« Lorsque je croupissais chez moi, torturé et anéanti par une maladie dont si peu soupçonnent l’horreur et l’étrangeté, je me disais : un jour, j’écrirai un livre sur ce que j’ai traversé, pour dire au monde l’atrocité de cette guerre de l’intime. Par un bonheur que je m’explique encore mal, ce moment est enfin venu. Nous nous connaissons si peu, moi et moi-même. Comme une barrière qui nous aurait toujours séparés. L’un et l’autre, le noir et le blanc, l’angoisse et la paix. Je suis heureux que cette série d’entretiens puisse enfin nous rapprocher. Et je ne vous cacherai rien. » P. T.
Présenté et commenté par le professeur Philippe Jeammet, un témoignage exceptionnel, émouvant et étonnamment lucide.
Polo Tonka est écrivain. Schizophrène depuis l’âge de 18 ans, il est aujourd’hui en phase de rémission.
Philippe Jeammet est professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris-Descartes.
“Lorsque nous découvrons par le bonheur que ce dernier est à ce point rarissime dans nos vies, ce sont les abysses qui s'éclairent d'avoir un contraste qui les révèle et elles deviennent plus noires et plus profondes par contrecoup.”
“Se peut-il que nous soyons issus de cette création explosive ou venons-nous d'une période plus récente ? Nous résumons-nous à la création de notre corps ou doit-on considérer notre âge en fonction de ceux des atomes qui nous constituent ?”
“Bien sûr, je sais que les monstres n'existent pas, qu'ils ont été inventés pour faire peur aux enfants, mais, d'un autre point de vue, je vois bien qu'ils existent. Sinon, pourquoi m'en protéger avec de telles précautions? Et pourquoi ai-je moi-même entendu leurs voix dans les tréfonds de mes nuits? Et surtout, pourquoi vois-je se dessiner parfois sur les murs de mon imagination leurs ombres maléfiques ?
Mes chers amis, vivez donc à présent une vie libérée ne serait-ce que de la joie — pour certains — de ne pas vivre ces troubles-là, et n'oubliez pas que nous ne sommes surtout pas des monstres, que les monstres n'existent pas et que les seuls qui existent dorment en nous dans nos imaginaires et que, malgré la profondeur de nos troubles, il nous appartient à nous de les affronter, de les dompter et, finalement, de les assagir.”