Arun Kumar est doté d'un palais absolu — une mémoire des arômes si infaillible qu'elle confine au prodige. Ce don extraordinaire, il entend bien en faire l'instrument de sa revanche. Reste à découvrir comment. Et contre qui.
Des bidonvilles de Delhi aux caves de Bourgogne, des îles Marquises aux tours de Manhattan, François-Henri Désérable signe avec Le Palais un grand roman d'aventures sur le vin, portrait d'un génie hors la loi dont les crimes se dégustent.
Laurent Stocker de la Comédie-Française nous fait vivre avec talent les péripéties de ce grand roman d'aventure.
François-Henri Désérable (born Amiens, France, 6 February 1987) is a French author and a former professional ice hockey player.
His short-story, Clic! Clac! Boum!, was awarded Le Prix du Jeune Ecrivain and published in March 2012. His first book, Tu montreras ma tête au peuple, about the French revolution, was released in April 2013 by Gallimard.
Comme dit une amie ; un mélange entre Slumdog Millionaire et Les gouttes de dieux.
J'ai eu l'impression de lire trois romans différents, cousus ensemble avec du fil à rôti. D'abord un passage à l'âge adulte assez pudibond où il faut absolument rassurer le lecteur : ne vous inquiétez pas les personnages mineurs n'avalent pas d'alcool ni n'ont d'expérience sexuelle ; ensuite une biographie de misère spectaculaire en Inde le plus gore et traumatique possible ; enfin une satire bourgeoise et vaguement policière dans le milieu du vin new-yorkais. Le problème n'est pas qu'un roman change de registre, mais qu'ici il change constamment de chaîne. Après une accumulation de violences familiales et sociales, on repart presque immédiatement sur les rats de Central Park qui s'enfuient avec une part de pizza et les hommes qui boivent des matcha latte au lait d'avoine.
Ce qui m'a le plus fait soupirer reste toutefois la manière dont Désérable prend constamment le lecteur à partie. Le quatrième mur est devenu une porte de saloon qu'il pousse toutes les cinq minutes pour venir nous faire un clin d'œil : les personnages ne comprennent pas qu'Arun se moque d'eux, "mais nous, nous le savons" ; les amateurs de feel-good sont priés de descendre avant la vraie fin ; tel personnage ignore ce que l'auteur et le lecteur, bien plus intelligents, savent déjà. Désérable veut sans cesse faire de nous ses complices, mais ne nous fait jamais réellement confiance. Il nous prend par l'épaule pour expliquer ses plaisanteries, puis par la main pour nous rassurer : ne vous inquiétez pas, Arun recrache bien le vin ; ne vous inquiétez pas, les adolescents ne couchent pas ensemble. Il nous flatte lorsqu'il veut rire avec nous et nous infantilise lorsqu'il craint notre jugement moral.
Cette pudeur rend la suite encore plus étrange. Le roman tient à préserver l'innocence sexuelle d'Arun - tout en précisant qu'il connaît le goût de son propre sperme (ananas roti), allez savoir - puis organise une véritable foire à l'horreur : père décapité, enfant exploité, mère et frères écrasés, bidonville, sang goûté, décharge publique… L'Inde devient surtout une machine à produire du traumatisme. La famille d'Arun est rendue indigne puis supprimée pour que son adoption en France puisse apparaître comme une délivrance sans ambiguïté. Même son retour au pays consiste essentiellement à traverser la misère, retrouver une casquette et transformer trois jours passés dans les ordures en serment de Batman œnologique (clin d'œil à l'illustration de couverture).
Le traitement des personnages secondaires relève souvent du même procédé. Chacun arrive avec sa petite fiche : le coiffeur sikh et ses transferts clandestins, le propriétaire russe brutal mais honnête, l'avocate judokate, le juge aux sacs IKEA, l'écrivain supporter de hockey, le chirurgien qui grave ses initiales sur les foies (encore et énième fait divers volé). Les hommes peuvent être vulgaires, cruels ou grotesques : cela les rend hauts en couleur. L'influenceuse, elle, est réduite à ses seins, son bonnet E, ses "collabs" et ses "200k abonnés", comme si ce vocabulaire suffisait à prouver sa bêtise. Margaux obtient davantage de respect parce qu'elle travaille dur et devient la reine sérieuse de ses vignes, mais son évolution nous est livrée tardivement sous la forme d'un CV destiné à justifier son retour dans l'intrigue.
On apprend malgré tout des choses sur le vin, et je comprends que certains lecteurs aient trouvé le roman très instructif, mais il faut distinguer la transmission d'informations de la construction d'une pensée. Désérable multiplie surtout les vignettes Wikipédia : quelques dates, un fait insolite, quatre phrases sur les vins californiens, la partition des Indes, les caves murées pendant l'Occupation, le hockey ou le Covid, puis on reprend l'histoire. J'aime beaucoup Wikipédia : il y a des sources et l'on peut approfondir, mais quatre phrases sur un sujet ne transforment pas automatiquement un romancier en académique éclairant ses lecteurs. Cette pédagogie est d'ailleurs assez sélective : le roman présente par exemple la conversion de Margaux à la biodynamie comme un progrès évident sans rappeler ses racines anthroposophiques et ésotériques.
