3.25/5* Une romantasy tendre sur un fond d'intrigue qui évoque plutôt les films de zombies (Merci beaucoup à Netgalley et aux éditions Bookmark pour ce SP numérique en échange d'un avis honnête)
Si je m'attendais à ce que Ombre rouge sur Darnar soit plus orienté huis-clos, j'ai été assez surprise de découvrir que la contamination magique ressemblait plutôt à un virus qui transforme les êtres-vivants en cadavres ambulants agressifs qu'une réelle maladie magique avec tout ce que ça pourrait signifier derrière. Malheureusement, je ne suis pas forcément hyper friande du genre pour diverses raisons, qui expliquent certains des points de friction reportés ici. Pour ce roman, ce qui m'a notamment dérangée (outre cette zombification sur laquelle on reviendra en partie plus tard), c'était que l'intrigue reposait davantage sur la quête de Miron à propos de ses origines dans cette ambiance lourde, et que, du coup, les péripéties s'en retrouvaient extrêmement artificielles/répétitives. Toute l'histoire repose sur le fait qu'on refuse de révéler les secrets à nos protagonistes (la plupart détenus par le love interest), et les premiers 50% ne sont donc qu'une série de recherches d'informations peu fructueuses et frustrantes durant lesquelles les héros se font tomber dessus par les habitants déshumanisés. Ca retrouve un peu de peps passé la moitié - notamment parce que la romance s'accentue et qu'une partie des secrets sont révélés -, mais les conflits d'importance sont malgré tout résolus de façon très rapide voire facile, avec des discussions plutôt que des scènes d'actions, et parfois dans des scènes qui manquent de sens vis à vis des enjeux dressés de base. (En particulier lorsqu'on réalise au final que )
Le worldbuilding reste assez classique, malgré le côté huis-clos qui permet d'insuffler une ambiance plus pesante (qui, pour le coup, fonctionne très bien). La ville désolée, les habitants rendus fous par la magie, les pièges à tous les coins de rue font monter l'anticipation ! Peu d'infos concernant la géopolitique, logiquement, ce qui se comprend. Par contre, j'ai été très déstabilisée par la mention d'elfes/d'orcs/de dragons qui n'apparaissent pas du tout dans le livre. Sans doute pas nécessaire, en plus de donner un côté un peu vu et revu à ce monde aux bases pourtant intéressantes. Idem, la magie tire son inspiration des systèmes de Jeu de Rôle. Personnellement, j'adore y jouer, donc c'est un classique qui me plait toujours bien, même si là aussi j'aurais adoré que l'autrice profite du décor resserré pour y ajouter sa petite pointe d'originalité.
La romance m'a beaucoup plus convaincue, ceci dit. J'ai énormément apprécié l'équilibre qui se tissait entre nos deux héros, le côté un peu brusque de Miron et plus exubérant de Jari qui apprennent à se faire confiance petit à petit (même si certains moments de girouette de la part de Miron m'ont fait grincer des dents. Fais confiance à ton amant, bon sang !). Il y a un petit côté instalust au début, et les tropes () ne sont pas mes favoris, mais je suis parvenue à passer outre pour vraiment apprécier leurs moments de tendresse, ainsi que les scènes plus sexys, que j'ai trouvées très bien écrites ! Je n'irais pas jusqu'à dire que la romance est green flag, de par l'écart d'informations détenues par l'un et l'autre notamment, mais on reste dans une relation gay loin des clichés de violence réciproque, de mâle alpha, ou de relation hétéronormée calquée sur un couple d'hommes, ce qui est toujours très appréciable <3
En parlant des personnages, je suis mitigée pour Miron en lui-même. Le pauvre n'est pas aidé par sa quête un poil ridicule vis à vis du reste des enjeux, et si j'ai a-do-ré le côté "je suis un outil qui a été taillé dans un seul but, à savoir protéger, et je dois réapprendre à vivre au-delà de ça", je n'ai pas réussi à complètement m'attacher à lui, notamment parce qu'il est très égoïste et manque d'empathie. Il a peu de scrupules à mener ses amis dans un endroit dangereux, et surtout, il ne considère jamais les habitants de Darnar comme des humains à part entière. Ca vient sans doute du côté "zombies" dont on parlait plus tôt, mais du coup j'ai eu du mal à adhérer à ses valeurs et à sa façon d'aborder les choses. Par