Jump to ratings and reviews
Rate this book

Du mépris

Rate this book
Nous trouvons tous méprisables certains actes, gestes, attitudes, manœuvres. Et dans le même temps nous détestons tous le mépris. C’est dans cette contradiction, dans cette brèche que "Du mépris" s’engouffre. S’il y a du méprisable il faut des méprisants pour l’émettre. S’il y a du méprisable, il y a des circonstances où le mépris est honorable. Mais quelles circonstances ? À quel propos honorer le mépris ? Au départ l’auteur n’en a qu’une très vague idée. Il se lance dans ce texte les mains vides, chichement outillé d’une intuition ténue mais tenace. Cette affaire de mépris, il ne la sent pas ; comme on ne sent pas un nouveau collègue ou le mec d’une amie. Le mot mépris est douteux, douteux d’être cuisiné à toutes les sauces. D’être dégainé à tout propos, à table comme au lit, sur Twitter comme sur écoute, l’accusation de mépris devient suspecte. Comme souvent les grands mots, mépris cache quelque chose. Sous le couvert du mépris autre chose se joue. Sous le couvert du mépris de classe, dont chacun accuse tous, autre chose se joue. Comme autre chose se joue sous le couvert du mépris culturel, dont pléthore de plaintifs se disent l’objet. De paragraphe en paragraphe, d’anecdotes personnelles en choses vues, le texte complique le fléchage du mépris, et parfois l’inverse. Les coutumières et confortables polarités se brouillent. Qui méprise qui ? est une question à poser à nouveaux frais. Qui méprise le plus les gens, de Dany Boon qui proclame respecter le public populaire ou du critique atterré par l’indigence de ses productions ? Qui insulte le plus l’intelligence des gens ? L’adjectif populaire n’est il pas d’une condescendance achevée ? Chemin faisant, texte écrivant, il apparaît que celui qui crie au mépris documente avant tout le mépris qu’il se voue. Il apparaît, par suite, que le mépris, qui par définition fonctionne de haut en bas, est la meilleure parade du bas contre le haut. Le meilleur mur à bâtir contre les assauts des nantis. Ils nous méprisent ? Méprisons leur mépris. Mieux que la colère, qui souvent n’ébranle que soi, beaucoup mieux que la haine qui souvent est haine de soi, le mépris devient l’affect porteur de toute politique d’autonomie.

160 pages, Paperback

Published April 14, 2026

Loading...
Loading...

About the author

François Bégaudeau

76 books96 followers
He was born in Luçon, Vendée and was first a member of the 1990s punk rock group Zabriskie Pont. After receiving his degree in Literature, he taught high school in Dreux and in an inner city middle school in Paris. He published his first novel, Jouer juste in 2003. In 2005, he published Dans la diagonale and Un démocrate, Mick Jagger 1960-1969, a fictionalized account of the life of Mick Jagger.

In 2006, his third novel entitled Entre les murs earned him the Prix France Culture/Télérama.

François Bégaudeau is a movie critic for the French version of Playboy, having previously worked for the Cahiers du cinéma. He also was a regular contributor for several French magazines, including Inculte, Transfuge and So Foot. Since September 2006, he is a columnist for La Matinale and Le Cercle on Canal+ television.

He worked on the screenplay of Entre les murs, a film based on his 2006 novel, in collaboration with Laurent Cantet. He also starred in the film, which received the Palme d'Or at the 2008 Cannes Film Festival, and an Academy Award nomination for Best Foreign Language Film in 2009 (though it lost to Japan's Departures). The English language version of Entre les murs was published in April 2009 by Seven Stories Press under the title The Class.

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
17 (36%)
4 stars
22 (46%)
3 stars
7 (14%)
2 stars
1 (2%)
1 star
0 (0%)
Displaying 1 - 6 of 6 reviews
Profile Image for Quentin Dasse.
16 reviews1 follower
May 21, 2026
« L’a-t-on remarqué ? Les années 20 dégainent vite l’accusation du mépris ». Étant maître dans l’analyse et l’examen minutieux (voire presque chirurgical) des mots et de leurs usages, B a décidé de passer au crible « le mépris ».

