« Ce que l’on voyait du Plan dimensionnel secondaire, c’était un paysage. Un paysage étrange et calme. Un ciel d’un noir parfait, immaculé, sans étoiles ni corps célestes. Le sol semblait constitué de structures rectangulaires s’accumulant les unes sur les autres comme l’auraient fait des feuilles mortes en automne. Jusqu’à l’horizon, ou ce qui faisait office d’horizon, il n’y avait rien d’autre qu’un relief légèrement vallonné évoquant la houle sur un océan calme. » Lorsqu’une physicienne découvre l’accès à une dimension parallèle, il faut peu de temps au capitalisme pour s’en emparer. On y construit des bases. On fore. On détruit. L’objectif ? Exploiter ce qui fut pendant longtemps le plus grand mystère de l’être humain. « Je voulais un roman sur la folie, l’avidité, l’amour au milieu du désespoir, la magie dont est capable la science, la curiosité sans limite, la nature du hasard et la relativité générale. Et surtout, je voulais que tout cela devienne une aventure qui m’emporte avec, à l’intérieur, des personnages qui seraient comme des amis. »
Licencié en Sciences Politiques, Thomas Gunzig fait de l'indépendance du Tadjikistan le sujet de son mémoire. En 1994 il remporte le Prix de l'Écrivain Étudiant de la ville de Bruxelles pour Situation Instable Penchant vers le mois d'Août (éditions Jacques Grancher), un recueil de nouvelles extraordinaire de maîtrise et de drôlerie qui annonce un talent nouveau entre humour noir, fantaisie réaliste et pessimisme morbide, doué d'une imagination bondissante proche du fantastique.
En 1996 il remporte le prix de la RTBF et le Prix Spécial du Jury pour la nouvelle Elle mettait les cafards en boîte lors de la Fureur de Lire. En 1997, second recueil de nouvelles, Il y avait quelque chose dans le noir qu'on n'avait pas vu (éditions Julliard, J'ai Lu Nouvelle Génération), mises en scène en France et en Belgique. En mai 1999, troisième recueil de nouvelles, À part moi personne n'est mort (éditions du Castor Astral, J'ai Lu Nouvelle Génération). Il est également l'auteur d'une comédie musicale, Belle à mourir, jouée en 1999 en Belgique.
En 2000 il remporte le prix de la SCAM et réalise de nombreuses fictions pour Radio France. Il publie Bruxelles, Capitale culturelle de l'Europe aux éditions Autrement en 2000 et chez Labor De la terrible et magnifique histoire des créatures les plus moches de l'univers en 2002 et un recueil de nouvelles, Carbowaterstoemp, en 2005. Son premier roman, Mort d'un parfait bilingue (Au diable Vauvert 2001), s'est vu distingué par les prix Victor Rossel et Club Méditerranée et son recueil de nouvelles, Le plus petit zoo du monde (Au diable Vauvert, 2003), par le Prix des Éditeurs. Il est lauréat en 2004 du prix de l'Académie Royale de Langue et Littérature Française de Belgique.
Thomas Gunzig est professeur de littérature à La Cambre. Ses livres sont traduits dans le monde entier.
Dès le départ, Thomas Gunzig nous promet un grand roman de science-fiction : une dimension parallèle découverte par une chercheuse talentueuse, une multinationale qui s'empresse de vouloir l'exploiter, des lois physiques qui vacillent et des mystères à perte de vue. Comment dire que j'étais déjà conquis avant d'avoir ouvert le roman. Mais je n'avais pas compris que derrière cette fascinante mécanique scientifique se cachait une exploration parfaite de l'amour et de la mémoire qui allait me toucher en plein coeur.
« Spectres » nous met face à nous-mêmes et à une question qui donne le tournis : et si nos souvenirs, nos émotions, nos vies laissaient une empreinte indélébile dans la matière même de l'univers ?
J'ai rarement lu un roman capable d'entremêler avec une telle fluidité concepts expérimentaux et puissance émotionnelle. Les propos développés ici sont passionnants. On sent bien, derrière chaque théorie, hypothèse et détail, le travail colossal de l'auteur. Pourtant, jamais la science ne prend le pas sur l'humain. Elle devient au contraire le véhicule d'une réflexion bouleversante sur ce qui demeure de nous lorsque tout semble vaciller.
