Une enfance de l’après-guerre, dans une famille de survivants qui croyaient en l’école. Un goût pour la littérature comme moyen d’accès privilégié à tout le reste, à l’art, aux paysages, à la France, aux animaux. Une identité juive inquiète, faite de fidélité aux parents et aux morts, mais dans laquelle le ciel est vide. Que reste-t-il de tout cela quand en France désormais la littérature s’efface, et quand la situation en Israël est un tourment quotidien ? Comment tenir, coûte que coûte, la ligne de crête ? "Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l’innocence. C’est cela le cœur lourd." Au fil d’une conversation avec Vincent Trémolet de Villers, Alain Finkielkraut offre ce qui est peut-être son livre le plus personnel.
Le dernier livre d'Alain Finkielkraut, Le Cœur lourd, est une recueil d'entretiens menés par Vincent Trémolet de Villers. Il me semble être le plus réussi de tout ce que j'ai lu de cet auteur, les interventions et les questions de son interlocuteur favorisant une plus grande clarté et une meilleure fluidité des idées.
Malgré certaines positions arrêtées de Finkielkraut (le rapport à l'immigration et la proximité avec Renaud Camus entre autres), ce livre témoigne de la réflexion et de l'humilité d'un homme médiatiquement "fiché".
Assurément érudit, l'immortel Finkielkraut révèle une pensée plus nuancée que ce que les médias affichent. En cela, l'importance de lire les auteurs s'érige en nécessité absolue. L'auteur du Cœur Lourd n'est pas juste un vieux réac', un juif, un boomer, ..., mais un esprit, une histoire, une intelligence.
« Le vocabulaire rétrécit, la syntaxe est en lambeaux, l’orthographe n’est plus enseignée, elle est même considérée comme élitiste, discriminatoire, stigmatisante. » (p.38/39)
« Le terrorisme n’est jamais que la réponse à la terreur exercée par l’Occident sur le reste du monde. » (p.121)
« J'ai fini par comprendre, tard sans doute, que les Arabes étaient des paysans et des bergers pauvres. Je sais très peu de choses de moi, mais je suis sûr et certain que je ne veux pas être du côté de ceux qui utilisent les armes, l'argent et la culture pour opprimer des paysans et des bergers. » (p.125)
« Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence. C'est cela, le cœur lourd. » (p.166)