contre j'ai vraiment vraiment beaucoup apprécié, et été touchée par Jari. Son passé délicat, ses failles, ses angoisses, et surtout sa douleur chronique m'ont énormément parlé (en plus de m'évoquer Gale de BG3), et, même si on manquait un peu de son pdv à mon goût, j'ai trouvé qu'il apportait une jolie nuance à tout ce conflit. Il est la preuve qu'une personne peut changer, à la fois seule et grâce aux autres, et c'est une jolie leçon dans ce genre de romance avec des adultes. Pour ce qui est des personnages secondaires, j'ai bien aimé leurs bases, même si j'aurais souhaité plus de profondeur. Les guerriers taiseux mais tendres comme Neluth (bonus pour le côté ace) sont plutôt ma came, mais c'est tout ce qu'il est resté. Ceylan a son caractère, et c'était sans doute ma préférée de ceux qu'on aperçoit. Rasul n'apparaît que vers la fin, mais sa scène était sans doute celle qui m'a le plus émue. Quant à Glyn, à part son affection pour Miron et la maladie qu'elle développe peu à peu, je n'avais pas grand chose à penser d'elle... Ce manque d'affect n'est pas aidé par celui, plus général, de la narration. Bon sang, quand Ce manque d'impact émotionnel au sens général est vraiment dommage, parce que les bases du récit promettait du lourd.
Enfin, j'ai deux choses qui m'ont VRAIMENT dérangée quant aux personnages : - le harcèlement à la limite du sexuel de Glyn sur Miron. C'est bien simple, si ça avait été un homme qui avait ce genre de possessivité/de touchers faciles/de propos manipulateurs émotionnellement envers une femme, j'aurais refermé le livre. Que Miron l'excuse dans la narration ne l'excuse pas auprès de moi. C'est problématique, et ça n'est jamais dénoncé. - la cruauté de Miron envers les animaux/la maltraitance animale banalisée. Ca va avec son manque d'empathie générale, sans doute, mais il frappe cheval et chat sans ciller (et tue un faon à la fin d'une façon franchement limite) ; j'en lis régulièrement sans sourciller moi-même, mais là, je ne saurais l'expliquer, j'ai trouvé ça vraiment dérangeant dans la façon dont c'était traité dans le texte.
Pour ce qui est de la plume, elle fonctionne très bien malgré les longueurs qui auraient pu être coupées et l'accent qui aurait bénéficié d'être mis un peu plus sur les émotions. Il y a un joli vocabulaire sans tourner trop lourd, les descriptions des environnements et des personnages sont bien dosées, et avec un peu plus de retravail et un peu moins de tell ici et là, je pense que j'aurais pu être 100% embarquée malgré le rythme en dents de scie de l'intrigue et mon ambivalence vis à vis du protagoniste. J'ai particulièrement apprécié les petits encarts en début de chapitre (et les secrets qu'ils renferment sur le long terme) qui donnaient un aperçu un peu plus "scientifique" de la magie, la preuve qu'il y a sans doute des pans inexplorés dans cet univers. Je me suis même trouvée à vouloir savoir comment nos amants allaient se dépêtrer de leurs ennuis (et comment Miron allait renouer avec sa soeur) sur la fin, preuve aussi que la romance avait de quoi entraîner et qu'il aurait suffit de couper quelques péripéties redondantes en se focalisant à peine plus sur l'intériorité de personnages pour vraiment me convaincre ! Enfin, c'est sans doute que je n'étais malheureusement pas le public cible de ce roman. Pourtant, au résumé, une romantasy queer avec une touche de JdR et une ambiance bien dark, ça semblait fait pour moi TwT
Si vous cherchez un huis-clos avec une romance gay tendre (mais un peu spicy) et un univers qui mélange The Walking Dead/Resident Evil/et un monde plus classique de jeu de rôle, alors ce roman sera peut-être fait pour vous ~
Tout ce que voulait Miròn était de trouver la famille qui l’a perdu enfant des années plus tôt, voir leurs visages et continuer sa vie. Mais rien ne se passe comme prévu quand il arrive à Darnar. Les villageois sont atteints d’une espèce de folie, tout l’endroit pourrit et se désagrège de plus en plus. Jusqu’à ce qu’un homme qui a encore toute sa tête, Jari, dise à Miròn et ses compagnons de repartir dès qu’ils auront parlé à la sage-femme du village. Que s’est-il produit ici, pourquoi Jari tient-il à les voir disparaître, et quel rapport a la tour de mages du château avec tout cela ?