Impossible également de ne pas saluer l'intelligence avec laquelle Thomas Gunzig utilise son idée de départ pour interroger notre rapport à l'exploitation du monde. L'humanité perce le plus grand mystère de son histoire ? Parfait, les entreprises veulent immédiatement le rentabiliser. Cette critique du capitalisme est juste, percutante et la bienvenue pour rappeler les guerres d'égos qui persistent au milieu d'avancées révolutionnaires capables d'améliorer le monde entier. Même face à l'infini, nous continuons à creuser. Cela ajoute une épaisseur fascinante à « Spectres ».
Tout au long de ma lecture, j'ai pensé à deux films que j'adore : « Interstellar », pour cette conviction magnifique que l'amour est parfois plus puissant que les lois de la physique, et « A Ghost Story » dans la mélancolie qui imprègne le Plan dimensionnel secondaire, ces immensités silencieuses où errent les souvenirs, les regrets et les traces de ceux qui ont disparu.
Vertigineux, auréolé de mélancolie et tout simplement brillant, « Spectres » est le genre de roman qui donne le sentiment d'avoir contemplé quelque chose de très grand. Un livre qui aborde la science, la mort, la mémoire et l'amour avec une ambition folle !
C’était intéressant et plutôt prenant parfois, quand même plutôt un mix de Hard SF et de fantastique peut-être ? Je trouve pas que le titre soit représentatif du roman malheureusement ni le résumé. J’ai eu quelques déceptions par rapport à ce à quoi je m’attendais. Petite note négative : quelques perso féminins décrites en détails dans leur apparence canon mais beaucoup moins pour les hommes
Pas habitué à la science fiction, mais je me suis laissée embarquer ! Réflexion plus globale sur notre monde, notre capacité à le détruire, à nos pensées, nos souvenirs qui eux sont là pour toujours !
Le livre est fait en 2 parties. Dès la première partie je me suis dit que c’était pas très bien écrit mais l’histoire et mon amour pour les sciences m’a fait accrocher au livre. Si bien que j’aurais pu lui mettre 4 ou 5. Puis la deuxième partie arrive et là j’ai trouvé ça vraiment très moyen. Ce qui fait que le style est devenu encore plus pénible à lire (et les dialogues sont moins bien écrits que le reste). L’auteur a tendance à surexpliquer les choses, j’ai eu plusieurs fois l’impression qu’il prenait le.a lecteur.ice pour quelqu’un de stupide. La 4eme de couverture le vend comme une sorte de critique du capitalisme mais je trouve qu’elle est marginale et surtout très mal faite. Bref le début etait très bien mais toute la fin j’ai trouvé que ça n’avait aucun sens.
SPOILERS : J’ai aimé que Tom soit téléporté dans un univers parallèle, j’ai même accepté sans problème que la seconde dimension soit la dimension de la mémoire de l’humanité, une sorte d’au delà. Mais quand les fantômes commencent à arriver ça m’a complètement sorti du livre. On n’est passé d’une histoire quasi 100% scientifique au début à une histoire quasi à 0% scientifique à la fin. J’aurais aimé plus de cohérence.
Pour la “critique du capitalisme” elle est très bas de gamme selon moi. À part dire “les humains exploitent les ressources et détruisent l’environnement” le roman va pas plus loin. Il aurait déjà pu être un peu plus précis sur qui exploite ces ressources et surtout montrer que ces personnes font tout pour que la destruction des écosystèmes ne les impacte pas elles et eux. On aurait pu imaginer qu’un groupe des personnes les plus riches sur terre tente d’envoyer une milice dans la dimension secondaire pour arrêter les opération et sauver leurs vie. Ou même qu’ils acceptent de forer la roche mais seulement à certains endroits qui ne leur auraient pas causé de tort à eux. Ce qui aurait eu un impact sur les autres humains et aurait créé un monde terrible qui aurait pu être décrit.
Je découvre Thomas Gunzig avec ce roman de la rentrée littéraire, qui m'a époustouflée par sa maîtrise, sa sensibilité et son intelligence !
Bienvenue à RockSolid1, une expédition de sept ans au cœur du Plan dimensionnel secondaire, une dimension parallèle à notre monde mourant, mais qui fera les frais aussi d'un capitalisme exacerbé. Nous suivons une famille sur cette base, alternant des chapitres dans le passé pour comprendre comment on en est arrivé là, jusqu'à ce que d'étranges évènements surviennent au sein de cette base.
