Ce roman graphique engagé est un cri de colère, un hurlement et un appel à l’aide qui marque la volonté de l’autrice de dénoncer les violences faites aux femmes, ainsi que l’inertie du gouvernement face au phénomène. Alice Bienassis revient dans Salomé sur le centième féminicide de l’année 2019, celui d’une jeune femme battue à mort par son ami dans une rue de Cagnes-sur-Mer. Hommage à la victime et aux victimes de féminicides, cette bande-dessinée est également un outil pour comprendre les mécanismes de l’emprise, les solutions existantes et leurs limites.
L’incompréhension de l’autrice est immense devant ce centième féminicide, qui a eu lieu dans sa ville natale. Hantée par le fantôme de Salomé, elle décide de revenir sur ses traces pour comprendre qui était la victime, interroge les voisins, les proches et même les témoins du meurtre de la jeune étudiante en sociologie. Comment raconter un féminicide ? En allant au plus près des protagonistes de l’affaire, en entrant dans leur intimité grâce aux témoignages des proches et en mettant en scène Salomé elle-même, pièce centrale de la tragédie. Nous la suivons donc sur plusieurs chapitres, la boule au ventre car nous savons l’issue fatale. Ce procédé permet à l’autrice de revenir sur les mécanismes de l’emprise, qu’il ne faut jamais cesser de répéter : isolement, contrôle, soumission, violence verbale, physique et/ou sexuelle. Autant de situations glaçantes et pourtant quotidiennes sont évoquées au fil des pages.
Les images parfois choquantes réussissent particulièrement à retranscrire l’état d’esprit perturbé de Salomé par rapport au comportement de son ami. Ses réactions vont à l’encontre de ce qu’elle est, de sa personnalité initialement forte et indépendante. Les coloris utilisés vont essentiellement vers les tons gris et ocres, austères, peut-être rédibitoires mais représentatifs de la tension psychologique extrême générée par les situations de violences conjugales. Il s’agit d’une plongée oppressante et angoissante dans l’enfer de l’intimité du couple lorsque le quotidien dérape. L’intime est le coeur du récit, il touche ici à l’universel.
Par alternance de chapitres, l’autrice revient sur les moyens mis en place pour lutter contre ce phénomène. Elle rappelle les conseils pour échapper à un conjoint violent et les moyens mis à disposition des femmes se trouvant dans ce type de situation. Car au-delà des chiffres officiels, il y a les femmes dont on ne parle pas, qui vivent la violence quotidiennement, qui sont des survivantes, qui ont le couperet sur la tête, et sont de potentielles prochaines victimes. Ce livre leur est destiné, mais est également écrit pour tous ceux qui se sentent concernés, de près ou de loin par ce combat, et pour les autres aussi…
« Le féminicide est le point de rupture, le moment où toutes leurs tentatives d’être entendues échouent. «
Pourquoi serions-nous là, à écrire sur ce sujet, si tout était fait pour enrayer le phénomène ? Ce roman graphique est le constat amer d’un échec social, gouvernemental. Dès les premières pages, l’autrice nous place en tant que témoins d’une défaillance policière… En dépit, du Grenelle des violences conjugales lancé en septembre 2019, on répond encore aujourd’hui à de nombreuses femmes portant plainte, d’attendre et de rentrer chez elles… Des choses sont dites et faites (bracelets électroniques et téléphones d’urgence) mais rien n’est suffisant, encore moins le nombre de places en foyer d’accueil d’urgence. L’autrice évoque une association créée à Cagne-sur-mer après la mort de Salomé, qui comme d’autres en France, aide à la libération de la parole. Elle rappelle l’importance des subventions, des aides et du soutien collectif, pour ces femmes qui parfois quittent le domicile conjugal sans avoir de point de chute, « elles prennent juste la peur et elles fuient« . Malheureusement le travail de ces bénévoles est une goutte d’eau dans l’océan, noyée tout comme les textes de lois à ce sujet dans « un système qui ne change pas ». Peut-on espérer qu’un jour les moyens seront enfin levés pour faire de ce combat un souvenir cuisant, mais un souvenir toutefois, appartenant au passé ?
« Un système qui protége mal c’est un système qui participe ».
Comment clore un roman graphique si oppressant si ce n’est par une note finale porteuse d’espoir en relatant les histoires de femmes tirées d’affaire, sauvées de l’emprise de leur conjoint, et qui ont pu redémarrer une nouvelle vie en toute sécurité… L’écriture contre l’effacement, le dessin, le collage ou tout autre forme d’art engagé est essentiel. Bravo à l’autrice pour cette oeuvre douloureuse mais instructive et bouleversante. Un immense merci à @Babelio et aux Editions Delcourt pour l’envoi de ce roman graphique qui m’a beaucoup touchée.
Je remercie #NetGalleyFrance et les éditions Delcourt pour cette lecture enrichissante.
