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Assaut contre la frontière

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"Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci : pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ? Penser à ça, à la langue arabe, c’est ressentir un mélange de chagrin et de honte, de colère et de frustration. Comment pourrais-je vous raconter, vous faire comprendre que je parle comme une enfant la langue qui devrait être la mienne ? Que je vis avec une langue fantôme comme on parle d’un membre fantôme dont on sent encore la présence bien qu’il ait été amputé. Cette langue, je l’ai cherchée partout. Je l’ai désirée, je l’ai poursuivie, j’ai pu suivre des inconnus dans la rue simplement pour les entendre prononcer ces syllabes familières. Je pourrais aisément reprendre à mon compte les mots de l’écrivaine et peintre libanaise Etel Adnan : “Je me suis retrouvée à la porte de cette langue. Je l’ai érigée en mythe, en une sorte de paradis perdu.”

Une première version de ce texte a été lue en public par Leïla Slimani lors du Festival d’Avignon 2025.

63 pages, Kindle Edition

First published January 1, 2025

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About the author

Leïla Slimani

72 books4,044 followers
Leïla Slimani is a French writer and journalist of Moroccan ancestry. In 2016 she was awarded the Prix Goncourt for her novel Chanson douce.

Slimani was born in Rabat, Morocco and studied later political science and media studies in Paris. After that she temporarily considered a career as an actress and began to work as a journalist for the magazine Jeune Afrique. In 2014 she published her first novel Dans le jardin de l’ogre, which two years later was followed by the psychological thriller Chanson douce. The latter quickly turned into a bestseller with over 450,000 copies printed within a year even before the book was awarded the Prix Goncourt.

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2 (<1%)
Displaying 1 - 30 of 94 reviews
Profile Image for enzoreads.
247 reviews5,232 followers
March 19, 2026
Pertinente et nuancée comme d’hab
Profile Image for Agathe.
143 reviews19 followers
March 21, 2026
Les filles.. après la sublime soirée d’hier lors de laquelle j’ai eu l’immense honneur d’assister à la masterclass de mon idole Leila Slimani, j’ai pu me délecter ce matin dans le train de son dernier ouvrage.. accompagnée de mon fidèle Pepou.. que j’embrasse..

Plus sérieusement, ce texte nous pousse encore une fois à dépasser les frontières physiques en se plongeant dans la littérature. Leila dit que quand on lit, on se délivre de notre identité, on accède à une zone d’entre-deux, où on peut se glisser dans la peau des autres humains. Quoi de plus beau ? Et quoi de plus important quand nos sociétés et leurs individus s’opposent et se renferment de plus en plus ?

