Aurélie et Arnaud ont construit la vie dont ils rêvaient : deux enfants, une jolie villa, des vacances à la mer et à la montagne. Pourtant, un soir d'été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider. Le récit remonte leur histoire : la rencontre, le mariage, la mise en place du quotidien puis le malaise qui s'insinue chez Aurélie, la jalousie d'Arnaud et la tension qui monte.
Dès les premières lignes de « Dans la jungle », Adeline Dieudonné nous plante face à une succession, apparemment anodine, et qui, lorsqu'on en saisit les enjeux, se transforme en uppercut : les pages m'ont tout simplement cloué sur place. La scène d'ouverture, chirurgicale et implacable, impose un vertige qui ne nous quittera plus.
Puis on remonte le temps jusqu'aux racines de ce qui deviendra le couple formé par Aurélie et Arnaud et, par la suite, la famille qu'ils constitueront avec Diego et Lily. Une reconstruction minutieuse pour mieux nous abattre car, même en ayant connaissance de la conclusion du texte, on aimerait la voir changer tant Aurélie et ses enfants se parent d'un réalisme troublant qui nous donne une furieuse envie de les protéger.
Plus l'intrigue avance, plus la tension s'aligne sur le rythme. Dans une lenteur méthodique et insidieuse jusqu'à s'accélérer follement dans les derniers chapitres. On a le coeur qui s'emballe, le ventre noué. Adeline Dieudonné raconte le quotidien, la simplicité des gestes et des projets et pourtant, derrière cette façade tranquille, elle distille avec une précision effrayante les mécanismes de violence et d'emprise qui se tissent au sein du couple. La banalité d'une vie bourgeoise, les pistes de ski de l'hiver, les plages l'été, la villa parfaite du Brabant wallon... tout cela devient le théâtre de l'inéluctable et un piège autant pour les personnages qui l'habitent que pour nous, constamment en pleine tachycardie face à l'urgence sourde qui gronde.
L'autrice, déjà excellente dans l'art de raconter et de dénoncer, réussit également avec brio à nous faire éprouver ses mots physiquement. L'angoisse, la peur, la colère, la douleur, la rage circulent de sa plume à nos muscles. « Dans la jungle » donne envie de hurler et sa fin nous fait frôler l'asphyxie, happés par l'horreur et la beauté glaciale de cette écriture.
Un ouvrage qui n'épargne personne. Il frappe, retourne, secoue. Quand on referme le livre, le cauchemar perdure, ancré. Bravo, Madame Dieudonné.
Un notaire. Une table en chêne massif. Deux femmes épuisées qui n’ont plus rien en commun que leurs morts. Et des chiffres. Des droits de succession, des pourcentages, des montants nets à percevoir après impôts sur le sang versé. C’est par là qu’Adeline Dieudonné choisit d’ouvrir « Dans la jungle », son quatrième roman, et c’est sans doute la scène la plus glaçante du livre. Froide comme un relevé bancaire, précise comme une autopsie, elle pose d’emblée le ton : ici, on ne raconte pas une tragédie. On en dresse un constat, et on réfléchit à qui a été tué en premier pour établir la succession.
Aurélie est morte. Ses deux enfants aussi. Arnaud, son mari, les a tués avant de se suicider. On le sait dès la première page. Ce que « Dans la jungle » va faire, ensuite, c’est remonter le fil. Nous ramener en 2006, à une soirée cycliste dans un domaine bourgeois de la campagne belge, là où Aurélie croise pour la première fois ce garçon grand, flegmatique, si magnétique. Arnaud.
Ce choix narratif à rebours est habile. Puisqu’on connaît la fin, chaque scène charge « Dans la jungle » d’un poids supplémentaire. Chaque détail crée une bascule. Le système de caméras installé dans la maison, au départ présenté comme un gadget de confort moderne, devient rétrospectivement une cage. Le partage de localisation activé sur le téléphone d’Aurélie, qu’Arnaud surveille dix à quinze fois par jour avec la satisfaction compulsive d’un collectionneur qui range ses pièces, révèle progressivement ce qu’il est vraiment.
