Et s'il existait un texte racontant l'histoire de Shéhérazade, la narratrice des Mille et Une Nuits ? Sophie Fontanel imagine le hors champ, l'envers du décor. Dans Les Mille et Une Nuits, Shéhérazade se porte volontaire pour épouser un roi cruel qui, depuis trois ans, par crainte d'être trompé, fait exécuter à chaque nouvelle aube la femme qu'il a épousée la veille. Laissant le roi suspendu à un récit qui n'a pas de fin, Shéhérazade – conteuse géniale – fait cesser le massacre, sauve sa peau et invente la littérature. En dehors de cela, que sait-on vraiment du personnage de Shéhérazade ? de ses pensées, de ses doutes, de son visage, de sa voix ? Rien... Une rumeur dit que son histoire est contée dans la " 602e nuit ". Mais personne ne l'a jamais trouvée.
Venise, années 80 : l'excentrique Anahide, Arménienne, s'entête à initier à " la vraie histoire de Shéhérazade " sa jeune nièce, la narratrice... Il faudra des années à cette dernière pour accepter de transmettre à son tour le trésor qu'elle a reçu et pour raconter comment une femme, il y a plusieurs siècles, parvint à opposer sa lumineuse intelligence à la violence du monde.
Du palais des Mille et Une Nuits aux canaux de Venise, des temps anciens à nos jours, les pans du récit s'entrecroisent, pendant que s'écrit la 602e nuit.
Sophie Fontanel has been an editor at Elle France for more than a decade. A novelist and essayist, she lives in Paris. The Art of Sleeping Alone is her first book to be published in English.
Tout commence par un voyage à Venise. Sophie y est emmenée par sa tante Anahide, fascinée depuis toujours par Les Mille et Une Nuits. Anahide veut transmettre cette passion à sa nièce, la convaincre d’ouvrir enfin ce livre.
Au début, on croit assister à cela : une tante qui insiste, une nièce qui écoute. Mais très vite, autre chose se produit. Le roman se met lui-même à raconter la vraie histoire de Shéhérazade. Les deux récits avancent en parallèle, se répondent, s’enchaînent. On passe d’une histoire à l’autre sans s’en apercevoir. Porté par ce mouvement ancien : raconter pour retenir, raconter pour continuer d’exister. Le lecteurice se retrouve pris dans le même sortilège que Shéhérazade elle-même.
Sophie Fontanel l’a bien compris : une bonne histoire en appelle toujours une autre.
Ce livre a été offert par les éditions Seghers et en partenariat avec Gleeph.
Dans Shéhérazade et la 602e nuit, Sophie Fontanel revisite le célèbre personnage des Mille et Une Nuits en lui redonnant une profondeur et une intention.
On connaît les contes, mais rarement la femme qui les raconte. Ici, Shéhérazade devient bien plus qu’une conteuse : une stratège. Pour survivre face à Shariar, elle ne s’oppose jamais frontalement. Elle agit autrement. Nuit après nuit, par ses récits, elle introduit du doute, de la nuance, et finit par transformer le regard du roi.
Le roman pose alors une question intéressante : raconter, est-ce une manière d’éduquer ?
Shéhérazade n’impose rien. Elle observe, s’adapte, et fait évoluer progressivement celui qui lui fait face. Une forme d’influence lente, presque invisible, qui interroge autant qu’elle fascine : est-ce du pouvoir, ou une forme d’adaptation nécessaire ?
Cette transformation passe aussi par le rapport au corps. Dans cette version, le mariage n’est jamais consommé au début. Le désir est différé, fantasmé, parfois déformé par Shariar lui-même, avant d’être progressivement réappris dans une relation plus équilibrée. Cette dimension apporte une lecture intéressante du personnage et de son évolution.
J’ai été en revanche moins convaincue par la partie contemporaine, qui suit une adolescente découvrant les Mille et Une Nuits à Venise. Si elle apporte une réflexion sur la transmission (ces choses que l’on comprend trop tard), elle reste en retrait par rapport à la puissance du récit principal.
Un roman qui se lit vite, porté par une idée forte : et si les histoires avaient le pouvoir de transformer ceux qui les écoutent ?
Une lecture qui m’a fait réfléchir à la manière dont, parfois, on transforme une relation non pas en affrontant, mais en déplaçant doucement le regard.
Ce livre a été offert par les éditions Seghers et en partenariat avec Gleeph.
Anahide, Sophie, Angèle, trois femmes liées par l’histoire de Shéhérazade, n’ont pourtant jamais lu Les Mille et Une Nuits. Mais ne sous-estimez pas la littérature, « quelle importance que tant de gens ne lisent pas tel ou tel classique ? Il suffit que quelqu’un (…) ait inventé un personnage pour que ce personnage, si c’en est un grand, un vital, eh bien vive justement ! ». Sophie Fontanel n’a que 17 ans lorsque sa tante Anahide lui confie la mission d’écrire la vraie histoire de Shéhérazade. À cet âge, la jeune adulte est bien trop occupée par l’incandescence de la jeunesse pour se soucier d’autre chose que du désir naissant dans les rues de Venise. Ce n’est que des années plus tard, en vidant l’appartement de sa tante décédée, que la narratrice décide de lui faire honneur en se plongeant dans le célèbre recueil de contes arabo-persans. Déterminée à comprendre la fascination d’Anahide pour ce personnage de conteuse, l’autrice nous embarque dans sa quête historique, mais aussi symbolique de la figure de Shéhérazade. À l’instar des Mille et Une Nuits, le roman devient une mise en abyme dans lequel Sophie Fontanel rend hommage aux Shéhérazade contemporaines, les lectrices, les oratrices, les autrices, toutes les femmes curieuses et soucieuses de transmettre. Car raconter des histoires, c’est aussi contrôler le récit et donc reprendre le pouvoir.
Un partenariat avec Gleeph et la maison d’édition Seghers 📚
Un récit qui m'a donné envie de lire Les Mille et Une Nuits et de découvrir d'autres livres de Sophie Fontanel.
J'ai beaucoup aimé l'enchevêtrement des voix de la narratrice et de Shéhérazade. L'histoire de la narratrice, sa relation avec sa tante arménienne ainsi que celle avec la fille de ses amis m'ont beaucoup touchée.
Ce livre est également truffé de jolis passages sur la lecture, sur l'écriture, sur ce que cela nous fait de lire une œuvre qui résiste. C'était un bon moment.
Cette lecture m’a portée, elle m’a fait du bien. Je n’avais aucune envie de fermer le livre, et le plaisir de m’y replonger chaque soir était sincère. J’ai apprécié la revisite de ce mythe illustre et aussi les réflexions sur sa résonance de nos jours par différentes générations.
Quelle est la vraie histoire de Shéhérazade ? Sophie Fontanel donne voix à cette femme brillante et conteuse hors pair dans un récit enchanté, entremêlé des pans de son propre processus d'écriture. Qui a la voix a le pouvoir et Shéhérazade compte bien l'utiliser ! Un roman captivant et profond.