« La littérature est le seul art capable de nous immerger à ce point dans une conscience, de nous faire voir la vie de l'intérieur et, ainsi, de nous révéler que les gens ne sont jamais tout à fait ce qu'on croit qu'ils sont. La littérature c'est le lieu de l'intime, des identités subjectives, insaisissables, construites à partir d'une infinité d'émotions et d'expériences. Elle accompagne nos doutes, elle les nourrit et nous apprend à nous méfier des certitudes qui isolent et enferment. »
Profile Image for Sandra Matias.
155 reviews31 followers
October 18, 2026
Ema reflexão profunda que me levou por caminhos que nunca antes tinha atravessado!
Precisamos de mais livros assim, que nos façam “vestir” a pele dos outros e humanizarmo-nos…
127 reviews7 followers
September 14, 2026
Heel mooi pamflet voor de kennis van taal, van talen en voor de literatuur als opstand tegen grenzen, muren, onbegrip. Leest als een trein en doet heel erg deugd
Profile Image for Macqueron.
1,263 reviews28 followers
March 23, 2026
La langue ne définit pas les personnes mais elle est un moyen de les atteindre et de les comprendre. La littérature est un medium qui vise à aller vers l’autre voire à devenir l’autre. Le multiculturalisme est une chance et la diversité une opportunité.
Leila Slimani le dit beaucoup mieux que ça, en des mots simples et clairs qu’elle assume comme étant naïfs, mais la littérature a ce droit d’être naïf, ce qui ne l’empêche pas d’être subvertive (voire: ce qui la rend subvertive).
Elle-même ayant perdu certaines des langues qui l’ont construite, elle le dit en connaissance des cause mais aussi avec humilité et avidité.
Profile Image for Siham Elfakir.
101 reviews24 followers
March 31, 2026
Sujet tellement intéressant, qui mériterait plus de profondeur. Ça aurait dû rester un discours commandé de France Culture. Et puis ce n’est pas boultoukal mais bourtoukal. C’est dommage que les quelques mots en arabe soient mal écrits.
87 reviews
August 14, 2026
"Il faut imaginer qu'à Babel nous vivons heureux." In Falle dieses kurzen und intelligenten Büchleins, zurückgehend auf eine Rede der Autorin aus dem Jahr 2025 im Rahmen des Festivals von Avignon, scheint es mir gestattet, den Schlusssatz zu zitieren, ohne dass das als Spoiler gilt. Es ist vielmehr eine Quintessenz, durch deren Kenntnis der Weg dorthin nicht an Spannung verliert. Der Text ist eine Auseinandersetzung mit sprachlichen Biographie der Autorin, die, aus Marokko stammend, nur rudimentär Arabisch spricht, allerdings das Französische überdurchschnittlich gut beherrscht. Daraus entwickelt sich ein Plädoyer für Sprachenvielfalt, für Aufgeschlossenheit gegenüber Entwicklungen, die eine Sprache lebendig halten, für das Anzweifeln von Grenzen, Beschränkungen sowie vorurteilsgeprägten Einschätzung, für die Freiheit des Schriftstellers seine Themen unabhängig von allen (ggf. durch die Herkunft geprägten) Erwartungen zu wählen und schließlich ein Plädoyer für die Bedeutung der Literatur und des Schreibens im Allgemeinen.
Profile Image for Mai.
284 reviews110 followers
August 15, 2026
Des réflexions globalement intéressantes et pertinentes mais sans plus. J'ai particulièrement aimé les passages sur l'enfance de l'autrice où elle était baignée dans la diversité linguistique mais a compris peu à peu qu'on préfère certaines langues au détriment des autres, considérées comme inférieures.
Profile Image for Faïza.
240 reviews11 followers
July 14, 2026
"Ce paradis multilingue s'est fracturé et j'ai compris, en grandissant, que je vivais dans un monde traversé par des frontières, entre les classes sociales et entre les langues."

Un essai essentiel, aux images fortes, agrémenté d’anecdotes personnelles mais aussi de nombreuses références littéraires et culturelles qui appuient les propos de l’autrice. Il nous fait réfléchir sur la hiérarchisation des langues, sur l’identité indépendamment des frontières qui nous limitent, puis sur le pouvoir de l’écriture pour combattre cet universalisme qui s’évertue à détruire les civilisations qu’il considère comme inférieures. Bref, une lecture parfaite pour un 14 juillet.
Profile Image for Léa.
303 reviews51 followers
March 31, 2026
Un récit très court où l’autrice nous propose un essai autour du langage et de la puissance de la littérature.

L’autrice nous livre ici un texte percutant qui nous pousse à la réflexion. Elle y évoque sa propre expérience, ses pensées, son enfance. Elle nous confie notamment son regret de ne pas parler la langue de sa famille, la langue arabe. Et cette dualité identitaire qui la caractérise.
Une ode à la littérature et à la liberté. Car les mots ne devraient pas être des frontières, mais un point d’ancrage qui rassemble les Hommes.

Une lecture touchante emplie de sincérité.

💬 « La littérature, si elle fait assaut contre les frontières qui nous enferment en nous-mêmes, peut-elle encore nous ramener vers l’Autre ? Oui, je le crois car au cœur de la lecture il y a l’empathie, et il y a la tendresse. »
Profile Image for Alexia Sender.
39 reviews
May 27, 2026
Cet essai se lit très facilement est interpel sur les enjeux actuels de nos sociétés occidentales concernant la monté du fascisme.
C'est aussi une belle déclaration d'amour à une culture marginalisé : la culture arabe.
Profile Image for Nassima.
173 reviews1 follower
July 10, 2026
"Vivre entre deux cultures, c'est accepter une forme de déséquilibre. On est toujours l'étranger de quelqu'un, même chez soi."