Alice Bienassis nous propose un reportage graphique au sujet de l'enquête qu'elle a menée durant 5 ans à propose des violences faites aux femmes et des féminicides. En s'impliquant dans des associations d'aide aux victimes et en tentant de retracer les derniers mois de la vie de Salomé, assassinée en 2019 dans les Alpes Maritimes, l'autrice illustratrice approfondit à la fois les aspects sociaux et intimes de cette problématique si meurtrière.
J'ai trouvé cet album très instructif. J'ai beaucoup appris sur les besoins des associations et des victimes qu'elles aident. J'ai découvert certaines procédures mises en place depuis le "fameux Grenelle" (bracelets anti rapprochement, démarches "accélérées" - mais toujours beaucoup trop longues). Et le fait de relater le calvaire de Salomé nous rappelle régulièrement que dernière ces problématiques sociales, judiciaires et juridiques, il y a toujours des humaines : des femmes qui souffrent, et qui parfois meurent sous les coups de leur "compagnon". Ceci étant dit, je dois avouer que j'ai eu du mal avec les textes : sur la forme visuelle (difficultés à déchiffrer l'écriture d'Alice Bienassis) et la forme narrative (quelques tournures malheureuses). Les illustrations m'ont aussi déroutée : tantôt passives, lascives et désuètes, tantôt expressives, poétiques, oniriques. Je n'ai pas adhéré à l'univers graphique de l'ensemble de l'album, mais je salue le talent artistique de l'illustratrice.
Si ce thème vous intéresse, je vous conseille vivement "Les femmes ne meurent pas par hasard", que j'avais trouvé plus abordable visuellement, et plus intéressant sur le traitement du fond (car réalisé en collaboration avec Anne Bouillon, avocate féministe).
Je vais directement commencer par citer quelques extraits et citations qui parlent d'eux-mêmes.
"Un système qui protège mal, c'est un système qui participe."
"La présomption d'humanité pour les violents. La présomption d'hystérie pour les victimes."
"Mais tant qu'on compte les mortes au lieu d'écouter les vivantes, on ne fait que gérer l'hécatombe."
Salomé, le roman graphique, c'est une enquête éternelle pour des questions qui restent souvent sans réponse. Je ne suis pas sûre de pouvoir rendre justice à cet ouvrage à travers une chronique qui ne saurai aborder assez bien tous ce que cela traite, concerne, soulève. Il y a beaucoup à dire. Énormément de choses à faire avancer, changer, évoluer. Avec une urgence extrême.
On y fait l'état des lieux à un moment précis en France. Le roman graphique, intitulé Salomé, est un constat sur l'état de la situation entre les années 2019-2023.
On se concentre sur l'histoire de Salomé, le 100e féminicide de 2019. À partir de là on orbite autour de ce qui lui est arrivé, ce qu'il avait autour, avant, pendant, après. Comment cela impacte les personnes, autour, plus ou moins proche, tout le monde, et la société.
À travers ce récit, l'autrice fait un constat de la situation avant, le quotient de Salomé, sa vie, celles qui ont remarqué, celles qui ont essayé d'aider, pendant, et après le procès, les constatations. Mais a-t-on avancé ? Qu'a-t-on tiré de ce cas parmi tant d'autres ?
L'exemple du bracelet électronique qui semble être une avancée mais dans les faits... Est-ce-qu'il protège vraiment les victimes ? Le dispositif des téléphones grave danger, trop peu nombreux. Efficaces ? Les associations sans moyens, qui se battent comme elles peuvent. Et état qui n'en donne pas des moyens. Ou complètement insuffisants. La police non formée, qui refuse les plaintes, qui laisse passer des cas, qui traumatise les victimes encore plus, qui n'encourage pas à faire les démarches nécessaires. La police qui n'agit pas ou trop tard. La justice extrêmement lente, qui n'agit pas ou trop tard. Ou mal. Ou pas assez.
Compter les mortes et rien faire pour les prévenir. Les associations se démènent pour que ça change. Sans un changement et une volonté de l'état et du système de fonctionnement et de choses utiles mises en place, cela arrivera-t-il un jour ?
On y dénonce un système qui ne fonctionne pas. Le manque de formation, ou les formations mal faites. Mais pas que. Encore et toujours, la misogynie, le sexisme, la minimisation des faits, le manque de moyens, financiers, matériels, de ressources, dans tous les domaines et situations.
Au niveau de l'illustration, les ciels sont lourds, écrasants. Avec ce rouge délavé, on sent un poids, comme une chape de plomb sur les personnages. Le trait ressemble à celui des dessins de procès... C'est sec, il y a beaucoup de jeu sur les perspectives, sensations de chutes. Les textures très fortes, et les couleurs sont à la fois réelles et crues, froides quand il faut retransmettre l'ambiance de tous ces combats, de ces atmosphères.
