Ian McGuire is the author of White River Crossing which will be published in February 2026. His previous novels are The Abstainer published in September 2020 by Random House (USA) and Simon & Schuster (UK), The North Water published by in 2016 by Henry Holt (USA) and Simon & Schuster (UK), and Incredible Bodies published in 2007 by Bloomsbury. Ian lives in Manchester, England and teaches at The University of Manchester's Centre for New Writing. He is a winner of the Royal Society of Literature’s Encore Award and Historical Writers' Association Gold Crown Award.
Le récit - détaillé et documenté - d'une expédition calamiteuse au Canada au XVIIIe siècle : quand la fièvre de l'or s'empare des trappeurs et les pousse aux pires décisions.
Le britannique Ian McGuire partage son temps entre l'Angleterre (il est né à Hull) et les États-Unis. Avec White River, il nous transporte dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sur la rive ouest de la Baie d'Hudson, pour partager la vie rude des trappeurs et des indiens, au temps où la Compagnie de la Baie d’Hudson organisait le commerce de fourrures.
Nous arrivons au fort Prince-de-Galles, le comptoir de la Compagnie. Il y a là Magnus Norton, l'agent principal de la Compagnie, gouverneur du fort : « il a déjà fait de lui-même un homme riche [...] et pourtant, chaque jour, [...] il a très envie d’être encore plus riche ». Un modeste colporteur vient faire miroiter une pépite d'or et la promesse d'un filon au-delà de la White River : « l’or vient d’un endroit qui s’appelle Ox Lake, qui se trouve à huit cents ou neuf cents kilomètres, au fin fond des Terres stériles, à deux jours de marche vers le nord de White River Crossing ». Sur les ordres de Magnus Norton, son adjoint John Shaw a tôt fait de monter une expédition avec Tom Hearn, un baleinier taciturne qui connait bien les Inuits du nord, le jeune Abel Walker, neveu de Magnus, ainsi qu'un chef indien, Datsanthi, qui servira de guide. L'Indien Cree est accompagné de son fils Nabayah et de leurs épouses respectives Pawpitch et Keasik. John Shaw prend la tête de l'expédition et « le voyage qui les attend sera long et difficile, il sait qu’aucun homme de la Compagnie ne s’est jamais aventuré si loin dans les profondeurs des Terres stériles ». Il leur faudra près de neuf cent kilomètres et quatre mois de marche vers le nord - ce sont les femmes indiennes qui tirent les traîneaux - pour arriver au-delà de la White River, là où commence le territoire des Inuits. Âmes sensibles s'abstenir, la vie des trappeurs est plutôt rude et la fièvre de l'or exaltante : il y aura des loups, de la neige et de la faim, des viols, des jalousies et des trahisons, une amputation, quelques morts et beaucoup de sortilèges chamaniques, ...
L'expédition des agents de la Compagnie est un enchaînement tragique de décisions hasardeuses, de rencontres regrettables et de mauvais plans au point que « toute l’affaire a été une épouvantable calamité ». John Shaw semble résister à tout, et c'est « à se demander s’il n’y a pas une force surnaturelle à l’œuvre dans le corps de cet homme, un quelconque moteur mystérieux bien au-delà de ce que l’humain peut imaginer ». La fièvre de l'or sans aucun doute puisqu' « ils sont venus chercher la pierre jaune » et que le métal doré est capable de corrompre jusqu'au plus honnête et plus vertueux d'entre nous.
Ce récit - un peu longuet parfois dans ses multiples péripéties - peut se lire comme un roman noir au cœur d'une nature sauvage mais aussi comme un véritable reportage historique et géographique, soigneusement documenté à partir des multiples sources sur lesquelles l'auteur s'est appuyé.
Le style est travaillé, la langue est un peu soutenue, avec juste ce qu'il faut de désuétude pour recréer l'ambiance du XVIIIe.
Dans White River, Ian McGuire nous plonge dans une expédition aussi fascinante que profondément dérangeante, au cœur du Canada subarctique du XVIIIᵉ siècle. Dès les premières pages, l’arrivée d’un colporteur porteur d’or déclenche une mécanique implacable : celle de la convoitise. Magnus Norton, chef de poste ambitieux, voit dans cette découverte la promesse d’une fortune rapide. Il organise alors une expédition clandestine vers le mystérieux lac Ox. Mais très vite, ce voyage devient moins une quête qu’une lente descente vers le chaos. Le groupe, composé d’hommes rongés par leurs failles, avance dans un équilibre précaire où la moindre étincelle suffit à tout faire basculer. L’un des passages les plus marquants, et sans doute les plus éprouvants, est l’acte de violence commis par John Shaw. À mes yeux, il constitue un véritable point de non-retour, entraînant une succession de drames qui imprègne tout le récit. McGuire explore sans détour la brutalité humaine, les rapports de domination et les fractures culturelles. J’ai particulièrement apprécié la multiplicité des regards. Anglais, Autochtones et Inuits observent le monde à travers leurs propres croyances, chacun persuadé de détenir sa vérité. En donnant une véritable place aux peuples autochtones et inuits, l’auteur met en lumière les incompréhensions, les préjugés et les violences liées à la colonisation, sans jamais réduire ces personnages à de simples figures secondaires. Quelques touches de surnaturel, filtrées par leurs croyances, enrichissent discrètement cette fresque. L’écriture est immersive, presque cinématographique, et les paysages se révèlent d’une beauté aussi austère que saisissante. En revanche, j’ai trouvé le rythme assez lent. Le roman privilégie les dilemmes moraux à l’action, ce qui pourra séduire certains lecteurs mais en tenir d’autres à distance. J’aurais également aimé que le quotidien de l’expédition et la rudesse du voyage soient davantage développés. Malgré ces réserves, White River demeure un roman historique solide, sombre et ambitieux, porté par une écriture remarquable. Une lecture exigeante qui interroge avec force les ravages de la cupidité et la part d’ombre qui sommeille en chacun. https://latelierdelitote.canalblog.co...