Un essai qui émane d'une démarche introspective, une volonté de trouver un sens, avant de progressivement devenir une réflexion plus universelle, partagée par de nombreuses personnes au parcours de vie plus ou moins similaire. Le texte, réfléchi et pertinemment sourcé, nous offre un propos riche sur les langues et ce qu'elles représentent dans notre société. Plus qu'un outil de communication, elles peuvent rassembler ou, au contraire, diviser. Comme souligné par l'autrice, les langues parlées sont par définition "vivantes," et donc en perpétuel évolution.
Profile Image for rani.
15 reviews
October 4, 2026
as someone who’s literally learning their “mother tongue” at 20 c’etait tellement relatable j’ai trouvé ça flippant. un recit court mais super interessant
Profile Image for Marion Fuerte.
6 reviews2 followers
April 27, 2026
bel essai sur la langue et sur son rapport à la dominance et surtout sur la frontière entre les identités
Profile Image for Mahmoud Al Moufti.
197 reviews2 followers
May 6, 2026
بدأت بكتابة هذه السطور بالفرنسية ولكنني مسحت سريعاً ما كنت قد كتبته بحروف لغة الأدب والرومانسية الجميلة، لغة من أحب من كتّاب وكاتبات، اللغة التي منذ قد قرأت ترجماتها عندما كنت صغيراً في بيتي في دمشق، كنت قد عشقت مفرداتها دون أن أعرفها، لغة زولا العظيم، لغة آني إرنو والتي تكون ربما الكاتبة الوحيدة التي قرأت جميع كتبها. ولغة كامو والذي لشدة حبي له قررت أن أتعلم الفرنسية علّني أتمكن يوماً ما من قراءة كتبه من دون ترجمة وهو ما كان. وهو كامو نفسه الذي جعلني أختار فرنسا الجميلة كبلد ملجأ وكوطن بديل عن وطني الأم الذي كنت قد غادرته مكرهاً. وطن قد أصبح وطني الذي أحب والذي لا أدري إن كان حبي له هو حب من طرف واحد.

بعد قراءة هذا النص البديع للرائعة ليلى سليماني قررت أن أمسح ما كتبت بالفرنسية، وأن أعلّق على كتابها بلغتي التي أحب، لغتي الأم. العربية. أنا الغريب الذي يعشق اللغة العربية. رغم أنه كردي، ليس عربياً أصيلاً. الغريب الذي يحب لغةً ويتكلمها ويقرأ ويكتب بها رغم أنها لا يفترض بها أن تكون لغته.
الغريب الذي ينظر له الأكراد نظرة غريبة ومريبة عندما يعلمون بأنه كردي لا يتكلم الكردية. ولكنه عاش بين العرب، وأحب لغتهم، لأنه من دمشق، ولأن دمشق تتكلم العربية، بأكرادها وبأرمنها وبشركسها. جميعهم تكلموا ويتكلمون العربية. و كما حدث مع ليلى سليماني كنت أحس بهذه الغربة بين لغتين. العربية بين الأكراد وأقل بكثير، بالغربة الكردية بين العرب، لماذا أقل؟ لأن العربية هي لغتي، كما هي لغتهم، وبالتالي لا توجد لديهم أية سطوة لغوية أو ثقافية عليّ. ولكن ورغم ذلك أعيش مع هذا الشعور الغريب بالعار، لماذا لا أتكلم الكردية؟

