Au tournant des XIXe et XXe siècles, on observe tour à tour le développement du roman policier, dont le cœur est l'enquête, et du roman d'espionnage, qui a pour sujet le complot ; l'invention, par la psychiatrie, de la paranoïa, dont l'un des symptômes est la tendance à entreprendre des enquêtes prolongées jusqu'au délire ; la création par la sociologie de formes spécifiques de causalité – dites sociales –, pour déterminer les entités, individuelles ou collectives, auxquelles peuvent être attribués les événements qui ponctuent la vie des personnes, celle des groupes, ou encore le cours de l'histoire ; enfin, l'orientation nouvelle de la science politique qui, se saisissant de la problématique de la paranoïa, la déplace du plan psychique au plan social et prend pour objet l'explication des événemenst historiques par les 'théories du complot'. Dans chacun de ces cas, la réalité sociale est mise en doute. C'est à l'État-nation, tel qu'il se développe à la fin du XIXe siècle, que l'on doit le projet d'organiser et d'unifier cette réalité pour une population et sur un territoire. Mais ce projet, proprement démiurgiques, se heurte à une pluralité d'obstacles parmi lesquels les développements du capitalisme, qui se joue des frontières nationales, occupe une place centrale. Ainsi, la figure du complot focalise des soupçons qui concernent l'exercice du pouvoir : où se trouve réellement le pouvoir et qui le détient, en réalité? Les autorités étatiques, qui sont censées en assumer la charge, ou d'autres instances, agissant dans l'ombre – banquiers, anarchistes, sociétés secrètes, classe dominante, etc.? Ainsi s'échafaudent des ontologies politiques qui tablent sur une réalité doublement distribuée : à une réalité officielle, mais de surface et sans doute illusoire, s'oppose une réalité profonde, cachée, menaçante, officieuse, mais bien plus réelle. Roman policier et roman d'espionnage, paranoïa et sociologie – inventions à peu près concomittantes – sont solidaires d'une façon nouvelle de problématiser la réalité et de travailler les contradictions qui l'habitent. Les aventures du conflit entre ces deux réalités – réalité de surface contre réalité réelle – constituent le fil directeur de l'ouvrage.
Luc Boltanski is a French sociologist, Professor at the School for Advanced Studies in the Social Sciences, Paris, and founder of the Groupe de Sociologie Politique et Morale, known as the leading figure in the new "pragmatic" school of French sociology.
Выполненное на несколько необычном для социологии материале (детективы, шпионские романы, "Процесс" д-ра Кафки) обсуждение вопроса, в основном, реальности реальности, того, что может быть за нарисованным очагом государства и закона. Мне показалось по жанру ближе к интеллектуальной истории. Читается без затруднений.
Pas mal du tout, les arguments sont assez solides mais un chouïa trop audacieux à mon avis (type de roman policier = type de gouvernance étatique ; pas sûr que l’équation soit vraiment pertinente). Par contre il faut fournir des preuves, dire qu’on a lu ceci ou cela selon moi ça suffit pas. Des extraits, des vignettes, des passages entiers, et ensuite des analyses et des réflexions plus théoriques : j’en sortirais probablement plus convaincu.
First, a minor point of correction to the description of the book here on Goodreads: The primary writers that Boltanksi bases his analysis on are Arthur Conan Doyle and Georges Simenon.
How does one rate an academic text like this? It is something you read only because you really want to. I thought I might learn something about the nature of conspiracies, and I did, I think, but after the early sections analyzing detective fiction, it becomes an analysis on the conceptualization of sociology in general. I continued to read almost just to prove to myself I could follow what Boltanski was describing, long after I lost interest in the topic at hand. I sometimes did follow his reasoning, and made it all the way to the end, footnotes and all. Yay?
Fun Book by sociologist Luc Blotanski that tries to examine how similar developments found in detective stories and spy novels of the late 19th early 20th century reflect values and assumptions found in psychiatry and sociology as they developed contemporaneously during that period.
Boltanski's analysis of detective stories and spy novels never seemed extensive enough to adequately make the claim for some of his connections but there are more than enough interesting ideas that he plays with and teases out to make one ponder. Although he is a French sociologist, he is pretty readable; he never comes across as too obtuse and boring as many with similar backgrounds tend to be.