Adeline Dieudonné a fait un travail documentaire sérieux sur les mécanismes de l’emprise, et ça se sent. La géolocalisation, l’accès aux messages, les crises de colère suivies d’attendrissement calculé, les vieux dossiers ressortis à chaque dispute pour maintenir Aurélie en état de dette permanente… tout est là, restitué avec une précision qui sonne juste.
Ajoutons à cela le portrait de Suzanne, la mère d’Aurélie. Pédiatre, voyageuse, femme debout. Elle voit. Elle voit depuis le début que quelque chose ne va pas, que sa fille rétrécit, que ses visites sont suivies de disputes à la maison, qu’Arnaud isole méthodiquement tout ce qui pourrait constituer un secours. Elle tente. Elle insiste, recule, s’adapte, propose la police, se ravise pour ne pas braquer Aurélie. Son impuissance à elle est, à mon sens, l’autre sujet intéressant de « Dans la jungle ». Bien plus que la violence d’Arnaud. Sans doute parce qu’elle incarne ce que nous sommes toutes face à ce type de situation… des témoins qui voient sans oser, qui savent sans pouvoir prouver, qui tendent la main à quelqu’un qui ne peut pas encore la saisir.
Alors pourquoi le roman ne m’a-t-il pas emportée ? Parce qu’Aurélie, justement, reste étrangement lointaine. On la suit pendant treize ans et on ne pénètre jamais vraiment dans ce qu’elle ressent. On observe ses comportements, ses adaptations successives, ses petites victoires et ses renoncements, mais il manque quelque chose d’essentiel : sa voix intérieure.
Comparée à la densité du personnage de Suzanne, elle semble presque transparente. Je sais que c’est peut-être l’intention de l’autrice, car l’emprise efface le sujet et dissout l’identité. Représenter Aurélie comme une présence de plus en plus ténue est cohérent avec ce que vivent les femmes dans ces situations. Mais en ce qui concerne la lecture, j’ai eu du mal à m’attacher à elle, à la suivre avec l’inquiétude et l’urgence que le sujet méritait.
Au début de « Dans la jungle », la métaphore naturaliste tirée d’une citation de Dian Fossey pose un prisme intéressant.
« L’une des étapes fondamentales pour sauver une espèce menacée consiste à mieux la connaître : son régime alimentaire, ses processus d’accouplement et de reproduction, ses déplacements, son comportement social. »
Ici, on observe le prédateur comme on étudierait une espèce dans son habitat. Sauf que cette comparaison s’essouffle. Adeline Dieudonné y revient trop souvent, soulignant à outrance ce qui gagnerait à rester implicite. Force est de constater qu’à vouloir sans cesse en expliquer le dispositif, le lecteur perd la chair du propos.
Puis arrivent les dernières pages. Après la construction minutieuse de treize années de relation, la fuite d’Aurélie chez Suzanne, les semaines qui suivent, et enfin, le basculement final vers cette exécution collective, Adeline Dieudonné accélère drastiquement le tempo. Cela m’a donné l’impression que « Dans la jungle » avait épuisé son souffle juste avant la ligne d’arrivée.
Ce que j’aurais voulu comprendre, et que le récit choisit de ne pas montrer, c’est ce qui se passe dans l’esprit d’Arnaud au moment où il franchit l’irréparable. Encore une fois, je peux comprendre l’intention de le laisser de côté pour se concentrer sur ceux qui sont les victimes de sa rage, mais ce blanc-là m’a laissée au bord du chemin.
Incontestablement, « Dans la jungle » est un roman nécessaire. Réfléchi, construit et documenté, il dit des choses vraies sur les mécanismes de l’emprise, et la violence qui enflamme progressivement toute raison. Pour ceux qui cherchent à comprendre comment l’emprise fonctionne concrètement, il remplit pleinement sa mission.
Mais d’autres romans, tels que « La Nuit au cœur » de Nathacha Appanah, « Ceci n’est pas un fait divers » de Philippe Besson, ou encore « La Deuxième femme » de Louise Mey vont plus loin. À leur manière, ces textes font vivre l’emprise de l’intérieur sans utiliser une précision documentaire. Or, c’est précisément ce choix narratif qui m’a empêchée de ressentir des émotions.