عندما أتيت إلى فرنسا انتقل الإحساس بالغربة إلى مستوى آخر. السؤال الأهم كان عن الهوية، هل أنا حقاً عربي أم أنني كردي؟ أي نوع من الغريب في فرنسا أنا؟ أنا الكردي الذي يتكلم العربية، هل أنا عربي؟ أنا اللاديني الذي اسمه محمود! هل أنا مسلم، رغم أنني لا أنتمي للإسلام؟ ولكن، هل هذا حقاً مهم؟ وهل هي تهمة بأن أكون بالأصل مسلما أو بوذيا أو لا ديني؟ هل عليّ أن أنكر لغتي؟ هل عليّ أن أشعر بالعار وأنا أكلم أولادي بالعربية في السوبر ماركت أو في الملعب أو في الحديقة؟ ولماذا الياباني يعتبر إضافة وتعدد بينما أنا أعتبر خطراً؟ كلنا أغراب. هكذا أضفت عاراً جديداً إلى مجموع العار الذي أحمله في نفسي.

كنت قد كتبت نصا منذ زمن عن الغربة، كان هذا عندما قررت مغادرة سوريا، نص بعنوان: اغتراب، أقول فيه:

"يبحث المغتربون عن وطن في المنفى، بعد المنفى في الوطن.

هم يعرفون تماما أن لا وطن في الوطن.

كما يعرفون تماما أن لا شيء في المنفى سوى المنفى.

سيعيشون في منفى المنفى .. وسيستقرون هناك.

سيروون للأبناء هناك، في وطن الأحفاد الجديد، أن لا وطن في الوطن ولا وطن في المنفى، بل إما المنفى في المنفى، وإما المنفى في الوطن."

أعيد اليوم قراءة هذه السطور وأنا هنا، في فرنسا، غريب يحبها، كما كان غريباً في دمشق، ولكنه يحبها. هل كانت دمشق منفاً؟ وهل أنا هنا في منفى؟ أسئلة لا تنتظر جواباً.

كما ليلى سليماني، كنت وما أزال أتمرد على غربتي بالأدب. أتمرد على فرنسيتي اللا أصيلة والمليئة بالأخطاء، بقراءتها والاستمتاع بها. قراءة الفرنسية لا تحمّلني أي عار بل على العكس، تقربني أكثر وتحببني بها. حتى ولو احتجت ترجمة أو أخطأت بلفظ إحدى كلماتها. الأدب هو الملاذ الوحيد والأجمل للغريب. الأدب هو ما جعلني كما ليلى سليماني أحب الإنسانية، أحب الفرنسيين والأمريكان والإسبان والأرجنتينيين، والصينيين والروس والسودانيين والمغاربة والأتراك والتشيكيين والإيرانيين ... الفن: الأدب والموسيقى والمسرح والرسم والرقص .. هو ما يجمعنا وما يوحدنا. الإنسان هو الحيوان الفنان. وحتى توجد جمهورية الفن، سنبقى غرباء مبعثرين في هذا العالم.

شكراً ليلى سليماني على هذا النص العذب رغم أنك فتّحتي جروحي الكثيرة.
Profile Image for Christopher Dubé.
5 reviews2 followers
October 1, 2026
« Que je vis avec une langue fantôme comme on parle d’un membre fantôme dont on sent encore la présence bien qu’il ait été amputé »

« Pour George Steiner, loin d’être une malédiction, Babel est une bénédiction paradoxale qui a sauvé les hommes du totalitarisme de la langue unique et a rendu possible le dialogue, l’art et l’altérité »

« Au fond, la pire soumission ne consiste-t-elle pas dans l’impossibilité d’imaginer que les choses puissent être autrement que ce qu’elles sont? »

Profile Image for Florence Reisch.
38 reviews1 follower
May 11, 2026
Un livre court, mais extrêmement riche.

J’ai profondément aimé l’écriture de Leïla Slimani, sa lucidité et les questions qu’elle soulève autour de l’identité, des langues, des frontières et du sentiment d’appartenance.

Étant expatriée depuis 28 ans, tous les thèmes abordés dans ce livre résonnent particulièrement en moi. Certaines réflexions m’ont profondément touchée : l’impact des langues sur nos vies, celles que nous parlons, celles que nous avons perdues, celles que nous aurions pu — ou dû — apprendre. Les langues qui nous relient à nos origines et à nos cultures, mais aussi celles qui finissent parfois par créer une distance entre les générations.