Je sais, ce résumé est succinct, mais il ne faut pas trop en dire et se laisser emporter par le roman, qui flirte aussi bien avec la hard SF (certains passages de physique quantique sont un peu arides, j'avoue) qu'avec le post-apocalyptique et l'horreur, tout en offrant une magnifique histoire sur l'humanité. J'ai été embarquée, j'ai vibré, j'ai plongé tête la première dans ce récit parfois fou qui m'a rappelé le film Interstellar. Je me rends compte que les mots ne rendront jamais justice à ce roman inclassable, qui brille par la profondeur du propos et les émotions qu'il provoque, nous mettant face à notre hubris, notre conscience, notre avenir...
Nous, les êtres humains, avons une fâcheuse tendance à juger les autres. Et surtout ceux que nous ne comprenons pas ! Qu'une personne se passionne pour la littérature, l'art, les fleurs, les plantes, le jardinage, la poésie ou l'histoire, rien de plus normal. On comprend qu'elle puisse y consacrer des heures, parfois même une bonne partie de sa vie. Mais qu'une autre ne vive qu'à travers des équations, qu'elle transforme chaque geste, chaque conversation, tout ce qui l'entoure en calculs et en raisonnements scientifiques… Là, c'est une autre histoire ! On la regarde bizarrement. On la trouve étrange, déconnectée du monde. On la prendrait presque pour une folle !
Et pourtant, quelle différence, au fond ? Pourquoi une équation ne pourrait-elle pas provoquer autant d'émotion qu'un poème, autant d'émerveillement qu'un tableau ou qu'une fleur qui s'ouvre ? La passion ne se choisit pas toujours. Et ce qui nous paraît froid, abstrait, incompréhensible peut être, pour quelqu'un d'autre, ce qui le fait vibrer, ce qui donne un sens à son existence.
Dans "Spectres" de Thomas Gunzig, Léa est une scientifique qui semble ne plus savoir regarder le monde autrement qu'à travers ses équations. Elle paraît souvent froide, coupée du monde, presque incapable de profiter de la vie ou d'exprimer ses sentiments. Pas facile, au premier abord, de s'attacher à elle !
Mais cette différence, elle en souffre elle-même. Elle regrette de ne pas parvenir à être moins cartésienne, à vivre davantage comme les autres. Et c'est précisément cette blessure, ce manque de vie qu'elle éprouve, qui m'a finalement attachée à elle. Il aurait été injuste de m'arrêter à ma première impression : derrière cette scientifique entièrement absorbée par ses recherches, il y a une femme qui aime profondément sa fille, avec ses fragilités et ses contradictions.
Ce roman est passionnant à plusieurs niveaux : la science, la science-fiction, la réflexion morale qu'il suscite et cette question essentielle, tellement actuelle… Que sera notre avenir ?
Au cœur de cette aventure, il y a des recherches scientifiques qui ouvrent des perspectives vertigineuses : la possibilité d'accéder à un monde parallèle très particulier, bien différent de ceux que l'on a déjà pu découvrir dans de nombreux romans ou films… Mais je n'en dirai pas plus ! Et forcément, lorsqu'une telle découverte devient envisageable, la volonté de l'exploiter apparaît et les ambitions humaines ne tardent pas à s'en mêler…
Dès les premières pages, j'ai été frappée par la précision des termes employés et par la richesse des explications. On ressent immédiatement l'ampleur du travail de documentation de Thomas Gunzig, mais aussi une familiarité avec cet univers scientifique. Les théories sont parfois si poussées qu'elles donnent presque l'impression de pouvoir devenir réalité un jour. Presque… car nous restons bien dans la science-fiction ! Et encore… qui sait ?
Malgré ma formation scientifique, je reconnais que certaines explications m'ont échappé. Alors, à ceux qui n'ont aucune connaissance particulière dans ce domaine, j'aimerais dire : surtout, ne vous laissez pas décourager ! Vous ne comprendrez peut-être pas toutes les théories, tous les raisonnements, ni même certains termes. Et alors ? Continuez ! Ne vous acharnez pas sur chaque explication. Vous saisirez l'essentiel pour suivre l'histoire. Et surtout, vous découvrirez autre chose, bien au-delà de ces théories scientifiques : les conséquences des découvertes, les ambitions humaines, les questions qu'elles soulèvent et une aventure qui finit par nous happer.