J’ai beaucoup aimé lire Ombre rouge sur Darnar, j’étais même pressée de pouvoir y revenir à chaque fois que je devais reposer le livre. Le rythme était agréable et fluide, surtout au début. Ensuite l’urgence s’est un peu calmée, de la même façon qu’elle s’est calmée pour les personnages avec le changement de situation. Mais la tension est ensuite remontée en flèche de façon magistrale avec la confrontation et ses enjeux. Je suis totalement tombée amoureuse de Jari et son grand cœur plein de recoins abîmés, et Miròn est un personnage principal très agréable à suivre pour découvrir qui il est, son passé et son futur changeant. Neluth et Glyn sont d’excellents personnages secondaires qui enrichissent beaucoup l’histoire, et l’énergie qu’ils apportent à la dynamique générale m’a fait adorer le trio. Leur amitié est sincère et confortable, ce qui donne au groupe un sentiment de confiance et de famille.
J’ai été très touchée par les thèmes et les questions soulevées par ce livre. Jusqu’où peut aller la recherche et à quelle vitesse peut-on se perdre soi-même dedans par passion pour sa vocation ? Doit-on toujours viser plus haut, et à quel point peut-on rester sourd aux conséquences ? La tour de mages a ses impacts positifs et ses côtés négatifs qu’elle apporte aux mages et au monde. Et à quel point le passé fait-il la personne ? Un mensonge peut-il être si gros qu’il peut tout défaire ? Et la culpabilité et le regret ? Doivent-ils nous peser toute la vie ou peut-on s’en libérer si on accepte juste de regarder nos erreurs en face ? Toutes ses questions m’ont trotté dans la tête pendant que je lisais, et en lisant je me suis identifiée à la rédemption. Je pense que ce livre est un livre d’espoir, et que les gens peuvent changer. Que certains secrets peuvent être gardés et l’amour fleurira malgré tout, parce que réellement comprendre quelqu’un qu’on aime peut aller plus loin qu’on le pense.
Ce que j’ai le plus aimé dans ce livre, c’était les deux persos principaux, Miròn et Jari. Ils sont déjà séparément très intéressants et originaux, mais ensemble, ils sont absolument parfaits ! Leur romance est drôle et rafraîchissante, un souffle d’air frais entre les passages plus intenses de l’histoire. Les moments entre eux sont bien écrits, touchants et bien placés pour renforcer les personnages. J’ai beaucoup aimé le perso principal qui a du mal avec la confiance. Il a d’excellentes raisons de se méfier, mais il n’est pas non plus braqué ou agressif. C’est quelqu’un de compréhensif qui est prêt à prendre des risques pour ses objectifs. Il y a plein d’endroits où, dans un moins bon livre, on aurait trouvé des longueurs ou du drama qui aurait rendu le personnage idiot ou cruel. Mais Miròn vaut mieux que ça, et c’est ce que j’ai adoré chez lui ! Et Jari. Je vous mets au défi de ne pas aimer Jari. Il est drôle et imprévisible, c’est mon bébé d’amour. Un autre truc qui m’a beaucoup plu, c’est les extraits de journaux qu’on trouve au début de chaque chapitre. J’ai été intriguée dès le premier et chacun d’entre eux révèle quelque chose d’intéressant ou de mystérieux. La façon très intelligente dont ça prépare les derniers chapitres est super agréable ! L’intrigue est sombre et prenante et on se retrouve vraiment au fond du trou à plusieurs reprises. Je ne vais pas faire de spoilers mais le plot twist est très satisfaisant, et ça se finit bien quand même avec même une ouverture potentielle pour une suite (j’adorerais qu’on ait un tome 2, mais l’histoire se suffit à elle-même. C’est un vrai oneshot et c’est très appréciable.) Les illustrations sont un gros plus, et le worldbuilding est juste assez présent pour me donner envie d’en savoir plus. Je recommande ce livre si vous aimez la romance positive brillamment équilibrée avec son scénario !