« J’ai assemblé chaque éclat de violence à cette pièce fondatrice : la rencontre, d’une beauté impérieuse […] Je reconvoque sans cesse le début pour justifier, auprès de moi ou du monde, que je ne peux pas partir. » F. S.
Au cœur d’une ZAD, derrière une barricade en feu, un homme fond en larmes dans les bras consolateurs de la narratrice. Aussitôt s’amorce pour elle un lent glissement vers l’emprise et le déni. Comment imaginer qu’on est une proie ? D’un homme si sensible qui se dit féministe ? Il faudra un électrochoc – et le pouvoir de la sororité et de l’écriture – pour parvenir à ouvrir la porte vers la déprise.
Flora Souchier dresse un véritable procès-verbal littéraire, avec témoignages et pièces à conviction. Elle analyse à froid la difficulté qu’elle rencontre à faire exister et à mettre en mots sa réalité, ainsi que la transformation profonde que cette épreuve a provoquée en elle. D'une plume ciselée et poétique, elle réussit un double tour de force : donner accès au chaos intérieur de la victime et dévoiler les mécanismes bien huilés (et bien cachés) qui opèrent en toute forme d’abus. Pour ne plus s’y laisser prendre.
Pour Flora Souchier, le remède à l’emprise ce sont les poèmes tissés au fond de l’abîme. Ce sont les verbes qui résistent : guérir, relier, écrire, écrire encore les mutations et les secousses de l’identité retrouvée. Isabelle SORENTE
Flora Souchier est normalienne en études théâtrales, diplômée de l’École nationale supérieure d’art dramatique de la Comédie de Saint-Étienne, autrice et comédienne. Elle a publié son premier recueil de poèmes, Sortie de route, en 2019, qui a reçu le prix de la Vocation poétique. Époque de plomb est sorti en 2024 aux éditions Cambourakis.
Un essai intimiste et sans détours qui revient sur la relation abusive et toxique et les années de violences psychologiques et sexuelles subit par l’autrice. Très vite, en tant que lecteur et témoin extérieur de la scène, les indices sont là, les comportements clairement affichés et les red flags nombreux et pourtant Flora Souchier raconte avec beaucoup de poésie – et d’horreur – comment elle s’est retrouvée piégée au cœur de cette relation qui a commencé avec un amour passionnel et s’est vite transformée en prison lobotomisante. C’est une lecture qui prend au cœur et au ventre parfois tant on est face à un être abject et je pense que beaucoup de personnes qui ont vécu des expériences similiaires y trouveront des échos de pensées et de réactions. Malgré tout on y voit aussi un bel exemple de sororité avec l’entourage de l’autrice - de femmes et de personnes queer car sans surprise les hommes cis het ne sont pas capable d'être des alliés décents et de dénoncer leur pote -, qui a la chance au moins d’avoir eu un véritable réseau de soutien autour d’elle.
On peut juste conclure en disant « méfiez-vous de tous les hommes ».
Un récit intime, comme une véritable mise à nu qui prend parfois au cœur et au ventre tant c’est injuste, incompréhensible, illogique. L’autrice raconte cet amour qui brise, qui rabaisse, qui n’est pas de l’amour car comment ça pourrait être ça aimer ?
Il y a le déni, et puis le moment où la victime veut en sortir, mais le peut-elle complètement ? Toujours une partie d’elle trouve quelques excuses à l’inexcusable. Elle réussit à montrer cet amour qu’elle lui portait et qui était vrai, qui était pure, par delà la violence.
C’est profondément poignant ce récit, dont la construction se veut comme hors du temps, presque organique. Ça se dévore en quelques heures. Impossible de lâcher cet ouvrage, cette histoire, si touchante, écrite avec tant de justesse, que nous raconte cette jeune femme auquel on s’attache si vite.
je m’attendais à lire un essai, j’ai été vraiment surprise en débutant ma lecture ! ça m'apprendra à ne pas lire les quatrièmes de couverture 🫢
une fois la surprise passée, je me suis retrouvée face à un récit très intime, à la structure volontairement non linéaire. les souvenirs sont évoqués dans le désordre, mais avec beaucoup d'émotion et de sincérité. c’est une véritable mise à nu, le récit autobiographique d’une emprise, du cheminement (encore en cours) pour se défaire des traumatismes imposés par un manipulateur.
de façon un peu méta, l’autrice cite les ouvrages qui l’ont aidée à faire face à la situation, à se rendre compte des abus qu’elle subissait. sans aucun doute, son propre roman pourra désormais s'ajouter à cette liste :)
Récit personnel de Flora Souchier sur l'emprise et le viol conjugal avec un partenaire, qui sous ses airs de "militant libertaire anarchiste révolutionnaire" l'a manipulée pendant des années. Super bien écrit, avec une justesse, la mise à nue et l'introspection nécessaire. Le mec s'est positionné en féministe allié alors qu'il était possessif, jaloux de son travail, précaire ("le salariat est capitaliste, on est au dessus de ça!"), émotionnellement instable (elle avait toute la charge émotionnelle sur elle), faisait du chantage émotionnel, jusqu'à la violer. Ca brasse par des moments. Coup de cœur !
Un livre difficile, mais très touchant, qui m'a prise au bide parfois, ou fait monter les larmes. Forcément, gros trigger d'autant plus si c'est un sujet qui remue pour vous.