Il est vrai que je mettrais un petit bémol au roman : la première partie semble un peu longue. Il faut installer l'univers, présenter les personnages, expliquer les recherches… Je le comprends. Mais à force de détails, j'avais parfois envie de demander à l'auteur quand l'histoire allait enfin véritablement commencer ! Cette place importante accordée aux explications laisse aussi, selon moi, moins de place aux émotions. Et plusieurs personnages auraient mérité d'être davantage développés. Certains débarquent dans le récit sans qu'on nous les présente vraiment, à part par leurs spécialités scientifiques. On n'a pas le temps de les connaître et de s'y attacher.
Et puis arrive la deuxième partie, Le Chaos. Le roman prend une autre dimension ! Le rythme s'accélère, les événements s'enchaînent et les conséquences des découvertes scientifiques deviennent bien plus concrètes. C'est à partir de ce moment que j'ai été véritablement happée par l'histoire. J'avais envie de poursuivre, de savoir jusqu'où tout cela allait nous mener. Les questions se bousculaient dans ma tête, avec cette peur grandissante de ce qui pouvait encore arriver. Il y avait de la tension, de l'inquiétude, parfois même une forme d'angoisse. Et l'écriture de Thomas Gunzig nous entraîne dans ces émotions presque malgré nous. On ne se contente plus de suivre les événements : on en redoute les conséquences.
Et c'est là que les questions sur le bien-fondé des recherches, l'appât du gain et la moralité surgissent de plein fouet. Car la curiosité scientifique, cette envie de comprendre, de chercher, de repousser les limites de ce que nous connaissons, je la trouve admirable. Sans elle, que serait notre société ? Cependant, parmi toutes les découvertes scientifiques, est-il indispensable de toutes les développer pour les exploiter, s'enrichir, profiter ? Certaines ne devraient-elles pas rester sous cloche comme dans un musée ? Ou est-ce finalement moins la découverte elle-même qui représente un danger que l'utilisation que nous choisissons d'en faire ? Malheureusement, il se trouvera toujours des personnes pour qui l'appât du gain, la recherche de pouvoir ou de reconnaissance l'emporteront sur le bon sens et toute considération humaine.
Thomas Gunzig imagine un avenir où notre planète est devenue presque invivable à cause de nos comportements passés. Et pourtant, malgré les conséquences de ses erreurs, l'être humain semble incapable de changer de comportement.
Le « présent » du roman est pour nous un « futur », mais éloigné ou non ? L'auteur distille des éléments de réponse tout au long du roman. Et je me demande si cette impression d'un futur finalement si proche de notre présent n'est pas précisément voulue par l'auteur. Une mise en garde, peut-être ? Et si ce qu'on nous prédit se produisait plus vite que prévu ?
Il y a quelque chose de terriblement ironique dans cette humanité capable de réaliser des prouesses scientifiques extraordinaires, mais qui semble incapable de renoncer à ce qui la détruit.
La troisième partie, très courte, nous conduit vers une fin presque poétique qui, finalement, n'en est pas vraiment une. Certains pourraient regretter ce manque de "fin" claire. Moi, j'ai trouvé cela très beau. Parce qu'après un roman qui nous entraîne aussi loin dans les possibilités de la science et de l'imagination, pourquoi faudrait-il absolument tout refermer ? J'aime cette liberté laissée au lecteur, cette possibilité de prolonger l'histoire à sa manière, de se demander ce qui pourrait encore arriver.
"Spectres" n'est pas un roman sans défauts à mes yeux. Sa première partie aurait gagné à être un peu allégée, et j'aurais aimé pouvoir me rapprocher davantage de certains personnages. Mais Thomas Gunzig a réussi à m'entraîner dans une aventure ambitieuse, exigeante, parfois déroutante, qui m'a autant interrogée sur les limites de la science que sur celles de notre humanité. Car finalement, à quoi bon être capables de percer les mystères de l'univers si nous restons incapables de comprendre que nous sommes en train de détruire le nôtre ?
Est-ce une dystopie, une réflexion sur la nature humaine et ses dérives, de la science fiction ? Peut-être un peu de tout cela mais je peux vous dire que c'est fort, puissant, empreint d'amour et que c'est un livre qui pendant sa lecture et au-delà va vivre en vous et susciter beaucoup de réflexion et questionnement. Pour moi, ce sont les signes d'un grand livre, un chef-d'œuvre, qui survivra et se fera sa place dans le genre.
