Jacqueline Harpman was born in Etterbeek, Belgium, in 1929. Being half Jewish, the family moved to Casablanca when the Nazis invaded, and returned home after the war. After studying French literature she started training to be a doctor, but could not complete her medical studies when she contracted tuberculosis. She turned to writing in 1954 and her first work was published in 1958. In 1980 she qualified as a psychoanalyst. She had given up writing after her fourth book was published, and resumed her career as a novelist only some twenty years later. She wrote twelve novels and won several literary prizes, most recently the Médicis for the present novel. She was married to an architect and had two children.
Je ne comprends pas que ce texte ne figure pas dans les classiques de la dystopie. Découvert grâce à une vidéo instagram, j'ai été intriguée par son résumé, et j'ai cédé à l'achat.
Et quelle claque, mon Dieu !
La plume de Jacqueline Harpman m'a transportée dans son monde vide de sens, étrange et curieux, où jamais nous n'auront de réponses. Et même si en tant que lectrice, ça me frustre, je trouve que cette part de mystère renforce la portée du roman.
La narratrice, la petite, est une héroïne intéressante : sans nom et sans histoire autre que la cave dans laquelle elle a grandie avec 39 femmes, elle nous fait découvrir son univers incompréhensible, mais dans lequel elle parvient tout de même à donner une once de sens.
Je suis en admiration devant le génie de Harpman d'avoir réussi à créer un univers qui semble cohérent avec si peu de réponses pour le lecteur, qui est laissé libre d'imaginer ce qui a pu conduire l'humanité à se retrancher dans des guérites impersonnelles.
L'autrice interroge avec beaucoup de finesse la condition humaine, le passage du temps, la quête de sens, le rapport à la mort, à la mémoire et au savoir.
Je ne suis pas sûre de pouvoir bien exprimer la force avec laquelle ce roman m'a frappée, mais je suis encore remuée par ma lecture.
Le roman pourrait se relire dans la foulée une fois la dernière page atteinte (j'ai relu la préface de la narratrice, assez étrange à la première lecture par ce jeu de mise en abîme).
Le récit n'est pas découpé en chapitres, ce qui s'accorde avec cette notion de temps qui passe mesurée uniquement d'un humain à l'autre : la continuité ainsi proposé rend la vie de la petite rectiligne et presque anecdotique dans ce monde que les femmes ne comprennent pas.
Je ne peux que vous encourager à vous faire votre propre idée du roman en le lisant : il m'a presque fait peur - et c'est grâce à ce roman qu'on se rend compte que les monstres ne sont pas la pire chose que l'on peut écrire pour apeurer les Hommes.