’« Atelier 4 ». Dans la première partie, la plume porte l’hébétude du deuil et le temps qui s’effondre sur lui-même. Dans la seconde, elle se durcit, se fait plus sèche à mesure qu’Irène se métamorphose en combattante. L’épilogue est à couper le souffle tant l’écriture reprend son souffle pour devenir plus ample, presque poétique. Elle dit alors combien, même dans l’épuisement extrême, on peut choisir de rester du côté de la vie.

Il faut dire un mot sur l’interprétation exceptionnelle de Clara Brajtman. Sa voix pour donner vie à Irène et à tous les autres personnages est une performance à part entière. Elle trouve d’emblée le ton juste et habite le texte d’une façon remarquable. À aucun moment, je n’ai regretté d’être passée par la version audio, tant sa voix a résonné en moi. Elle apporte une existence palpable au récit, fait sentir l’acharnement et la résignation, la tendresse et la colère. Les scènes les plus dures prennent une dimension supplémentaire, et l’écouter est une expérience à part. Je crois profondément que si j’ai été si touchée, c’est aussi grâce à elle.

« Atelier 4 » dit aussi la justice et ses limites. Et ce n’est pas facile à entendre. L’épilogue est d’une lucidité terrible. Des gens meurent au travail, des entreprises mentent, paient et continuent. Parfois, la justice est saisie pour trancher, mais le temps de la justice est long. L’opinion oublie et passe à autre chose. Ne restent que les familles en situation d’attente. Le constat est sans appel : « Partout, dans toutes les entreprises, auront repoussé des Nocton, des Sernin pour assurer l’exploitation du salarié par le salarié. »

En arrière-plan, le texte pose aussi la question de ce qu’il advient d’un salarié qui refuse de se plier à sa direction, qui refuse de mentir, qui repousse la signature de certifications écologiques parce qu’elles s’arrangent avec la vérité. Qu’arrive-t-il à une salariée qui dit non ? « Atelier 4 » dit clairement la force d’un système qui fabrique des pressions, la puissance d’un gros groupe dont les décisions humaines, les lâchetés et le cynisme n’ont aucune limite. Et il dit aussi que jamais ce système ne s’arrête. Il continue. Ailleurs. Avec d’autres noms.

Édifiant !
Profile Image for Alice Alexandre.
652 reviews6 followers
Read
March 20, 2026
Pensez-vous que l’on puisse interpréter ses choix littéraires comme on interprète les rêves ? Je demande ça parce que c’est tout de même le troisième livre avec une porte sur la couverture que je lis ! Dois-je fermer une porte ? En ouvrir une autre ?

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : j’avais hâte d’ouvrir ce roman, ayant tant entendu parler d’Hélène Gestern à l’occasion de la publication de son roman 𝒞é𝓏𝑒𝓂𝒷𝓇𝑒. À la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à une enquête menée à la suite du décès de Natacha, une brillante ingénieure chimiste dont le corps a été retrouvé au pied d’une énorme cuve de l’atelier 4 d’une multinationale de production de papier. Je me trompais !

𝒜𝓉𝑒𝓁𝒾𝑒𝓇 𝟺, c’est bien plus que ça !

Irène, la narratrice, s’adresse à sa sœur cadette en lui témoignant tout son amour, mais aussi toute sa tristesse et le désarroi dans lequel elle s’enfonce, comme dans des sables mouvants. Les questions ne cessent de lui marteler l’esprit : s’agit-il d’un triste mais banal accident ? Ou Natacha s’est-elle suicidée ? C’est cette incertitude qui ronge Irène de l’intérieur.

C’est d’une tristesse infinie, mais d’une beauté absolue. Chaque phrase vient cueillir le lecteur, tant l’écriture est juste et sensible.

Le récit est par ailleurs entrecoupé de chapitres consacrés à certains patients d’Irène, ainsi qu’aux auditions des responsables du site de production papetière. Là encore, on retrouve le talent de l’autrice pour nous faire ressentir les émotions de ces personnages, bien que secondaires. Bien qu’il s’agisse de dialogues, il n’y a ni échange ni questions : celles-ci se devinent à travers le texte, d’une fluidité remarquable. C’est justement cette absence d’interlocuteur direct qui confère au récit ce ton de confidence, d’épanchement.