Il y avait pourtant une très bonne idée au cœur du livre : Arun peut reproduire n'importe quel grand cru en mélangeant des vins et des ingrédients grâce à son palais absolu. C'est complètement invraisemblable, mais le roman assume alors enfin son côté Naruto du vin. Surtout, la contrefaçon ouvre une vraie question : si un vigneron ne distingue pas son propre vin de la copie, où réside l'authenticité ? Dans le goût, le raisin, le terroir, le travail ou simplement l'histoire que l'acheteur paie des millions pour posséder ? Waterman préfère même passer pour complice de l'escroquerie plutôt que pour un expert incapable de reconnaître du faux. Là, la satire du prestige, de la réputation et de l'avidité fonctionne réellement.
Malheureusement, le roman effleure cette question comme toutes les autres avant de repartir vers le procès, les analyses au césium et une nouvelle plaisanterie, même la vengeance perd de sa netteté lorsqu'Arun reconnaît que Waterman avait raison sur les défauts du vin qui avait déclenché leur conflit. Waterman se suicide ensuite en prison, reproduisant exactement le geste que cette vengeance prétendait réparer, mais Arun se contente de préciser qu'il ne souhaitait pas sa mort avant de lire sa nécrologie sans tristesse.
Désérable veut appartenir à tous les clubs tout en recevant le mérite de s'en moquer : les écrivains geignards, les bourgeois du vin, les amateurs de feel-good, les influenceuses, les experts trop sûrs d'eux. Il raille la fin romantique facile entre Arun et Margaux, puis termine tout de même sur Margaux venant probablement lui rendre visite au parloir. Il critique les plaisirs narratifs faciles tout en les utilisant constamment : le prodige, la revanche, Robin des Bois, l'amour retrouvé et le dernier clin d'œil.
Il reste quelques comparaisons très drôles, un concept de contrefaçon réjouissant et une vraie interrogation sur la valeur que nous accordons à l'authenticité. Mais elles sont noyées dans le name-dropping, les apartés encyclopédiques, l'exotisme, les changements de ton et cette connivence forcée qui m'a donné l'impression que l'auteur me soufflait sans arrêt quand rire et quoi penser.
Après un bon début, le livre devient totalement invraisemblable et on va d’ineptie en ineptie. Le style est surchargé, rendant certains passages vraiment indigestes. J’avais apprécié « l’usure d’un monde » pour sa finesse et l’humilité de son auteur. Je ne m’attendais donc pas à cette tournure rocambolesque et à tous ces clichés (le passage dans le bidonville en Inde est franchement limite). Par moments, ce style qui mêle exotisme et abus de figures de style m’a rappelé « le rêve du jaguar » de Miguel Bonnefoy, auteur que j’appréciais beaucoup mais qui justement m’a perdue à force d’accumulation et d’esbroufe sans véritable fond dans son dernier livre.
Le palais absolu, c’est ce dont dispose Arun Kumar, jeune orphelin adopté par un couple bourguignon. À la plonge au restaurant de son père, il fera ses premières dégustations de vins en terminant les verres des clients. C’est alors qu’il découvre qu’une gorgée de vin lui suffit pour déceler tous les arômes et toutes les nuances qui le composent. Il souhaitera alors partir à la découverte des vins du monde qui le conduiront jusqu’à son lieu de naissance à Delhi où il côtoiera la misère la plus extrême. Comment va t-il alors se servir de ce don de mémoire et de palais absolu pour venger les siens ?
Comme à son habitude, la plume de l’auteur est sublime, élégante et nous offre de magnifiques descriptions des dégustations de vins. Une écriture qui oscille entre humour et émotions. Un roman autour du vin certes, mais aussi un roman d’apprentissage autour des racines, du terroir et de la résilience.
Un roman qui se déguste et dont je me suis délectée de chaque page. Un coup de cœur !
Mmm je boirais bien une ptite bouteille de rouge là… Franchement un roman qui se lit tout seul, vraiment un plaisir d’autant plus que d’une part on apprend des choses, et d’autre part c’est bien rythmé et plutôt drôle. Une épopée à travers le vin.
Difficile de noter ce roman que j'avais vu de partout tout l'été avant sa sortie. Je dirais que les 120 et quelques premières pages sont vraiment bien, j'ai appris plein de choses, ça change c'est prenant. Mais à partir d'un moment clé dans l'histoire, j'ai trouvé que tout partait un peu dans tous les sens ce qui est dommage.
F.H Désérable n’aura pas le Goncourt. Peu importe (pas pour lui), son roman est un régal. L’univers du vin fascine, la trajectoire d’un fraudeur pas comme les autres aussi. Une question demeure : dans sa cave laboratoire, comment Arun fait-il pour contrefaire de grands crus ? Enorme coup de coeur !