Ce n'est absolument pas mon registre de lecture au départ et pourtant j'ai vraiment pris énormément de plaisir à sa lecture. Un peu ardu parfois car je n'ai pas vraiment l'esprit scientifique, je pense ne pas avoir tout compris de la la gravitation quantique à boucle et autres développements physiques plus ardus, mais quelle importance, ce n'est pas le plus important et cela vaut la peine de lire ces passages pour s'imprégner du contexte de l'histoire.
Léa depuis ses six ans veut tout savoir sur le monde qui l'entoure, elle deviendra une grande scientifique, celle qui découvrira le plan dimensionnel secondaire et qui permettra l'accès à cette dimension parallèle. Malheureusement comme toute découverte, il ne faudra pas attendre longtemps pour que le capitalisme s'en mêle, loin d'avoir une vision altruiste, le patron de Zenith Dynamics y verra une opportunité de s'enrichir et de faire ce que l'homme a toujours su faire : découvrir, maîtriser, exploiter et détruire...
Une réflexion passionnante sur la nature profonde de l'homme, sur notre monde pollué, abîmé, la destruction de la nature et l'exploitation outrancière de notre planète.
La plume est passionnante, le récit va crescendo, c'est très documenté et puis il y a surtout le plus important, une forme de poésie et de l'amour. L'amour qui sauve l'humanité.
Je n'ai pas envie de vous raconter l'histoire, la quatrième de couverture est explicite, laissez vous porter par cet imaginaire de chez nous - oui si vous ne le savez pas, Thomas est belge - un récit qui parle de notre monde d'aujourd'hui et de ses grands enjeux.
Coup de ♥
Les jolies phrases
Bien entendu, il y avait toujours des humains qui travaillaient avec Nora* (*I.A.) Des gens pour la contrôler, pour la superviser. Mais dans le fond, tout le monde savait que "la couche humaine" placée au-dessus de la "couche numérique" n'était pas vraiment nécessaire, elle n'était là que pour ménager l'amour-propre de ceux qui dépendaient de la machine, elle n'était là que pour garder l'illusion de garder le contrôle.
Le langage est ce qui nous permet de percevoir et de comprendre le monde parce qu'il articule la conscience et la connaissance.
Avant de penser aux problèmes, il faut penser à la manière de parler du problème.
Ouvrir des portes fermées, c'est ce que font les scientifiques depuis la nuit des temps... Si nous nous mettions à croire qu'il y a des interdits, nous serions des religieux... Les religieux nous haïssent et ils nous tuent. Tu comprends, le danger vient de ceux qui ne veulent pas ouvrir les portes, pas de ceux qui les ouvrent...
Tout ce qu'on apprend depuis un an est étrange. J'imagine que c'est comme ça chaque fois que la science fait un nouveau pas. Quand cela se produit, les humains doivent reconfigurer leurs esprits pour accepter les changements.
Nous sommes des destructeurs, c'est notre nature profonde, c'est tout ce qu'on sait faire !
Le réel était toujours plus simple qu'on le croyait.
Mon argent me sert à essayer de changer le monde, pas à accumuler des choses.
Être cinglé dans un monde de cinglés, c'est peut-être la seule chose à faire.
Un souvenir, ce n'est pas rien, c'est quelque chose de vivant.
C'est ce que nous sommes dans le fond, des idées qui ne veulent pas mourir.
L'univers a besoin de la vie, de la mort et surtout de la mémoire des choses.
Le pire malheur des humains est de se croire éternel.
On a bousillé notre monde en croyant qu'il était à nous, qu'on pouvait en faire ce qu'on voulait. Et puis on n'a rien trouvé de mieux qu'essayer d'en bousiller un autre. Rien ne nous appartient. Nous sommes juste des locataires. Des locataires particulièrement peu soigneux !
- Comment c'est d'être mère ? je n'ai pas d'enfants, c'est un mystère pour moi. -Pour moi aussi, c'est un mystère. Les gens vous disent que c'est de l'amour, que c'est du bonheur. Mais c'est faux. Ça n'a rien à voir avec l'amour. C'est plus fort que ça. La première fois que vous voyez un enfant, vous passez au second plan. Votre vie n'est plus une priorité.
Un souvenir est une créature vivante, délicate et sensible. Un souvenir n'est pas que l'empreinte d'un événement court ou long, c'est un être qui habite l'univers au-delà du temps, qui se cache et parfois revient, qui change de forme, qui se déguise mais qui ne cesse jamais de s'adresser à vous.