Au-delà des mots, nous ne parlons plus toujours le même langage culturel, émotionnel ou social. Les références changent, les mondes évoluent différemment, et une fracture finit parfois par apparaître.

J’ai aimé la manière dont l’auteure mêle réflexions personnelles, faits, citations et observations sur notre époque avec beaucoup de finesse et d’intelligence.

Une lecture forte, sensible et profondément actuelle.
Profile Image for Bochra .
76 reviews9 followers
October 25, 2026
Trying not to quote the whole book 😬


"Les livres nous donnent soif de liberté et d'absolu. Et il me semble que lire, écrire, c'est protester contre les insuffisances de l'existence, c'est dire que nous ne sommes pas les esclaves du réel, que nous n'avons pas à le subir, qu'une autre réalité est possible."

"Lorsque j'écris, je le fais en tant qu'individu, affranchie de mes communautés, libérée de ma situation familiale et de toutes les loyautés que l'on voudrait m'imposer. Je n'écris pas sur les Marocains ou sur les musulmans mais sur des personnes qui ont un corps et des chagrins, qui désirent et qui aiment, qui ont peur du noir et veulent réussir. Je ne cherche ni à les juger ni à en faire les représentants d'une cause. Écrire, ce n'est pas exprimer une culture."

"Dans ma chambre,à Rabat, j'ai traversé les frontières, je me suis sentie russe, chinoise, américaine. J'ai partagé des émotions avec des personnages dont l'identité m'était pourtant tout à fait étrangère. La littérature a ceci de merveilleux qu'elle permet de ressentir ce que, dans le quotidien de nos vies, nous avons tristement tendance à oublier, à savoir notre appartenance à la communauté des hommes. Grâce au roman, nous éprouvons avec la même intensité la passion d'une âme russe, le désarroi d'un baleinier américain ou la mélancolie d'un général colombien."



"Nous venons d'un monde de l'hybridation et du mélange et les langues ne nous appartiennent pas: on ne peut en faire des trophées ou des étendards. La langue accueille tous ceux qui la parlent, qui l'aiment, avec un accent, des erreurs parfois, des tâtonnements. Peut-être qu'écrire c'est justement ça, expérimenter sans cesse l'étrangeté de sa propre langue, se rendre compte qu'un mot pourtant familier peut se déréaliser ou, au contraire, prendre une signification insoupçonnée."

"Apprendre une langue c'est accepter de ne pas régner sur le monde et s'offrir la possibilité de se tromper, de dire une chose bête ou drôle, de rougir et de rencontrer l'autre. Dans une langue étrangère, quelque chose de nous se défait, le ton, la vitesse, l'assurance; on devient vulnérable. Dans cette fragilité du dire, on fait l'expérience même de la condition humaine : parler malgré l'obstacle, prendre encore et encore le risque de ne pas être compris."




"J'ai quitté mon pays mais le pire ce n'était pas de partir, c'était de revenir à Ithaque et de me rendre compte que je devenais chaque fois un peu plus une étrangère à ma terre natale."