Un récit entre "les gouttes de dieux"et "arrête moi si tu peux". Tribulations d'un jeune faussaire en vin au palais extraordinaire. L'histoire qui nous est narrée est la vie d'un Jeune prodige au parcours hors du commun: Arun Kunmar. Adopté en Inde, il arrive en France en Bourgogne dans une famille de restaurateurs. Il grandit au milieu des vignes accompagné de sa grande amie Margot et découvre le vin. Son nez, son palais prodigieux lui vaut l'admiration du père de margot, grand viticulteur et propriétaire d'un vin mondialement reconnu , le clos du toucan. Devenu adulte, Un drame survient et Arun disparait des radars...il réapparait à NewYork dans un cercle tres restreint de grands amateurs de vins, prêts à débourser des millions de dollars pour déguster des bouteilles de collections. Il se fait passer pour un riche héritier qui a découvert une cave murée pendant la 2nde guerre mondiale composée de grands crus extrêmements rares. Arun grâce à son palais recompose ces grands crus, il créé de fausses bouteilles mais lors d'une vente aux enchères exceptionnelles supposées de sa cave personnelle il est demasqué. Le livre retrace tout son parcours, de son arrivée en france jusqu'au procès. En tant que lectrice j'ai été happée du début à la fin par ce récit, c'est bien écrit, prenant et ce personnage qu'est Arun est fascinant. Roman à deguster avec un bon verre de vin!
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F.H Deserable réussit à me faire aimer un livre sur le vin alors que je n'en bois pas ou presque et que je n'y connais rien... Parce que j'aime sa plume, ses digressions, les doudounes sans manche Uniqlo et ses prises de position qui rejoignent les miennes quand il s'agit de petits démons hurlant au restaurant 😊ou encore concernant certains influenceurs navrant de bêtise ou cettaines influenceuses botoxées. Ce roman est instructif, documenté souvent truculent toujours rythmé et ses personnages sont attachants ou horripilants...au choix. Il est à lire sans modération , c'est un très bon millésime de F.H Deserable
J’ai adoré l’habileté avec laquelle la langue est maniée, et les nombreux traits d’humour. L’histoire, autour d’un « génie du vin » est prenante, bien que parfois assez peu réaliste, on se laisse embarquer sans broncher. Les personnages sont assez caricaturaux, mais j’imagine que c’est la volonté de l’auteur, car il s’agit aussi d’une satyre sociale. On en apprend aussi beaucoup sur le vin. Il y a de nombreuses anecdotes historiques que l’on peut trouver intéressantes (ou pédantes : parfois un peu le sentiment que l’auteur « étale » sa science, mais reste qu’elles sont bien choisies et qu’elles animent le récit). Une lecture que je recommanderai !
Un vrai page-turner ! En racontant l'histoire d'Arun, orphelin indien adopté par un chef bourguignon, François-Henri Désérable nous captive et nous amuse. L'enfant a un palais si précis qu'il débusque le moindre arôme. Tant et si bien, qu'il devient un amoureux du vin, il doit TOUT goûter. À la lecture, assez jubilatoire, on ressent tout le plaisir que l'auteur a pris en écrivant ce roman. À déguster sans aucune modération !
Arum Amiot possède un don exceptionnel : son palais lui permet de reconnaître les grands vins avec une précision inégalée. De la Bourgogne aux palaces internationaux, son talent l’entraîne dans une aventure rocambolesque. François-Henri Désérable mêle œnologie, humour, amitié, escroquerie et critique sociale dans un roman aussi érudit que réjouissant. La chronique entière et illustrée ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Un auteur que j’adore. Un livre sur le vin, les vignes, les vignerons, les critiques, les palais, les grands crus et les enchères.... Sans oublier l'Inde.
Beaucoup aimé suivre Arun Kumar dans son épopée.
Un sujet traité de façon bien originale et un style plein de petites touches d'humour que j’aime beaucoup. A lire sans modération !
4/5 On passe un vrai bon moment avec ce livre qui nous apprend beaucoup de choses sur l’univers du vin. On sent que l’auteur s’est renseigné ! Mais l’intrigue n’est pas en reste : digne d’un film américain.
Même si ce n’est pas un coup de cœur pour moi, j’ai beaucoup apprécié ma lecture et j’ai vraiment aimé me plonger dans cet univers.
L’univers est clairement l’un des points que j’ai le plus appréciés. J’ai aimé le découvrir au fil des pages et l’ambiance m’a vraiment plu. Il y a quelque chose de très immersif dans l’histoire, qui donne envie de continuer pour voir où tout cela va nous mener. 🏰✨
J’ai également beaucoup aimé les personnages et suivre leurs aventures. Certains m’ont plus marquée que d’autres, mais j’ai pris plaisir à les découvrir et à voir leurs relations évoluer au fil de l’histoire.
L’histoire m’a tenue en haleine et j’ai passé un très bon moment de lecture. Ce n’est peut-être pas le genre de livre qui me fera dire « coup de cœur absolu », mais c’est définitivement une lecture que je suis contente d’avoir faite ! 💕
Une très jolie découverte, que je recommande si vous aimez les univers immersifs et les histoires qui nous transportent ailleurs. 📖✨