Bref, un roman sur le deuil, mais aussi et surtout sur le 𝘣𝘶𝘳𝘯-𝘰𝘶𝘵, ce fléau qui gangrène les sociétés capitalistes de plus en plus axées sur la production et le rendement, au détriment de l’humain. Jusqu’à quand laisserons-nous brûler la flamme de la performance qui consomme l’oxygène permettant à l’humanité de respirer… et de souffler ?

https://www.instagram.com/aliceintheo...
1,269 reviews5 followers
Review of advance copy received from Netgalley
March 16, 2026
Irène Dobrynine apprend la mort de sa soeur cadette Natacha. Elle est tombée de la coursive de l'atelier 4 dans la nuit du 26 au 27 juillet 2024 , la nuit de la cérémonie d'ouverture des J.O de Paris...
Natacha, ingénieure en chimie , travaillait chez Eco-Heft une multinationale qui fabrique du papier éco-certifié, et était en charge de la certification. Pourquoi est elle allée dans cet atelier? a t'elle caché à tous un mal-être? a-t'elle sauté? Pour Irène c'est impossible de l'imaginer
Commence alors pour Irène la quête incessante, obsédante voir obsessionnelle du pourquoi du comment. Quête exacerbée par le silence et les fins de non-recevoir des dirigeants de l'entreprise..
Irène va devoir faire face à l'incompréhension des ses proches au risque de faire éclater sa bulle familiale. Mais obstinée elle ne lâche rien, relance sans répit les enquêteurs, essaye de briser l'omerta de l'entreprise et de contacter les collègues de travail de Natacha, mais ils sont tétanisés et restent muets..
Hélène Gestern nous embarque dans un marathon émotionnel. A la stupéfaction de l'accident succède le besoin de comprendre, la mise en branle de l'investigation puis la plongée dans les abysses du monde du travail en entreprise quand tout bascule et que le quidam n'est plus qu'un individu lambda en permanence au bord du burn-out parce que seuls priment la rentabilité et les dividendes..

Roman coup de poing, roman coup de gueule, que j'ai lu en apnée...

Merci aux éditions Grasset pour ce partage via Netgalley
#Atelier4 #NetGalleyFrance !
Profile Image for Macqueron.
1,132 reviews22 followers
March 9, 2026
Une femme médecin apprend la mort de sa soeur sur son lieu de travail. Commence alors pour elle un travail de deuil, de compréhension de la mort, et d’enquête sur les conditions de la mort de sa soeur.
Tout est un peu cousu de fil blanc: assez vite on comprend les raisons de la mort, et nul rebondissement dans l’ensemble pour redonner du rythme. Mais on s’attache plutôt bien à l’histoire qu’on suit avec plaisir. Le style passe du touchant dans les premières pages au légèrement mièvre par instants dans les pages de tutoiement, en passant par de très bons chapitres d’interviews où l’on ne voit que les réponses et qui fonctionnent très bien. Le sujet du burn out est à mon avis la clé, la pollution et la conspiration donnent un côté too much qui atténue la portée du propos sur le burn out.
Bref, le livre n’est pas exempts de défauts mais il se lit avec pas mal de plaisir tout de même.

#Atelier4 #NetGalleyFrance
11 reviews
April 12, 2026
Un livre enquête et romanesque au carrefour de plusieurs lignes de lecture : la recherche absolue de la droiture, la perte d’un être cher, le manque d’enfant, la pression au travail, le Green washing, la relation de couple, la famille, la maladie, la vieillesse…

Un livre très riches de sentiments divers à reconnaitre dans une écriture toujours très juste et pertinente avec des dialogues surprenants ne comprenant que des réponses.

J’ai moins apprécié ce livre que 555 ou Cézembre mais l’écriture reste très belle.
12 reviews
May 6, 2026
Excellent. Difficile de le lâcher. Et toujours cette capacité de l’autrice à nous emmener au plus près du ressenti des protagonistes. On est avec eux, portés par leur quête. Magnifique et simple à la fois.
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