"Mon pays, je l'invente et je l'enferme dans les romans comme dans une boule de verre que je pourrais remuer et il y aurait le vent et il y aurait la neige et des jours d'été où l'air serait si chaud qu'on ne pourrait rien faire. Écrire n'est peut-être rien d'autre que la tentative désespérée de rentrer chez moi, dans un pays dont j'aurais chaque jour à réapprendre la langue." 🫶🏽
Profile Image for Loann.
10 reviews1 follower
June 20, 2026
Un court texte qui donne beaucoup à penser, une foule d’idées germe en moi et les références se croisent.
D’abord, la trajectoire du père de Leïla Slimani (p. 24-25) : le "bon élève arabe" envoyé à l’école française qui veut prouver qu’il a sa place ici. Je repense instinctivement aux analyses de Chantal Jacquet dans Les transclasses ou la non-reproduction.
Ensuite, la littérature et surtout la fiction comme indice de la contingence du réel (p. 30) : « Qu’y a-t-il de plus subversif que d’affirmer que ce qui est aurait aussi bien pu ne pas être ? Les romanciers se méfient de ceux qui transforment en valeur suprême la circonstance fortuite de leur lieu de naissance. […] D’une certaine façon, tout récit nous invite à accepter la relativité essentielle des choses humaines et il est, de ce fait, incompatible avec les dogmatismes et les idéologies. La fiction, c’est à la fois une façon de prendre la réalité au sérieux et d’en expérimenter la non-nécessité. »
Aussi, j’ai adoré l’usage de l’image du gâteau pour aborder le problème de l’identité : on ne peut pas couper l’identité en morceaux. L’homme est un gâteau (p. 52) : il est insensé de vouloir en distinguer et en isoler les ingrédients une fois cuit.
Enfin, ce qui est essentiel, c’est le "recalibrage" axiologique que Leïla Slimani propose sur Babel. Elle valorise la différence, l’échange, l’apprentissage et rejette l’homogénéité d’une même langue qui nous réduirait à un mode de pensée unique. On peut alors développer toute une éthique de la conversation et une pensée de la condition humaine : « Apprendre une langue c’est accepter de ne pas régner sur le monde et s’offrir la possibilité de se tromper, de dire une chose bête ou drôle, de rougir et de rencontrer l’autre. […] Dans cette fragilité du dire, on fait l’expérience même de la condition humaine : parler malgré l’obstacle, prendre encore et encore le risque de ne pas être compris. » (p. 67).
Un point supplémentaire irréductible à la problématique des langues : l’importance de l’histoire et du fait de défendre la transmission des récits comme un héritage intergénérationnel et interculturel fort. « Ce qui n’est pas raconté cesse d’exister, les corps à qui on ne donne pas de voix ne peuvent conquérir leur dignité. Tout ce qui ne devient pas matière à récit se perd dans le temps. » (p. 71).
99 reviews1 follower
June 27, 2026
« Roland Barthes dit qu'un écrivain joue avec la langue maternelle, c'est-à-dire avec ‘le corps de sa mère’, ‘pour le glorifier, l'embellir ou pour le dépecer’. Et le corps de mon père alors? Je joue avec lui aussi, je lui tourne autour depuis aussi longtemps que j'écris. Ce corps immobile, ce corps entravé, emprisonné, ce corps mort, ce corps de la langue que je ne parle pas. Peut-être que je n'ai fait que ça. Tenter de trouver ma langue, de trouver mes mots pour prouver mon innocence ».

« Les romanciers se méfient de ceux qui transforment en valeur suprême la circonstance fortuite de leur lieu de naissance. À celui qui se dit fier d'être russe ou portugais, le roman rappelle qu'il aurait aussi pu être ghanéen ou malgache. Qu'il n'y a pas de différence de nature, fondamentale, entre les deux, juste une contingence. Un accident. D'une certaine façon, tout récit nous invite à accepter la relativité essentielle des choses humaines et il est, de ce fait, incompatible avec les dogmatismes et les idéologies.
La fiction, c'est à la fois une façon de prendre la réalité au sérieux et d'en expérimenter la non-nécessité. Rien n'est sacré au point de ne pouvoir être détourné, moqué, réenvisagé. D'ailleurs, l'équivalent arabe de la formule « Il était une fois » est ´Kan ma Kan’, qu'on pourrait traduire par ‘C'était ainsi, ce n'était pas ainsi’. Au fond, la pire soumission ne consiste-t-elle pas dans l'impossibilité d'imaginer que les choses puissent être autrement que ce qu'elles sont? Les livres nous donnent soif de liberté et d'absolu. Et il me semble que lire, écrire, c'est protester contre les insuffisances de l'existence, c'est dire que nous ne sommes pas les esclaves du réel, que nous n'avons pas à le subir, qu'une autre réalité est possible ».

