Né à Pise dans une famille de patriciens toscans descendant du frère du grand artiste Michel-Ange1 (Michelangelo Buonarroti), il entame à dix-sept ans des études de droit, obtient son titre d'avocat (1782) mais suit surtout les enseignements des philosophes Sarti et Lampredi, qui l'initient aux écrits de Rousseau, Locke, Mably, Helvétius et Morelly. Partageant son temps entre les discussions philosophiques, la collaboration à des sociétés secrètes, l'assistance aux réunions maçonniques et la rédaction de pamphlets, il s'oppose vite au régime du grand-duc de Toscane Léopold. Rousseauiste affilié aux Illuminés de Bavière, il publie, en 1787, une Gazetta Universale progressiste et favorable aux troubles révolutionnaires de Hollande, ce qui lui vaut d'être surveillé par la police.
En 1789, il s'enthousiasme pour la Révolution et se rend en France, avant de passer en Corse, en novembre, pour y propager les idées révolutionnaires. Considérant l'île comme un conservatoire des formes primitives de communautarisme et d'égalitarismes agraires, il s'intéresse au régime de la propriété, notamment des propriétés communales. Il rédige en italien un journal intitulé Giornale Patriottico di Corsica et devient bientôt l'un des administrateurs des biens nationalisés du clergé. En juin 1791, profitant de l'attachement de la population au clergé réfractaire, les paolistes se soulèvent et l'expulsent vers Livourne, où il est emprisonné. Grâce à l'intervention de l'Assemblée constituante auprès de Léopold II, il est libéré et rentre en Corse, où il demande la nationalité française. En mars, le grand-duc de Toscane saisit ses biens.
Nommé commissaire national auprès du tribunal du district de Corte le 23 octobre 1792, il se lie avec les Bonaparte et s'oppose à Pascal Paoli. Obligé de passer en France après la victoire des paolistes en mai 1793, il se rend auprès de la Convention pour dénoncer l'esprit « fédéraliste » du département. Il présente également la demande de rattachement à la France des habitants de l'île de Saint-Pierre. Grâce à l'intervention de Robespierre, qui l'apprécie et dont il est devenu un proche, il obtient la citoyenneté française et est envoyé en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. Cependant, les insurrections fédéralistes dans le sud-est l'empêchent de remplir sa mission (juin-octobre 1793). Il accomplit alors diverses missions dans le Midi. En avril 1794, il est nommé agent national général pour les territoires conquis sur le royaume du Piémont, à l’est de Menton. Durant onze mois, du 22 avril 1794 au 15 mars 1795, il tente de faire de l'ancienne principauté d'Oneglia, petit port piémontais sur la Riviera Ligure, un refuge pour les patriotes italiens et un modèle de république. Il est chargé de les former au propagandisme révolutionnaire.
Arrêté à Menton comme « robespierriste » en mars 1795, il est enfermé à la prison du Plessis, à Paris, où il fait la connaissance de François-Noël Babeuf. Tous deux élaborent une doctrine communiste. Libéré, Buonarroti est parmi les fondateurs du club du Panthéon, dont il est un temps président, et y introduit les écrits et analyses de Babeuf.
La fermeture du club par le Directoire détourne Buonarroti de suivre les troupes françaises en Italie ; il rejoint le « Directoire Secret de Salut Public » constitué par Babeuf le 30 mars 1796 et devient avec lui le principal théoricien de la conjuration des Égaux. Dénoncés, ils sont arrêtés le 10 mai 1796. Jugés devant la Haute-Cour de Vendôme, François-Noël Babeuf est condamné à mort le 25 mai 1797, Philippe Buonarrotti à la déportation.
Sa peine est commuée en détention, et il passe de longues années en prison, à Cherbourg jusqu'en avril 1800, puis, grâce à l'indulgence de Lucien Bonaparte à l'île d'Oléron (où il exerce les fonctions de maître d'école) et, enfin, à Sospel, dans les Alpes-Maritimes (1803-1806). C'est là qu'il a des contacts avec Pierre-Joseph Briot, révolutionnaire et membre des Bons cousins charbonniers du r
Ce livre sur Graccus Babeuf et la conjuration des égaux a été écrit par Philippe Buonarroti (1761-1837), un italien descendant du frère de l'artiste Michel-Ange, ardent partisan de la révolution française au point qu'il a été naturalisé. Proche de Robespierre, il fut longtemps en Corse lié aux Bonaparte avant que Paoli ne les oblige à partir de l'île. Après Thermidor, sa proximité avec les Montagnards en fait une cible du Directoire: écœuré par la reprise en main du pouvoir par les forces du parti opposé, il élabore avec Babeuf une vaste conjuration ayant pour objectif de mettre en application la constitution de 1793, jamais appliquée du fait de l'état d'exception, qui devait mettre en place le suffrage universel, et surtout lutter contre l'inégalité des fortunes. Ils furent arrêtés et jugés par le pouvoir, les deux meneurs, dont Babeuf, furent exécutés, tandis que d'autres, comme Buonaroti, furent déportés au bagne de Cayenne, en Guyane.
Le livre contient plusieurs pièces importantes pour avoir une meilleure intelligence de l'affaire: une présentation générale de l'ambiance politique de la Révolution et des différents partis, vus par l’œil de Buonaroti, la conjuration des Égaux proprement dite, avec le manifeste des Égaux détaillant leur programme politique (insurrection populaire, dictature, communalisation des terres, punition des "méchants aristocrates"...), et la Constitution de 1793, jamais appliquée. On a également un compte rendu du procès des conjurés, avec la plaidoiries de l'avocat de la défense, l'ambiance dans la salle.
Ces questions de redistributions territoriales sont très anciennes, mais aboutissent difficilement de manière consensuelle, mais ravive plutôt le factionalisme: les réformes mises en place par Solon à Athènes visaient à mettre un terme à la guerre sociale en libérant de leurs dettes les citoyens pauvres, mais il n'avait pas touché à la propriété. De même, les Gracques firent leur possible pour corriger l'inégalité qui frappait les citoyens les plus pauvres au profit des gros propriétaires de latifundia exploités par des esclaves, mais il n'ont pas réussi. C'est d'ailleurs de ces derniers que Babeuf a emprunté son surnom. Les réponses des partis qui s'opposent à ces vues sont diverses: le Sénat romain avait fait la surenchère dans le populisme, les Français ont multiplié le nombre des propriétaires grâce à la vente des biens de l'Eglise.
J'avais depuis longtemps entendu parler de Babeuf de nom, le connaissant pour un des précurseur du communisme, mais je n'avais qu'une idée très vague de ce que fut sa vie, ses engagements, et le détail de son programme politique. Ce livre a été une excellente introductions, et c'est vrai qu'on trouve en germe dans cette conjuration des Égaux beaucoup de points communs avec à la fois les communistes et les anarchistes, car il y a des points qui ne sont pas toujours très clairs ni cohérents sur le rôle de l’État dans le but à atteindre. En tout cas, je suis épaté par l'immense enthousiasme que soulevaient ces idées progressistes chez ceux qui les embrassaient; ils ne craignaient pas de mettre leur vie en danger pour les assumer. Un document très intéressant sur la genèse de projets politiques concurrents qui n'ont pas vraiment perdu de leur d'actualité.
Lecture TROP intéressante sur la Révolution pour mettre en lumière une conspiration de proto-communistes qui disaient tout bas ce que les gens pensaient tout bas aussi (c'était pas le moment de faire les fous, ils en sont morts)