D’ailleurs, « La vraie vie » d’Adeline Dieudonné elle-même tenait davantage de l’électrochoc. La métaphore animale y était déjà présente, vue par les yeux de la fillette, qui observe son père chasser, tuer, dominer. Si on ne comprenait pas réellement l’emprise, on la ressentait physiquement.
« Dans la jungle » documente là où « La vraie vie » fracturait. Et c’est ce qui manque cruellement à « Dans la jungle »…
À vous de me dire ce que vous en avez pensé, si vous l’avez lu.
oh non, j'ai pas tant aimé... je précise que je pense que ce livre est un bon livre, c'est juste que je commence à avoir lu pas mal sur les féminicides/infanticides et la violence conjugale, du coup la question maintenant c'est : qu'est-ce qu'on peut apporter de plus qu'une histoire glacante de réalisme ? surtout que j'avais confiance en l'autrice, qui a fait 2 livres hyper originaux et marquant dans leur style, que je n'ai pas retrouvé dans celui là ... alors qu'il y avait du potentiel ! un regard hyper acide sur la bourgeoisie belge, à un moment on a le point de vue du chien mais c'est très court et on en reste là, bref tout reste très conventionnel c'est trop dommage
la claque que je viens de me prendre face à cette histoire horrible une intrigue assez peu originale sur un couple qui cache un mari violent pervers narcissique qui commet l’irréparable aka tuer ses enfants et sa femme mais qu’est ce que c’est bien fait 😳 je n’ai pas pu lâcher le livre et j’ai vraiment encore une boule à la gorge…j’ai envie de pleurer pour toutes les femmes qui vivent ou ont vécu dans pareilles circonstances. adeline dieudonne arrive à merveille à capturer l’étouffement de ce quotidien, tellement qu’on peine à délimiter fiction de réalité
Si vous voulez comprendre clairement et intimement les mécanismes de l’emprise conjugale + le continuum de violences jusqu’au féminicide, lisez ce livre.
En fait, non, lisez ce livre tout court. Adeline Dieudonné est brillante. On connaît la fin de l’histoire dès le début et pourtant j’ai été complètement happée. Jusqu’au bout t’as envie qu’Aurélie s’en sorte et pourtant tu sais bien qu’elle s’en sort pas.
C’est enrageant, effrayant, déprimant au possible. Pourquoi on supporte les hommes encore ? Je sais plus.
Ah oui et mention spéciale aussi pour les descriptions du Brabant wallon et de ses habitants, je m’y voyais 😂
Ben helemaal ondersteboven van dit boek. De eerste pagina's geven ons al de uitkomst : Arnaud heeft zijn vrouw Aurélie en hun twee kinderen Diego en Lily vermoord en erna zelfmoord gepleegd. Wat volgt is een gedetailleerde beschrijving van hoe dit koppel zich gevormd heeft, hoe psychisch en zelfs fysiek geweld hun relatie binnendrong en Aurélie ertoe aangezet heeft om Arnaud te verlaten, dit alles achter de mooie façade van rijke tweeverdieners, weekendjes aan zee, op skivakantie,.... Als lezer bekruipt je de hele tijd een gevoel van spanning, hoop op een andere uitkomst, maar nee...Prachtig geschreven!
Je ne comprends pas vraiment la hype autour de ce livre. Le sujet est important mais d’autres romans l’abordent bien mieux. Les 100 premières pages ont été un calvaire, avec trop de descriptions inutiles. La chute était évidente dès le début et pourtant développée en à peine 20 pages. Malheureusement, la plume de l’autrice ne m’a pas convaincue.
Ce qui m’a le plus marquée dans Dans la jungle de Adeline Dieudonné, c’est la manière dont la violence s’installe dans le récit. Une violence pernicieuse, croissante, presque sournoise, qui finit par prendre toute la place et devenir étouffante.
Le livre retrace la vie d’Aurélie et Arnaud à travers une succession d’événements qui, mis bout à bout, construisent un portrait profondément violent. Tout au long du récit, il y a une montée en tension constante qui crée un véritable sentiment d’oppression.
C’est une lecture que j’ai trouvée difficile, non pas par son écriture, mais par ce qu’elle fait ressentir.
C’est un roman dur et inconfortable, mais justement profondément réussi. Un livre qui ne laisse pas indifférente.