Le type de livre où tu te dis « ptn je suis fière d’avoir fait de la littérature ». Si seulement j’avais lu ça lors de mon mémoire !!!
Profile Image for David Martin.
88 reviews2 followers
June 4, 2026
Parler français ne me vient pas naturellement, mais j’essaie de lire un livre en français de temps en temps pour ne pas perdre le peu de français que je possède.

J’étais en route pour Londres en train et, stressé par un changement de gare à Paris, j’ai saisi l’occasion de visiter rapidement une librairie. Je n’avais encore jamais lu un roman de Leïla Slimani, mais le texte au dos du livre m’a paru intéressant et je l’ai acheté. Maintenant, quelques semaines plus tard et dans les montagnes du Jura français, j’ai finalement trouvé le temps de le lire.

Tout cela n’a aucun rapport avec le contenu du livre, mais passons.

Dans ce petit ouvrage, Leïla Slimani réfléchit à la langue et à l’identité dans un contexte postcolonial. Le texte est très personnel et avec des observations très claires et précises. J’aime beaucoup son style et sa manière d’exprimer les choses.

Quelques citations :

« Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci : pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ? » (p. 23)

« La littérature est le seul art capable de nous immerger à ce point dans une conscience, de nous faire voir la vie de l’intérieur et, ainsi, de nous révéler que les gens ne sont jamais tout à fait ce qu’on croit qu’ils sont. La littérature, c’est le lieu de l’intime, des identités subjectives, insaisissables, construites à partir d’une infinité d’émotions et d’expériences. Elle ne délivre pas de message, pas de mode d’emploi ; elle est allergique au dogmatisme et aux opinions figées et, malgré ça, ou grâce à ça peut-être, nous avons l’impression qu’elle nous aide à vivre. Elle accompagne nos doutes, elle les nourrit et nous apprend à nous méfier des certitudes qui isolent et enferment. » (p. 62)
Profile Image for Nienke.
414 reviews1 follower
June 4, 2026
So, so very beautiful, relevant and thought provoking. Like usual.

Two big themes that both resonate so much. How much of ourselves remains when we learn, loose or speak different languages. Having moved several times to different countries so many reflections described by Slimani echoed. Both the feeling of loss that we cannot fully be ourselves when we cannot express ourselves, make jokes etc, a part of our personality is lost. And also, the feeling of gaining something important by being able to reflect, at some point, based on the lens of life provided by a different language. I love what language does to our brain, forcing it and us to reassess what is the way we do, process and reflect and enriching us with every learning.

Such a good bridge to the topic of inclusion she describes using literature. The same is so valid for language. Learning how to process differently via a different language immediately increases empathy. Also by the long and frustrating phase of vulnerability we have to go through.

The role of literature, so often described as elitism, is so important in a more and more polarised world.

This essay would be great to include in high school reading, important to open minds and hearts.

