Faut-il encore présenter Claude Monet (Paris, 1840 - Giverny, 1926), l’Impressionniste à la plus grande longévité ? ou Giverny, sa demeure devenue musée, qui ne compte plus le nombre de visiteurs qu’elle accueille chaque année ? C’est bien par Giverny, et les Nymphéas (choisis au hasard sur un catalogue), ce jardin devenu œuvre d’art avant même d’être transposé sur la toile, que débute et se conclut ce long entretien. « J'ai mis du temps à comprendre mes nymphéas, confie-t-il, et puis tout d'un coup j'ai eu la révélation des féeries de mon étang. J'ai pris ma palette. Depuis ce temps je n'ai guère d'autre modèle. » Monet parle de ses maîtres à l’occasion de ses rencontres, de ses visites au musée (Louvre, Prado), des marchands (de Latouche à Durand-Ruel) ou des critiques d’art (Mirbeau) qui l’ont soutenu dans sa carrière, sans négliger quelques hommages à la cuisine – le homard de Bretagne– ainsi qu’aux bons vins. Marc Elder, conservateur du musée des Beaux Arts de Nantes, rend visite à Monet qu'il admire en 1921 à Giverny. L'entretien débute par l'évocation de son sujet, les nymphéas. Cet entretien avait paru chez Bernheim-Jeune en 1924. J.-P. Morel, qui réalise cette édition, a fait suivre le texte de l'entretien avec Marc Elder d'une interview réalisée par François Thiébault-Sisson en 1900, qui retrace la formation du jeune Monet jusqu'à la Commune.
Marc Eldern (1884-1933), alias Marcel Tendron, est un écrivain français, critique et historien d'art. Il fut conservateur du château des ducs de Bretagne à Nantes. En 1913, il a reçu le prix Goncourt pour Le Peuple de la Mer, devant Le Grand Meaulnes d'Alain-Fournier et Du côté de chez Swann de Marcel Proust. Dans cet œuvre, il s'agit de raconter les entretiens qu'il eut avec Claude Monet qui le reçut plusieurs fois chez lui dans sa maison fleurie de Giverny. Le second texte est un récit par Claude Monet de sa jeunesse et de ses débuts comme peintre.
Les thèmes abordés sont variés, et correspondent à ceux que le peintre pouvait aborder dans l'intimité: cuisine, amitié avec Clemenceau, Octave Mirbeau, peinture, relations avec les critiques et les autres peintres, passion pour les estampes japonaise, problèmes de santé, succès de ses œuvres auprès des américains et des japonais. C'est l'occasion de connaître les sentiments de Claude Monet qui, essentiellement absorbé par son activité artistique, ne donnait pas d'interviews et n'écrivait pas beaucoup. La partie dans laquelle il expose quels furent ses débuts, comment ses parents s'opposèrent d'abord à ses desseins d'embrasser la peinture, son escapade en Algérie où il se nourrit de la lumière particulière de l'Afrique, son retour et son apprentissage avec des maîtres avec lesquels il ne s'entend pas sur les buts fondamentaux de l'art, tout cela est très éclairant.