Encore une fois, c'est un très bon livre que nous sert Bégaudeau. Très d'actualité et surtout très éclairant, comme à son habitude. Comme on s'y attend, B arrive une fois de plus à transformer un simple mot en un terrain de lutte politique.

Qu'entend-on par le mépris ? Pourquoi je méprise untel ? Pourquoi est-ce que l'on me méprise ? Ce sont les questions auxquelles il entend répondre, mais ce n'est pas le seul objet du livre.

Le mépris suppose un individu se sentant supérieur à un autre, et qui le méprise à cause ou du fait de sa petitesse, ou bien de sa faiblesse, de sa faute de goût, mais aussi de sa bêtise. Dans les différentes articulations qu'il fait autour du mépris, il y a ce passage que j'ai beaucoup apprécié au sujet du mépris intellectuel. Bégaudeau montre que si l'inégalité physique est totalement acceptée dans la société (exemple : le sport), l'inégalité intellectuelle l'est beaucoup moins. Sans pour autant remettre en question les capacités cognitives des électeurs de Jordane Bardella ou des fans de Marvel, Bégaudeau préfère dire que ce qu'il méprise (en tout cas), c'est la bêtise, et surtout, la bêtise fanfaronne.

Là-dessus, je le rejoins complètement. Quelqu'un qui vient en face de vous et tient des propos bêtes sans même avoir pris la peine de s'interroger sur leur pertinence, ne peut susciter en vous que du mépris. Quand quelqu'un vous dit que si les caisses de l'État sont vides, c'est à cause des chômeurs et des étrangers qui profitent ou fraudent les prestations sociales, ou que Édouard Philippe est le meilleur candidat pour 2027, quelle autre réaction que le mépris, si ce n'est la colère et possiblement l'emportement qui n'aboutira à rien de bon ?

Et c'est là que Bégaudeau est intéressant, car il vous montre que ce réflexe, en fait, il est sain. Il parle même « d'affect de décompression » puisqu'il permet de désamorcer un conflit par exemple.

Et il y a bien plus dans ce livre que j'ai beaucoup apprécié, notamment la distinction entre beaufs et prolos, entre la culture populaire et la culture de masse, sur la raison qu'il donne au fait que les prolos qui votent (le détail est important), votent RN au lieu de LFI (spoiler : c'est le racisme).

Bref, ce livre, c'est à la fois une bouffée d'air frais, à la fois une mise au clair et aussi une source de motivation afin de « prendre la mesure du trésor que l'on est ». Car la dernière idée du livre que B développe, c'est que le mépris est une arme saine, et que pour l'adopter, il faut prendre la mesure de ce qu'on est, et de notre singularité, presque de la fierté (c'est comme ça que je l'ai interprété, mais l'auteur ne fait pas usage de ce mot). Une sorte de revival de la fierté de classe qu'on retrouvait chez les communistes dans les années 40-70. J'ai bien compris la force que B se voyait insuffler aux personnes qui liraient ce livre, mais parfois je trouvais que ce n'était pas loin de flirter avec le développement personnel, chose qui m'aurait dégoûté au plus haut point. Mais heureusement, ce n'est pas le cas.

Donc, le mépris, les dominés socialement devraient bien s'en vêtir face aux dominants car cette disposition-là mène vers l'anarchisme (soit la prise en main par l'individu de son destin), au lieu que la haine utilisée comme arme sociale aboutit plutôt généralement au fascisme.
20 reviews
August 6, 2026
Brillant, lumineux, éclairant. Presqu'un must...

"Écoute de la musique.
On n'écoute jamais assez de musique.
Tu es coupable en ce seul sens que tu n'écoutes pas assez de musique."
Profile Image for Hicham El Moueffak.
3 reviews
September 13, 2026
François Bégaudeau n'invente rien, ça fait bien longtemps que la sociologie de la culture (et de ses publics) différencie culture populaire et culture de masse ; mais il n'invente rien avec style et humour, ce qui est déjà pas mal.
Par ailleurs il élude la question de l'éclectisme culturel, nouvelle modalité de distinction de la bourgeoisie.
Displaying 1 - 6 of 6 reviews