Un livre inclassable dans cette rentrée : l'imagination fertile de Thomas Gunzig questionne pêle-mêle la science, le futur, le capitalisme, notre humanité en perdition et notre rapport au deuil, à la mémoire ou à la mort.
Ce roman difficile à étiqueter fait beaucoup parler de lui dans cette rentrée littéraire trop abondante. Il y est question de science mais c'est une fiction, une anticipation où l'on parle écologie voire même religion ou philosophie. Avec ses Spectres qui viennent hanter le futur incertain de notre planète, l'auteur belge Thomas Gunzig confirme sa réputation d'écrivain touche-à-tout à l'imagination débordante.
Nous sommes aux environs de 2070. Notre planète Terre se meurt de pollution sous le réchauffement climatique. Quelques uns sont expédiés ailleurs (on ne sait pas vraiment où, mais c'est pas une lointaine exo-planète) pour aller exploiter le carbotitanium, un minerai qui serait capable de nous sauver. On est un peu dans une fissure dans une fractale, dans « les intersections des grains d’espace-temps, c’est-à-dire les « non-lieux » et le « non-temps » des espaces intermédiaires aux grains d’espace-temps ». C'est plus clair ?
La planète se meurt, ses habitants n'en ont plus pour longtemps et le seul espoir, c'est ce fameux carbotitanium capable d'épurer notre environnement. Une équipe de pionniers est expédiée pour sept ans dans la station RockSolid1 pour extraire le minerai miraculeux. À bord, on fait la connaissance de Léa et Tom, un couple en perdition et de leur fillette Lou. Une fillette qui n'aurait jamais dû naître ici ... Mais où sommes-nous vraiment ? Et peut-être quand sommes-nous ? C'est quoi cette station ? Voici des questions qui ont sans doute fait se retourner dans sa tombe l'un des papes de la science-fiction : Philip K. Dick ! On revient alors en arrière sur toute la genèse de ce projet basé sur les équations mathématiques découvertes par Léa ... [...] Elle s’était laissé emporter par sa curiosité, par sa passion de la recherche, par sa volonté de découvrir les secrets de l’univers visible et invisible. Elle l’avait fait par vanité, par esprit de revanche, pour le plaisir de sentir que la puissance de son esprit ne connaissait aucune limite. Ce qu’elle avait découvert avait donné les clés de l’enfer à des hommes sans scrupules. Elle l’avait toujours su. Elle avait refusé de le voir.
Ça commence comme un récit de science-fiction aussi solide que classique à bord de la station RockSolid1 mais bien vite l'auteur relève la barre très haut. Le fondement du projet, la découverte faite par Léa, ce n'est rien moins que l'unification de la mécanique quantique et de la relativité générale, grand mystère de notre siècle, et Thomas Gunzig réussit un sacré boulot de vulgarisation en nous invitant dans les arcanes de la gravité quantique à boucles, sans pour autant sacrifier au romanesque. Rassurez-vous, on n'est pas obligé de tout comprendre en détails pour profiter de l'histoire, mais faut s'accrocher quand même pour suivre de loin les travaux de Matveï Petrovitch Bronstein ou Kitarō Nishida !
L'auteur ne se contente pas de nous faire travailler, il veut aussi nous faire réfléchir : son livre imagine jusqu'où pourrait aller la cupidité capitaliste, il questionne notre humanité (même si on file un mauvais coton, il n'est peut-être pas encore trop tard ?), notre rapport au deuil, à la mémoire et à la mort,
Il s'interroge sur le devenir des milliards d'informations qui circulent à chaque instant et c'est un peu comme s'il avait projeté dans un futur quantique l'aphorisme de Amadou Hampâté Bâ qui nous disait que « quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ». Même si somme toute, ça ne pèse pas bien lourd : « le poids d’une âme : vingt et un grammes ».
