Quand Arlette Cousture a publié le premier tome de sa série Les Filles De Caleb, le succès qu’elle a obtenu a été phénoménale. Un public chaleureux, plusieurs millions d’exemplaires vendus, et une adaptation télévisuelle de vingt épisodes qui a donné une grande popularité aux interprètes Marina Orsini et Roy Dupuis. Bref, de quoi immortaliser cette saga au rang de classique. Notamment les protagonistes de cette histoire d’amour. Qui sont Émilie Bordeleau et Ovila Pronovost.
Dans son intrigue, Les Filles de Caleb: Le Chant du Coq raconte comment Émilie Bordeleau – ayant insisté après son père Caleb pour qu’il l’a laisse continuer ses études afin qu’elle devienne institutrice – a quitté sa ville de Saint-Stanislas à seize ans pour enseigner à l’école de Saint-Tite. À des jeunes dont les parents sont des fermiers et des villageois très religieux. Devant cette tâche où Émilie travaille comme l’une des premières maitresses d’école laïques, diverses situations arriveront. Des petites brutes d’écoles aux enfants élevés par des parents puritains; un travail exigeant l’attend. Mais au fil du temps, elle obtiendra le respect de la communauté. Et par dessus tout, l’amitié de la famille Pronovost, dont plusieurs des membres sont ses élèves. Tel Ovila Pronovost; un de ses étudiants les plus âgés. Profondément amoureux d’Émilie, il partage des sentiments que la jeune institutrice finira par développer au fil des années. Aboutissant à un mariage rempli de multiples hauts et de bas.
Narrativement, ce premier tome pourrait être divisé en deux parties. La première; sur les années d’enseignement dans la communauté de Saint-Tite. La seconde; sur la vie de mariage entre Ovila et Émilie. Et ce qui est intéressant dans ce livre, c’est comment l’auteur n’a pas peur de présenter un mariage difficile et dramatique. En effet, si certains romanciers ou dramaturges préfèreraient un récit plus conventionnel qui se conclut par un “Ils se marièrent et ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours“, Arlette Cousture n’embarque pas dans cette formule. Au contraire, elle présente un couple en conflit, notamment les frustrations financières et professionnelles d’Ovila, dont le comportement alcoolique, égoïste, et tourmenté produit des flammèches avec sa femme dont la personnalité est forte et obstinée. À cela s’ajoute de multiples enfants, chacun ayant des besoins différents; notamment Blanche dont la vie sera explorée dans le deuxième tome de cette trilogie. Bref, une vie de couple intense qui a impressionné les lecteurs.
Mais en plus d’être une histoire d’amour, Les Filles de Caleb est une superbe capsule historique sur la réalité des canadiens français; du dix-neuvième siècle jusqu’aux premières décennies du vingtième. Suivant une génération de gens impatients de découvrir les dernières trouvailles et surprises de ce nouveau siècle, mais se retrouvant face à des incidents politiques sérieux tels la Première Guerre mondiale. Une situation qui rappelle de près la vie d’Ovila et d’Émilie; des gens innocents et purs rêvant à l’amour et à une vie harmonieuse, mais se retrouvant dans un monde de drames et de conflits. De plus, ce roman partage des traits avec le roman du terroir, un genre littéraire qui présente de façon réaliste le quotidien des fermiers et des villageois dans des milieux ruraux. En particulier, la culture religieuse de l’époque, où des gens associent encore les maladies au démon et au péché.
Ainsi, Les Filles de Caleb: Le Chant du Coq suit de près le quotidien d’Émilie Bordeleau, sa vie d’enseignante, mais aussi son mariage. Des réalités scolaires et familiales aux derniers événements religieux et vacanciers tels Noël, la Toussaint et le Nouvel An. Dans une écriture réaliste et détaillée, qui a été révisée pour les toutes récentes éditions. Qui comprennent même d’ailleurs des illustrations faites au crayon de mine; afin d’alimenter les images des lecteurs qui voudraient des pistes visuelles quant à l’histoire qu’ils lisent.
Évidemment, il est important de se rappeler que l’histoire dans ce premier tome continue dans le second. Alors ne vous attendez pas à un récit complet. La fin reste en suspens et continue aussitôt dans le premier chapitre du second tome. Dès lors, ne soyez pas surpris par le dernier chapitre.
Pour conclure, les Filles De Caleb figure parmi les plus grands succès de la littérature québécoise et canadienne et mérite d’être traduite en de multiples langues en raison de l’universalité des thèmes de son récit qui sauront rejoindre autant le public anglophone qu’international (ex: Japon, Italie, Allemagne, Espagne, Brésil, etc.). C’est un classique qui mérite tout son succès et sa reconnaissance publique et j’encourage n’importe quelle personne qui ne connait rien à la littérature canadienne de découvrir cette histoire.
Bref, un beau moment de lecture et une incroyable romance dramatique.