On comprend assez vite où l’on met les pieds. Dès les premières pages, quelque chose cloche. Une tension sourde s’installe, presque imperceptiblement d’abord, puis de façon de plus en plus inquiétante. C’est d’ailleurs la grande réussite de Dans la jungle. Le roman montre avec beaucoup de justesse comment l’emprise se construit, comment la violence conjugale s’installe par petites touches, comment ce qui paraît anodin finit par devenir insupportable – la parabole de la grenouille ébouillantée. Je dis ça mais c’est uniquement vrai à partir du deuxième chapitre car Adeline Dieudonné a choisi de commencer par la fin. J’aurais été curieux de découvrir l’histoire sans connaître d’avance son issue.
Le livre possède une véritable dimension préventive tant il illustre un mécanisme que l’on aimerait croire exceptionnel alors qu’il repose souvent sur une accumulation de renoncements, d’excuses et de signaux ignorés. Sa force est peut-être là, rappeler qu’il ne faut rien laisser passer, rien banaliser, rien excuser.
Tout n’est cependant pas aussi convaincant. Certaines séquences m’ont semblé inutilement longues, notamment la description du mariage qui s’étire au-delà du nécessaire. Plus généralement, le roman ne m’a pas donné l’impression de chercher à atteindre une quelconque ambition littéraire. L’écriture est, avec efficacité, avant tout au service de son sujet.
Malgré ces réserves, Dans la jungle remplit largement son objectif. C’est un livre efficace, accessible et utile. En le refermant, je me suis même dit qu’il ferait un excellent film. Son intrigue, son rythme et surtout la façon dont la menace se matérialise peu à peu semblent parfaitement adaptés à une adaptation à l’écran.
Incroyablement percutant. Un récit sans fioritures qui illustre avec brio la manière insidieuse dont la violence s'installe au quotidien. Il montre comment on peut en devenir victime presque à notre insu, à mesure que certains individus flirtent avec les limites de l'acceptable pour resserrer leur emprise. On traverse toutes ces étapes au fil de cette histoire, dont la fin tragique m'a laissée bouche bée, tout en dépeignant une réalité hélas bien trop commune.
J'en frémis encore de colère, combien de fois j'ai eu l'impression d'étouffer. C'est très réussi, et la narration de l'audiobook l'est tout autant. La prévisibilité de l'histoire en fait l'intérêt et tout le principe.
Un livre qui se lit en apnée. Le premier chapitre vous cloue sur place avant le déroulement haletant du cycle de la violence. C'est parfois pénible à lire (le fond, pas la forme) mais on ne le lâche pas.
1er chapitre intense qui nous plonge directement dans l’histoire !! Quelques longueurs dans la première partie, on ressent ensuite l’emprise s’installer progressivement et le récit devient de plus en plus prenant
Le roman commence en janvier 2021 dans une étude notariale avec la lecture d'un partage successoral. L'écriture nous fait ressentir la froideur administrative de l'acte et dès le départ crée une tension. On apprend très vite la catastrophe qui s'est déroulée, le féminicide d'Aurélie, l'infanticide de Diego et Lily et le suicide d'Arnaud.
Le décor est planté mais que s'est-il passé dans cette famille aisée, donnant l'apparence d'un couple solide dans un quartier bourgeois du Brabant Wallon ? Adeline Dieudonné nous décrit la jungle et nous propose de remonter le temps pour comprendre comment s'installe petit à petit la domination, quand l'amour cesse et devient un terrain de prédation.
C'est au scalpel, avec minutie qu'elle décortique les petits détails insidieux qui vont construire cette dépendance, cette emprise et violence conjugale : un silence, un regard méprisant, des humiliations répétées, une jalousie de plus en plus grande, un contrôle de tout allant jusqu'à la géolocalisation.
C'est quatorze ans de vie depuis la rencontre jusqu'à la catastrophe finale, la tension est croissante durant tout le récit, la psychologie et profondeur des personnages est excessivement bien décrite. C'est une écriture sèche, précise, sans pathos qui accompagne le récit. J'ai beaucoup aimé , c'est bien documenté mais il m'a manqué un petit quelque chose, les descriptions précises des mécanismes ont peut-être enlevé l'émotion ressentie lors de la lecture.