- le rythme, on rentre dedans dès les premières pages et j’ai pas ressenti de creux par la suite - l’aknowledgment de certains enjeux féministes (les femmes perçues comme des hystériques, la banalisation des vols des travaux de recherches des femmes par des collègues masculins) sans que ce soit le sujet majeur du roman (loin de là mais justement c’est cool qu’ils soient quand même présents) - cette idée qu’il existe un espace où la mémoire de l’humanité serait stockée - la réflexion sur l’équilibre et la façon dont ce serait mathématiquement impossible de sauver notre lieu de vie en en détruisant un autre
Ce que j’ai moins aimé :
- la fin, j’ai pas accroché à l’idée que Lou a été créé par cet espace pour le sauver et sauver l’humanité pfiou jpp de ce trop de l’élu the chosen one (mais c’est très personnel) - les descriptions physique male gaze et je dirais même sexiste des personnages féminins (hanche chaloupée, poids de soixante kilos) : précisions qui n’apportent rien et n’ont pas leur équivalence pour les personnages masculins (on nous parle pas de leurs musculature par exemple) : ce qui est d’autant plus dommage que j’ai trouvé leur écriture psychologique cool
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Ce roman de science-fiction (mais pas seulement !) a le grand mérite de construire son récit sur des bases scientifiques de mécanique quantique et de physique gravitationnelle expliquées avec simplicité et douceur. Ce préalable progressivement installé permet un dérive maîtrisée de la science vers la fiction en entremêlant subtilement des éléments dystopiques et futuristes avec des émotions et des réflexions sur le sens de toute vie. Le récit de la découverte de cette autre dimension aux codes bouleversés, dont on se demande si elle n’est pas finalement notre propre intériorité à chacun, et de la lente déréliction de notre monde connu parvient à combiner rythme, intrigue et action d’un roman tout ce qu’il y a de plus classique avec une toile de fond méditative qui ne quitte jamais pleinement le lecteur. Comme s’il était lui aussi plongé dans cet « ailleurs », comme s’il vivait lui aussi dans Rocksolid1, en intrus dans cette dimension fractale qui n’est pas faite pour lui mais qui le confronte néanmoins à la poésie des souvenirs et à l’angoisse de ce qui adviendra. Un objet littéraire très réussi !
Lu en apnée, et j’en sors vraiment secouée. C’est d’abord un très bon roman de SF, bien construit, difficile à lâcher, avec un univers puissant et de très beaux personnages. Beaucoup de concepts scientifiques passionnants, j’en sors avec l’envie de les approfondir. Il m’a fait penser au Problème à Trois Corps et à Interstellar, que des références 5 étoiles. Mais au-delà de toute la science et de l’aventure dystopique, il y a aussi énormément d’émotion, et une véritable réflexion sur la mémoire, les souvenirs, l’amour et la mort, et ça c’est vraiment brillant. De loin son meilleur, gros coup de ❤️
Spectres est un très bon roman de science-fiction à l’univers intéressant, bien construit qui souligne notre mode de vie désuet et réalise, en opposition, une magnifique ode à la curiosité, à la créativité et à l’amour. Démarrant comme de la hard-science et dérivant progressivement vers du fantastique, Spectres surprend mais emporte sans peine par un jeu de temporalité et par la montée crescendo de la tension depuis les premiers mystères. J’ai regretté des explications potentiellement inutilement trop détaillées ainsi qu’un final un peu déstabilisant mais j’ai globalement adoré ma lecture.
Idées intéressantes mais le récit se perd progressivement dans ses propres concepts et théories. La deuxième partie m’a complètement sortie de l’histoire, il aurait peut être été plus judicieux de ne pas trop verser dans le surréalisme. Enfin, j’ai trouvé que le style littéraire s’appauvrissait au fil de l’histoire, et cette fin très expéditive me donne à penser que l’auteur ne savait guère comment conclure son roman. La lecture restait divertissante mais petite déception malgré tout.
Avant de commencer "Spectres", on s'attend à lire un roman de science-fiction avec des concepts scientifiques assez poussés. Mais Thomas Gunzig nous livre un roman d'une intelligence folle, où le côté fascinant de la science côtoie le plus humain, le plus inextricable : nos mémoires, nos désirs, nos peines. L'ambition destructrice du capitalisme et les manières dont, face à la beauté d'un monde incompréhensible, il cherche à tout rentabiliser. Un grand roman, empreint d'une mélancolie douce, qui nous met face à nos forces et à nos faiblesses.
Entre Interstellar et Le Problème à trois corps, Spectres est un excellent roman de SF avec une intrigue très bien construite et des personnages bien écrits. C'est d'ailleurs la seule raison pour laquelle je n'ai pas mis 5, j'aurais aimé passer un peu plus de temps avec les personnages et un peu moins dans les concepts scientifiques, mais c'est surtout une préférence personnelle.