C’était délicieux.
Cloé Mehdi nous livre ici un roman au rythme endiablé et aux répliques cinglantes, et qui baigne dans un humour noir bien dosé. Dans une France dystopique, au sein d’une Europe éclatée et où les prisons subissent de plein fouet les coupes budgétaires et le zèle policier (pas très différent de notre monde actuel, somme toute), on suit le destin de Damien, qui a pris perpétuité pour le meurtre de son père et de sa sœur et pour avoir gravement mutilé sa mère.
Suite à un concours de circonstances, dans des conditions cyniques et glauques, l’assassin juvénile et « psychotique » réussit à retrouver la liberté… et fait une rencontre qui va tout changer.
Entre cavale haletante, galerie de personnages hauts en couleurs, questionnement sur la moralité, les troubles mentaux et les traumas, on traverse une Europe sans espace Schengen, et on apprend à découvrir Damien, son passé et la personne qu’il devient, loin des barreaux et de l’isolement.
C’est un peu déjanté, bourré de références, et chaque personnage possède son style et sa voix. L’autrice a réussi à écrire toute une mythologie des truands et autres malfrats, dans un monde où on perd de vue un paquet de valeurs humaines, et où le gouvernement est gangréné et n’hésite plus à abandonner les principes de décence et de dignité humaine en visant les populations carcérales déjà mises à mal.
Le rythme est maîtrisé, et malgré deux ou trois incohérences, la montée en puissance m’a laissée scotchée à mes pages. Malheureusement, la révélation finale m’a fait l’effet d’un soufflé raté, car il était difficile de conclure correctement toute cette histoire… mais ça n’a même pas réussi à entamer le plaisir de cette lecture particulière.
Critique de la justice, de la police et de la prison, Monstres en cavale est une ode à la liberté qui se lit avec une joie presque enfantine, où les gentils n’existent pas vraiment et où les méchants sont un peu méchants, mais avec un grand cœur.