Le livre c'est les destins de femmes qui s'entremêlent entre passé et présent. Souvent de celles qui sont encore là et s'occupent de garder en mémoire celles qui ne sont plus là. Et essaient d'éviter de nouveaux drames. Qui continuent d'arriver.
Y sont également abordés les thèmes de l'emprise, du love-bombing, du contrôle constant. Contrôle sur des communications réduites, isolement de la victime et éloignement de ses proches.
Beaucoup de réflexion et de conclusions qu'on pourrait appliquer à d'autres sujets, d'autres domaines, d'autres situations comme celles de la violence faites aux enfants, aux personnes vulnérables. Toutes les personnes qui ne sont pas protégées par les systèmes en place, car mal construits, ou simplement inexistants. Et elles sont très nombreuses, ces personnes.
C'est d'autant plus difficile à lire quand on est concerné.e.s par quelque chose similaire de près ou de loin.
Extrêmement dur à lire. Quand ces choses ne sont que des constats criés et répétés de vécus pour certain.e.s face à d'autres sans réaction, ou réactions inutiles, insultantes, disproportionnées. Manque ou absence de considération, de prise au sérieux.
Salomé, c'est la 100 ème femme victime de feminicide en 2019. A travers ses dessins et ses mots, @alice__bien revient sur cette affaire. Pour qu'elle ne soit pas une affaire parmi d'autres, pour que chaque vie soit racontée, pour ne pas oublier. Et vraiment, c'était grandiose. L'autrice va mener son enquête et recueillir les témoignages de ceux qui ont tout vu, de ceux qui ont entendu, de ceux qui ont prévenu. Elle pointe du doigts les incohérences dans l'histoire, les délais d'intervention. Et à travers le récit de la vie de Salomé, elle mets en lumière celui de toutes les autres. C'était poignant, révoltant. En 2019, c'est 173 feminicides qui sont comptabilisés. En 2025 c'est 170. Nous sommes le 23 mai quand j'écris ces lignes et elles sont déjà 57. "Nous ne pardonnons pas. Nous n'oublierons jamais". Si vous êtes victimes, vous n'êtes pas seule. A celles qui vivent cela : on vous croit. Vous méritez d’être en sécurité et accompagnée. Le 3919 est là pour écouter, informer et orienter. En cas d’urgence : 17 ou 114 par SMS si parler est difficile.
Il est rare que je lise des BD mais celle fut plus que poignante et dure à lire. Et merci à Babelio pour l’envoi de cette BD
Difficile de lire ces mots puisqu’il s’agit d’un feminicide. À travers le lire, nous imaginons, ressentons et avons de l’empathie. Avec la BD, tout cela reste mais nous avons les dessins qui apportent une autre dimension. Une dimension qui, si on prends le temps d’admirer les dessins, rends les propos et le contexte encore plus poignant. Les couleurs choisies, les dimensions du dessin, l’éclairage portée ou non sur un élément important… c’est fabuleux de voir tout ce qu’on peut mettre en avant avec le dessin.
Ici, nous retrouvons le avant/ pendant et le « après » ce feminicide, notamment le procès. Comment cela débute et comment cela se clôture… Et ce qui est beau, c’est de voir ces hommes et femmes qui se battent, au travers d’associations, pour venir en aide à ces femmes et lutter contre cette abomination.
Salomé d'Alice Bienassis revient sur le féminicide d'une jeune femme de vingt ans, centième victime recensée en France en 2019. À travers une enquête minutieuse et une narration alternant faits et reconstitution, l'autrice met en lumière les mécanismes des violences conjugales ainsi que les silences qui les entourent. Elle souligne les responsabilités de l'entourage et les insuffisances institutionnelles qui contribuent parfois à l'issue tragique. Son dessin, sobre et percutant, renforce la force du propos. Plus qu'un récit de dénonciation, Salomé se veut également un outil de sensibilisation en proposant des clés pour identifier, prévenir et combattre les violences. Chronique entière et illustrée : https://vagabondageautourdesoi.com/20...
« Salome, 100e victime de feminicide, jeune femme de 21 ans morte après avoir reçu plus de 50 ans coups de son conjoint » voilà comment on la décrit aujourd’hui, ce qui vient quand on tape son nom sur Google. Pourtant derrière tous ces nombres il y a une vraie personne, un humain, solaire, avec un gros caractère, qui a pourtant vécu l’indescriptible. Dans cette BD, enfin, j’ai l’impression de retrouver un peu de mon amie, de la voir un peu elle et plus seulement un titre de fait divers. Merci
"Salomé est le 100e féminicide de l'année 2019. Ce chiffre est insensé ! Et même TRÈS LOIN de la réalité. Et puis, il y a aussi toutes celles qui ne sont pas passées bien loin de la mort. Et combien de femmes trans ou travailleuses du sexe ne sont pas reconnues comme victimes de féminicide ?"
Des dessins magnifiques qui interrogent sur l'horreur des féminicides au 21e siècle. Je recommanderai grandement cette BD.