Partie de la lointaine contrée de la Brumanie, une femme débarque au Québec afin d’y mener une mission de courte durée. Là d’où elle vient, une brume opaque avale l’horizon et des boules roses logées dans les gorges des femmes étouffent leurs voix et leurs pleurs. Dans son périple, la voyageuse vit une expérience inattendue : elle se divise en deux et fait la connaissance d’un fantôme rose assoiffé de nouvelles expériences. C’est au milieu de carnets de notes, de dessins colorés et d’objets fabriqués avec ingéniosité qu’elle nous accueille pour nous raconter l’histoire d’une filiation essentielle, d’un déchirement intérieur et d’une réalité géopolitique complexe qui nous concernent toustes.
Propulsé par l’urgence de dire, le récit de Hoda Adra est rugueux, joyeux, libérateur, et se déjoue brillamment de toutes les attentes. Telle une funambule vacillante, elle danse sur la corde raide entre intime et systémique, documentaire et réalisme magique, vulnérabilité et résistance. L’histoire de comment je me suis séparée en deux, dont la mise en scène est co-signée avec Marc Béland, emprunte au conte, au théâtre d’objet et à la tradition orale arabe hakawati afin d’investiguer le lien qui unit la parole et le vécu.