Chaque retrouvaille avec Marion Brunet est chargée d’attentes de mon côté. Découverte avec « L’été circulaire » il y a quelques années, elle est devenue une autrice que j’admire énormément. Elle renouvelle avec ce nouveau roman l’exploit de me surprendre : elle m’a embarqué avec une facilité déconcertante au milieu d’un duo père/fille bouleversant et d’un Chili aussi mouvementé que gorgé de souvenirs.
Le Chili est un personnage à part entière qui se superpose à celui de Pablo, exilé depuis plus de trente ans en France après avoir fui la dictature de Pinochet. Il se voit contraint d’y retourner pour retrouver sa fille Victoria, partie seule là-bas en quête de ses origines. Ce duo incroyable fait le cœur battant du texte. Victoria adore son père et celui-ci accepte, pour elle, de rouvrir des portes qu’il s’était juré de condamner. Cette tendresse immense qui existe autant dans les révélations espérées que dans les silences épais est d’une beauté à couper le souffle.
L’histoire entre Pablo et Florence est également poignante. Un lien comme une queue de comète, follement intense au départ et qui s’étouffe peu à peu sous le poids des non-dits, des poèmes derrière lesquels Pablo se réfugie et de cette vie d’avant qu’il ne parvient pas à raconter.
Et puis, outre le talent unique de Marion Brunet pour évoquer les tourments et les chaos de ses protagonistes, il y a cette plume qui sait se faire vorace lorsqu’elle explore leurs fêlures et plus apaisée quand elle observe leurs élans. Elle se métamorphose aussi en porteuse de mémoire : l’autrice redonne vie à un pays tuméfié par le fascisme, les rébellions et la répression dans une escapade renversante au cœur du Chili d’hier pour tenter de mieux interpréter celui d’aujourd’hui.
Incontestablement, « Ne cherche pas le chaos » est un roman complet. Marion Brunet est une reine dans l’art de faire briller ses héros et nous signale, avec autant d’éclat que d’âpreté, que l’amour se transmet avec les blessures qui l’ont précédé.