« Je me suis levé à 6 heures ce matin pour respirer l’air pur de la montagne. Et tout ce que je ferai aujourd’hui le sera pour la dernière fois. » Ainsi écrit le jeune kamikaze tsuka Akio, avant de s’envoler pour l’ultime mission au large d’Okinawa, le 28 avril 1945. C’est à l’automne 1944, quand la défaite semble inéluctable, que l’état-major japonais recrute les premières « unités spéciales d’attaque » : des bombes humaines lancées contre les cibles américaines, dont l’efficacité redoutable provoque chez l’ennemi une psychose sans précédent. Au-delà de l’impact militaire, la mort programmée des kamikazes figure l’effrayante métaphore du suicide collectif de la nation, auquel le régime impérial est désormais résolu. Comment le Japon en est-il venu à exiger de ses sujets un tel engagement ? Qui sont ces pilotes soigneusement recrutés ? Si certains sont des nationalistes fanatiques, d’autres s’interrogent dans des lettres poignantes sur la justesse de leur mission. Leur sacrifice précipitera la fin de la guerre qui s’achève sous le feu nucléaire. L’histoire de ces jeunes gens embrigadés forme la trame de cette synthèse inédite dont les détails font étrangement écho à notre temps présent.
Constance Sereni et Pierre-François Souyri étudie ici le phénomène kamikaze historique c'est à dire le sacrifice de jeunes hommes (il y a des photos, on y voit des adolescents). Contre une interprétation culturaliste qui ferait des kamikazes l'incarnation du bushido, les auteurs rappellent l'entraînement extrêmement violent et dur auquel étaient soumis les recrues. Ce ne sont pas des guerriers d'un autre âge qui incarneraient un Japon éternel mais bien des hommes de la modernité et d'une guerre totale et suicidaire.
La propagande japonaise post-deuxième guerre a fait des pilotes de kamikazes de jeunes héros volontaires prêts à se faire exploser la fiole pour l'Empereur et la Patrie. Ils partaient le cœur léger, le sourire aux lèvres, sachant que leur derrière heure leur assurerait la Gloire.
L'auteur se charge de mettre à mal ce mythe créé de toutes pièces. Ils n'étaient pas tous volontaires, loin de là, et ils ne partaient pas le cœur léger. Ils partaient souvent pour éviter à leur famille la honte de celui qui a été choisi pour le sacrifice et qui refuse ce choix.