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La Crue

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Paperback

Published April 10, 2026

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Displaying 1 - 2 of 2 reviews
Profile Image for Tachan.
3,288 reviews38 followers
April 25, 2026
Quand Babelio et les Editions de l’Observatoire m’ont proposé ce roman, j’ai sauté sur l’occasion, car du Paris des années 1910 et de sa crue, je ne connaissais pas grand-chose à part quelques images croisées au gré de mes visites des musées. L’occasion était trop belle… sur le papier.

J’apprécie grandement que des auteurs s’emparent d’épisodes historiques de ce genre dont on parle peu alors qu’ils furent dramatiques et marquants, et surtout le reflet de leur époque. J’ai donc été ravie dans la première moitié de ce long roman historique, de suivre à la manière d’un film catastrophe historique, la montée des eaux dans un Paris où les autorités se moquent de ce qu’ils se passent et préfèrent fermer les yeux pour ne pas être mis à mal politiquement par une opinion qui peut avoir un poids certain et qui sait s’agiter désormais avec les mouvements sociaux qu’on lui connaît. Les autrices choisissent en cela judicieusement, comme personnage principal, une jeune femme de l’élite qui se passionne pour la météorologie malgré les critiques de sa famille, la percutante Madeleine, qui va vraiment faire vivre le récit et nous passionner pour ce qu’il se passe, nous avertir, nous réveiller et nous mettre sous le feu de l’action !

Le hic, c’est que les deux autrices viennent du monde des images et cela s’en ressent énormément dans leur écriture, pas pour le mieux. Tout d’abord, elles fragmentent énormément l’histoire, entre tout un panel de personnages, illustrant les différentes strates et métiers possibles à Paris, de l’habilleuse de théâtre, en passant par la domestique, l’actrice de théâtre, le ministre et la femme de ministre, la petite main d’usine, le jeune politicien ambitieux ou l’universitaire un peu pompeux. En soit, pourquoi pas, j’ai aimé cette variété, même si le rythme trop saccadé, comme si on ne pouvait pas suivre de longs chapitres sur le même personnage sans décrocher (arrêtez cette fausse idée !), n’a pas rendu ma lecture agréable. Non, le problème, c’est qu’en faisant cela, elles ont peu à peu oublié La Crue, qui était pour moi, l’élément central de l’intrigue, au profit des petites histoires de chacun à la façon d’une série télé. La crue ne fut alors plus qu’un décor aux aspirations d’émancipations des unes, aux premières romances des autres, à la fuite d’un mari violent, la recherche d’un père absent, la menace d’une bâtarde dérangeante, la poursuite d’un violeur et meurtrier, et j’en passe. Quel dommage !

Dans les premières pages, pourtant, le récit était vraiment passionnant, immersif, réaliste, documenté. J’avais vraiment l’impression d’être confrontée à la montée de ces eaux avec une Madeleine vraiment inquiète qui tentait à la fois d’alerter son père ministre, les autorités de l’Université via le professeur Antoine, ou les journaux avec la soeur journaliste de ce dernier. C’était passionnant de l’entendre parler relevés, observations, de la voir indiquer ce qu’il se passait en amont, ou dans certains quartiers de Paris. Le portrait de la ville était plus vrai que nature et je visualisais très bien les rues et quartiers mentionnés, la peur qui gagnait, les lieux qui devinaient impraticables, les conséquences tragiques à court et long terme, puis les secours qui se mettent en place face à la tragédie, l’entraide, etc. J’ai vraiment bu ces lignes sur la Crue de la Seine de 1910. Un petit cahier photos n’aurait d’ailleurs pas été de trop 😉

En revanche, j’ai eu bien plus de mal avec le reste des intrigues. J’ai souvent trop l’écriture un peu facile, voire malhabile. Les scènes romantiques étaient souvent maladroites et un peu ridicules, surtout quand les autrices voulaient parler de sexe. Désolée, on sait ou on ne sait pas y faire, et là… Les portraits féminins m’ont aussi semblé à plusieurs fois anachroniques, leur prêtant notre regard et nos attentes avec un décalage ne tenant pas bien ou pas totalement compte des particularités de l’époque, même si c’était agréable de voir des femmes aussi combatives, luttant pour leurs droits, contre des hommes toxiques, pour leur indépendance de corps et d’esprit. Et plus généralement, j’ai eu l’impression d’une suite de scènes remplies de grosses ficelles, où les gentils étaient très gentils, les méchants très méchants, avec fort peu de nuances… Quand on passe après des auteurs de romans historiques comme Tracy Chevalier ou Laurent Gaudé, forcément ce manque de justesse et crédibilité, ou plus généralement de travail approfondi sur l’époque, fait mal. Navrée.