Profile Image for Sma3yne.
33 reviews
August 10, 2026
Ça m'a fait tellement de bien de lire en français. Je me reconnais énormément dans Leila Slimani car tout comme elle je ne maîtrise pas forcément très bien la langue arabe. À travers son écriture, l'auteur décrit parfaitement le sentiment de honte et de dégoût que, je pense, de nombreuses personnes issues de la mission française ressentent.Néanmoins, ce n'est pas le seul thème que Leila aborde dans ce court livre ; elle mentionne le pouvoir des langues et notamment comment les langues évoluent au cours du temps! Elle questionne pourquoi nous ressentons un. Certains dégoûts envers cette langue qui est censée nous bercer. L'auteur aborde des points chagrineux comme le classicisme,le terrorisme et l'occidentalisme. J'ai tout aussi adoré le passage sur l'importance de la littérature qui est un art qui sauve et nous fait voyager(J'en parlais justement à ma grand-mère ce matin).
En conclusion, à travers son essai, Slimani explique pourquoi nous ne maîtrisons pas une langue avec laquelle nous sommes censés être en symbiose. Cependant, elle nous fait aussi comprendre que le langage évolue quotidiennement et que notre personne est maîtresse de comment utiliser ou se réapproprier une langue.
J'aurais aimé que ce livre soit interminable! Je l'ai vraiment dévoré!
Profile Image for Ludo.
105 reviews4 followers
May 17, 2026
(4,5/5)
Avec Assaut contre la frontière, Leïla Slimani propose un texte à la fois personnel, politique et profondément littéraire. Le livre interroge les frontières... géographiques bien sûr, mais surtout symboliques : celles entre les langues, les appartenances, les identités, les mondes sociaux. Leïla Slimani y réfléchit à ce que signifie habiter plusieurs espaces à la fois, ne jamais être totalement d’un seul côté.
Le texte ne cherche jamais à produire un discours théorique figé ; tout passe par une expérience sensible, intime, par des déplacements, des sensations, des souvenirs, des contradictions.
On retrouve ici ce que j’avais beaucoup aimé dans Le parfum des fleurs la nuit : cette capacité à penser à partir de soi sans tomber dans l’autocentrage, à mêler réflexion et introspection avec beaucoup de fluidité.
L’écriture est belle, précise, souvent traversée d’une forme de mélancolie discrète. Certaines phrases semblent prolonger bien au-delà de la lecture les questions qu’elles ouvrent.
Un texte intelligent, sensible et très juste, qui confirme une nouvelle fois la singularité de la voix de Leïla Slimani.
Profile Image for Dina.
5 reviews
March 22, 2026
La Langue que notre société essaye d'ériger en frontière, Leïla nous invite à la prendre d'assaut.

Une belle démonstration de l'importance de la transmission de la langue pour les générations futures. Étant moi-même issue de l’immigration arabe, je me suis beaucoup retrouvée dans les mots de Leïla, notamment lorsqu’elle évoque la question de l’identité, lorsque l’on ne maîtrise pas sa langue maternelle tout en vivant dans un pays dont on maîtrise très bien la langue et la culture, sans pour autant s’y sentir chez soi.

J'ai bien aimé la dernière partie de son livre dans laquelle elle plaide pour l'affranchissement des cases dans la littérature et souligne l'importance de ne jamais cesser de raconter car "ce qui n'est pas raconté cesse d'exister, les corps à qui on ne donne pas de voix ne peuvent conquérir leur dignité".

Alors parlons ! Transmettons nos langues et nos cultures ! Merci Leïla de mettre des mots sur ce que beaucoup de jeunes issus de l'immigration ressentent.
153 reviews1 follower
March 20, 2026
L’essai « Assaut contre la frontière » met en lumière la réflexion de Leïla Slimani sur la langue comme cœur de l’humanité et du projet républicain. Elle évoque son regret de ne pas parler l’arabe de son père, signe d’une transmission empêchée et de frontières culturelles. Si la langue fonde la citoyenneté, elle peut aussi exclure ceux qui la maîtrisent mal.

Ambassadrice de la francophonie, elle défend une langue créolisée, vivante et inventive. Face à la multiplication des murs, elle s’inquiète du recul de la littérature, menacée par la censure. Pourtant, celle-ci demeure essentielle pour comprendre l’autre, nourrir le doute et résister aux certitudes. Elle rappelle aussi le rôle intime et libérateur de la littérature.

Chronique entière et illustrée ici
https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Profile Image for Selima.
28 reviews2 followers
May 19, 2026
Pourquoi écrit elle en Français ?
Pourquoi ce rejet de la langue arabe? Mais est ce vraiment un rejet? Ou le fait elle plutôt par ignorance parce que ses parents ont voulu qu'elle baigne dans la culture française.
Nous avons, nous aussi connu cela, nous les enfants de la génération qui a connu l'indépendance. .
Le pays s'est libéré du colonisateur français, mais son influence sur nos modes de vie et de pensée est toujours présente jusqu'à aujourd'hui.
Une bonne partie d'entre nous vénère la France et tout ce qui vient de la France jusqu'à dénigrer notre pays, nôtre culture, nos traditions et notre langue.
Assaut contre la frontière est un livre qui se lit rapidement, mais dont l’impact demeure à travers toutes les questions qu’il laisse en suspens.
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