Le livre le plus mauvais que j'ai lu. Il devrait s'appeler "Comment baser son idéologie sur des erreurs d'attribution ultimes et des lacunes".
Avant toute chose, je veux clarifier un point. Ma critique n'est pas sur l'idéologie de la non violence, en effet, même si j'ai pas aimé non plus "Les gouvernements sont corrompus" de Léon Tolstoï, ce dernier a au moins le mérite de ne pas être un menteur et un manipulateur, ce qu'est Popovic. Tolstoï est non violent car il est chrétien avant toute chose, ce que je peux comprendre pour le minimum de respect que je peux avoir envers les religions. Pour Popovic là par contre...
Pour commencer, tout son discours sur Gandhi et King est faux. D'une part parce que Gandhi était du côté de la violence quand il fallait enrôler des indiens pour se battre pour les britanniques en Afrique du Sud, il a même eu une médaille de guerre pour cela. Et King a déclaré dans une interview en 67 qu'il était pour la diversité des tactiques, ce qui passe par la non violence et la violence.
De plus, croire que la victoire de Gandhi est du fait de ce dernier est un mensonge. La réussite de l'Inde contre les britanniques tient de deux choses : 1. Les millions de mort de l'armée Britannique au Moyen-Orient contre les pays qui se soulevaient, mine de rien, ça fragilise l'impérialisme. 2. La lutte armée en Inde, parce que Gandhi ne représentait pas toute l'Inde, quand il a été emprisonné pour la deuxième fois, tout le monde était passé à autre chose. Et pareil pour Luther King, c'est oublier l'impact de Malcolm X et des mouvements armés noirs qui allaient se battre contre la police pour protéger les populations noires.
Autre mensonge, Popovic base sa légitimité sur la réussite qu'il aurait eu avec Otpor pour faire tomber Milosevic pendant les guerres de Yougoslavie, c'est évidemment faux. Ce sont les interventions armées de l'OTAN qui ont fait la majorité du travail, sur le sujet, faut lire "L'opinion, ça se travaille..." De Serge Halimi, où il montre comment l'impérialisme américain (qui ont participé à la fondation de l'Otpor d'ailleurs) était bien placé dans ce conflit.
On comprend ici le problème de Popovic, l'erreur d'attribution ultime, il ignore complètement les causes externes à "ses" réussites, ou du moins à celles de son idéologie non violente, et surestime les causes internes, donc ses propres actions. Et les lacunes du contexte géopolitique dans lesquels s'inscrivent les évènements.
Voilà, ça c'est pour la base sur lequel repose l'ensemble du raisonnement de Popovic, on va pouvoir aller dans quelque chose de plus doux.
Il se contredit énormément, disant dans le titre que l'on peut faire tomber un dictateur seul, mais où tous les exemples qu'il donne de "réussite" reposent sur une participation élevée de personnes ou sur la notoriété d'un individu. Il cite par exemple un Israélien qui a réussi à mieux fournir du cottage au pays grâce à la mobilisation via sa page Facebook. Sauf que du coup, c'est pas une réussite "seul", c'est une réussite due à un concours de circonstance collectif, parce que l'événement qui suit, à savoir le même style de mobilisation contre la flambée des prix, elle n'a mené à rien. Parce que même si je peux être d'accord sur l'intérêt des petits combats pour s'échauffer, c'était absolument rien comme combat, c'est du fromage, tu rends pas la société meilleure parce que plus de personnes ont accès au fromage.
Autre contradiction, le fait de dire que l'on peut y arriver "tout petit" alors que les échecs de la non violence qu'il montre sont expliquées par un manque de moyens. Et c'est logique, la non violence est, comme le vote, un moyen de lutte qui est à utiliser par des personnes qui ont des choses à perdre, pour éviter les procès en radicalité, donc plutôt des fractions relativement privilégiées de la société. En parlant des erreurs de la non violence, il en parle beaucoup mais sans en parler. Il évoque les échecs des révolutions de couleur dans les pays arabes comme base de réflexion pour Occupy. Mais du coup ça veut dire que ces mouvements non Violents ont été des échecs, et donc qu'il faudrait surtout faire évoluer la méthode. Il est drôle de voir qu'il prétend vouloir être ouvert d'esprit mais qu'il impose un sectarisme autour de la non violence et un vocabulaire négatif dès qu'il est question de l'utilisation de la violence. Là où des gens comme Gelderloos prône la diversité des tactiques justement pour s'adapter à toutes les contraintes possibles.
Il parle de l'humour comme arme, en illustrant son propos avec Poutine qui aurait été déstabilisé par des caricatures. D'accord mdr. Je suis convaincu là.
De manière générale, le livre a peu de références bibliographiques, ce qui est un défaut quand on parle d'un sujet militant aussi important, il y a plus de référence à la pop culture que d'ouvrages à portée scientifique, c'est très désagréable. Et surtout, mais je lui en tiens pas forcément rigueur, mais il cite l'étude sur la réussite de la non violence, que Gelderloos démonte dans "L'échec de la non violence", soulignant les erreurs méthodologiques, comme le simple fait que l'échantillon est biaisé par ce qui est accessible aux chercheurs. Mais aussi du fait que ces réussites n'en sont pas, vu qu'elles n'ont été que très temporaires ou n'ont été que morales. J'en tiens peu rigueur à Popovic parce que checker les méthodologies d'articles, ça ne doit pas être dans ses capacités et ça se comprend, c'est un métier.
Donc pour résumer, peu de bibliographie, et quand il y en a, elle est peu pertinente voire douteuse, des lacunes géopolitiques considérables sur les évènements qui sont traités, une surestimation de ses capacités et des contradictions régulières. Je ne recommande absolument pas ce livre. Cela fut 7,30€ de gaspillés, et 324 pages de gaspillées qui auraient pu l'être pour d'autres œuvres.