Pour autant, je ne vais pas mentir, j’ai dévoré ce roman qui se lit extrêmement facilement. J’étais plongée dans les histoires de chacun. Je voulais les voir s’en sortir. Je voulais voir comment leurs histoires allaient se terminer et comment la ville allait surmonter ce drame. Oui, le premier volet est réussi, il est addictif. C’est la fin qui laisse plus à désirer. Les autrices en disent fort peu sur l’après Crue, comment la ville et ses habitants se remettent, et ce qu’il advient de Madeleine et des autres est un peu trop facile, trop porté sur le happy end. Je suis clairement restée sur ma faim malgré un vrai plaisir sur le moment.

Malgré l’ensemble de mes bémols, je mets quand même une bonne note à cette lecture, car j’ai apprécié fortement le décor choisi et la volonté dans un premier temps de nous faire vivre au plus près le drame de cette montée des eaux que les autorités n’ont pas voulu voir. C’était passionnant en terme de critique sur nos politiques. Qu’ils en prennent de la graine ! Je regrette juste que les autrices se soient ensuite fait prendre au piège du sensationnalisme et ait oublié le coeur de leur histoire pour des petites aventures humaines assez m’as-tu-vu et manquant de nuances avec toutes les grosses ficelles vues et revues utilisées. C’est dommage car elle tenaient un excellent sujet dont il n’était pas nécessaire de dévier pour parler pêle-mêle d’émancipation des femmes, de recherche d’un père, de vengeance, d’arnaque, d’homme toxique… Juste ce drame humain avec la défaillance des autorités aurait dû suffire, pas besoin de toutes ces romances maladroitement écrites. Si vous connaissez un autre roman plus centré sur le sujet, je suis preneuse.

Article complet : https://lesblablasdetachan.wordpress....
Profile Image for Isabelle  Zazaboum.
731 reviews8 followers
April 9, 2026
La crue de la Seine en janvier 1910 est le cadre de ce pavé qui, malgré son nombre de pages, se lit aisément. Une histoire très dense, tout à la fois historique et politique, policière et dramatique, romanesque et profondément féministe !

4 femmes vont prendre leur destin en mains et ne pas attendre que les hommes décident de leur vie. Madeleine est une jeune femme issue de la bonne société, en âge de se marier, passionnée de météorologie qu’elle étudie en secret, catastrophée par ce qu’elle voir venir.

Jeanne ancienne prostituée qui rêve de monter sur les planches est embauchée à la Comédie française où elle va devenir l’habilleuse d’Adèle, comédienne réputée, anglaise et métisse qui recherche son père parisien.

Puis Suzanne, fille de la gardienne de l’immeuble de Madeleine, à l’étage noble et de Jeanne, dans les chambres de bonnes. Deux jeunes enfants, mariée à une brute avinée, elle concocte des crèmes pour la peau en espérant pouvoir regagner sa liberté.

Dans le Paris qui disparaît sous l’implacable montée des eaux tout ce qui entravait la liberté des femmes est abordé : le droit de vote des femmes et leur émancipation, les violences dont elles sont les victimes quel que soit leur statut social, les inégalités sociales, le racisme et les relations amoureuses interdites !

Les descriptions de la crue comme celles des conditions de vie sont historiques et ancre le roman dans une réalité qui nous est très lointaine et inconnue.

Avec des personnages très fouillés et tout en évitant les clichés les autrices ont tissés les drames réalistes qui m’ont baigné dans une ambiance tour à tour glauque, triste, dramatique, irritante et révoltante aussi.

Les intrigues bien maîtrisées avec un soupçon de romanesque à la Victor Hugo n’ont pas laissé présager du dénouement des situations. Les deux autrices ont réussi l’exploit de donner la sensation qu'il n'y avait pas de temps morts en jouant avec des chapitres courts voire très courts et une double plume très agréable !

Un roman touchant et vivant qui ne se laissera pas aisément oublier ! Merci à Babelio et à l’éditeur pour cette lecture marquante.

#massecritiquebabelio #lacrue
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