J'ai lu Junky, Substance Mort, Las Vegas Parano, Mille morceaux. J'ai vu Trainspotting, Requiem for a Dream, Basketball Diaries, Smiley Face. Des histoires et des destins cassés, où la drogue et la violence consolent, plus présentes que des mères, plus fidèles que des chiens. Mais jamais, absolument jamais, je n'ai été aussi secoué par la voix d'un mec promis au meilleur et qui pourtant se tue et disparaît, petit à petit.
Au cœur de ce livre, il y a l'amitié de ces quatre garçons, de ces frères de cœur avec qui on fait des promesses de sang, de ceux qui pourraient tuer pour toi mais sans jamais hésiter à te plonger tête la première dans ta propre merde si nécessaire. Pour ces garçons, les sirènes du deal, du traffic et du racket chantent plus fort que celles d'un quotidien pourri où on ressent tout de façon tiède. Ces garçons flirtent avec la mort, parfois même dangereusement, parce qu'ils ont besoin d'éprouver la vie.
"Tah l'époque" c'est le livre d'Oliver Lovrenski, véritable phénomène norvégien, qui a fait de la littérature à travers les notes de son téléphone. À 19 ans, il devient figure emblématique d'une jeunesse laissée pour compte, mettant en valeur ces gamins d'immigrés qui se créent des familles loin de chez eux et ces gosses qui répondent à l'appel de la rue quand la maison n'existe plus.
Ce n'est pas un roman sympathique, ni joyeux. Bien au contraire, il est âpre, cinglant, sans concessions. Il est de cette littérature qui ne ment pas, qui montre la sueur, le sang, la crasse et les viscères. Mais au milieu de tout ce qui grouille, la tendresse éclate par petits bouts, étincelles qui s'imposent dans tout ce merdier. Il y a des gens qui ont besoin d'être sauvés, et ceux qui ne veulent pas l'être : Ivor, Marco, Arjan et Jonas sont de ceux là. Pourtant, notre premier réflexe en fermant le livre, éprouvé et bouleversé, est de vouloir avancer vers eux, bras ouverts, prêts à être khalassés, ou enlacés.