Je ne sais pas si c'est l'effet rentrée. Si c'est l'effet d'avoir laissé mon fils de presque 18 ans à l'université, si c'est l'effet du retour de France. Mais je suis à une phase de ma vie où je veux être quelqu'un d'autre.
Et quand je lis ces premières pages. Je m'émerveille face à ces gens qui partent chercher les traces des hommes préhistoriques en haut des crêtes. Moi qui n'aime pas plus que ça la nature dans son inconfort, les petites bêtes, les herbes qui grattent, l'humidité ou l'air sec, je trouve si épatantes ces personnes qui s'extasient devant "parterre d'élynes queue-de-souris" et d'une saxifrage paniculée. (Cela veut dire quoi au juste Dieu du ciel) Au départ j'aime beaucoup cette histoire que je n'aurais jamais lue en d'autres contextes, mais qui me ravit. Paula la photographe passionnée qui cherche à l'épuisement LA photo du lac. Sa fascination pour la réserve qui lui fait face de l'autre côté du lac, inaccessible, inatteignable, sauvage et ignorante du monde des humains. J'aime le rapport assez particulier qui s'est créé entre elle et le narrateur, après une seule et unique rencontre fortuite.
J'aime qu'il y ait un petit bout de monde perché au pied de la montagne qui vit au même rythme imperturbable qu'il y a mille ans.
J'aime l'ambiance bon enfant entre les chercheurs. Leur amour pour la nature. Leur abnégation pour la comprendre et la préserver. Je suis sensible à l'intrigue qui se construit petit à petit. Et on sent une tension qui se crée avec Paula qui repart vers le lac en plein hiver. Et puis patatras.
C'est lent, long, je m'ennuie, des pages de vide (pour moi...) A-t-on besoin de la voir seule nager dans le lac glacial, guetter le mouvement des bêtes et le coucher du soleil ? Elle prend des décisions incompréhensibles et on la regarde aller inéluctablement vers sa perte avec agacement, comme lorsqu'on se demande devant un film d'horreur pourquoi un personnage doit partir seul au sous-sol mal éclairé la nuit alors même qu'ils soupçonnent un danger. Alors oui Paula ne revient jamais du lac comme cela est annoncé dès le départ, dès la quatrième de couverture. À un moment on se demande si l'auteur sait où il s'achemine, puis à la toute fin il y a une lueur, une idée. Assez intéressante qui termine en beauté une péripétie assez tortueuse. Mais qui n'efface pas pour autant l'exaspération face à l'errance ressentie plus tôt.
Lecture intéressante donc, enrichissante dans ce rapport avec la nature, mais je ne vois pas vraiment ce qu'elle vient faire parmi les favoris du prix Goncourt
mon premier prud’homme, il m’a beaucoup plu ! l’histoire est super originale, elle mêle enquête/disparition et récit de voyage et aventure au cœur des montagnes avec un aspect sur la photographie. j’ai adoré le mélange et l’écriture est très belle ;)
Sylvain Prudhomme est un de mes auteurs préférés. Après avoir lu presque tous ses livres, et les avoir tous adorés, je dois reconnaître que celui-là est de loin le meilleur. Je n'ai pas su lâcher ce roman, ses personnages et ses paysages. Outre l'histoire pleine de tension, le récit existe surtout grâce aux descriptions des vues de paysages qui donnent la sensation de voir l'histoire. On voit tantôt à travers les yeux des personnages, tantôt comme un nuage qui observe silencieusement au dessus de la vallée. Bref, ce livre est magnifique, mérite le Goncourt et Sylvain Prudhomme devrait être un des grands noms de la littérature française.
"Je crois à l'intuition. Aux éclairs. A tout ce que nous décidons sans le comprendre. A la vérité des instants où nous traverse de l'impérieux, de l'indompté, du sauvage. Je crois à tout ce qui fulgure. A l'incompréhensible. Au déraisonnable. Je crois à la valeur suprême des moments où quelque chose en nous exige. A l'absolue nécessité de leur faire droit. Je crois qu'ils sont notre plus grande réserve d'audace. Notre plus grande réserve - cela revient au même - de sens." De l'autre côté du lac, encore un chef d'oeuvre de Sylvain Prudhomme que je recommande évidemment sans réserve ! Bonne lecture à tous.