J'ai hésité à mettre 3 étoiles, parce que le livre ne m'a pas autant ému que "La Vraie Vie", et c'est un peu l'attente que j'avais. C'est aussi que le sujet est traité d'une façon peu originale et m'a d'ailleurs énormément fait pensé à "La Deuxième Femme" de Louise May : un petit sentiment de redondance...
Et puis finalement j'ai mis 4 étoiles parce qu'en réalité c'est un livre que je n'ai pas lâché et que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.
📅 date d’arrivée dans ma PAL: 08/05/26 📆 date de début de lecture: 15/05/26 ⏳ j’ai confiance en cette auteure
‼️LE VIOLENTOMETRE ‼️
🟢 PROFITE, TA RELATION EST SAINE SI IL OU ELLE:
💚 respecte tes décisions et tes goûts 💚 accepte tes ami(e)s et ta famille 💚 a confiance en toi 💚 est content(e) quand tu es épanoui(e) 💚 s’assure de ton accord pour ce que vous faites ensemble
🟠 VIGILANCE, DIS STOP SI IL OU ELLE
📴 t’ignore quand il ou elle est en colère 📴 te fais du chantage 📴 rabaisse tes opinions et projets 📴 se moque de toi en public 📴 te manipule 📴 est jaloux(se) en permanence 📴 contrôle tes habits, tes sorties… 📴 fouille tes textos, mails, appels 📴 t’isole de ta famille, de tes amis 📴 insiste pour recevoir des photos intimes
🔴 PROTÈGE TOI, DEMANDE DE L’AIDE SI IL OU ELLE
❌ te traite de fou/folle ❌ pète les plombs lorsque qqch lui déplaît ❌ te pousse. Te tire, te gifle, te secoue ❌ menace de se suicider ❌ te touche sans ton consentement ❌ t’oblige à avoir des relations intimes ❌ t’oblige à regarder du porno ❌ menace de diffuser des photos intimes
Un vrai régal ! Pour intensifier le mystère, on commence directement par la fin : un rendez-vous chez le notaire pour clore une succession. Le lecteur découvre très vite que la mort en question met en présence des gens qui ne veulent plus vraiment se cotoyer car il s'agit d'un décès causé par une mort violente. Tout le roman consiste ensuite à retracer l'itinéraire d'une relation toxique qui a conduit au drame. J'ai retrouvé avec plaisir le style d'Adeline Dieudonné et surtout la tension qui m'avait tant séduite dans son roman La vraie vie. La peinture des habitudes de ce couple belge privilégié captive les travers de la société contemporaine tout en pointant du doigt les petits deuils et compromis faits par chacun pour préserver son couple. Une analyse psychologique intéressante, un parcours qui fait froid dans le dos aussi...
Dans un roman incisif, Adeline Dieudonné nous fait remonter le temps à travers l’histoire d’amour entre Aurélie et Arnaud, qui se terminera par un drame plus courant qu’on ne pourrait le croire. Avec différents points de vue – les parents, les amis – se recompose l’histoire d’une relation née dans la jeunesse, finie le temps d'un échange à l'étranger pour mieux renaître. Une histoire banale, de mariage, d’amour surtout celle d’une emprise lente et insidieuse qui s’immisce dans la vie d’une femme comme les autres jusqu’à ce que le piège se referme sur elle. Dans un travail documentaire de qualité, l’autrice retranscrit une histoire courante, les non-dits des victimes, les limites de plus en plus bafouées du boureau et l’inaction lâche de l’entourage et d’une société tout entière.
"Dans la jungle" décortique la mécanique relationnelle qui mène de la première rencontre au féminicide : l'issue étant connue dès le premier chapitre, on décèle dans chaque scène issue du passé les signes annonciateurs qui mèneront au dénouement, qui n'était pourtant pas inéluctable. Ce roman résonne singulièrement chez moi, et je suis impressionné par la capacité d'Adeline Dieudonné à montrer comment s'installe la domination, et quelles formes peut prendre l'ordinaire de la violence dans un couple.
La bourgeoisie belge périurbaine, très aisée et franchement médiocre, dans laquelle évoluent les personnages, est bien croquée par Adeline Dieudonné. Au-delà des personnages principaux, c'est tout un monde social qui traverse les années 2010, dont les trajectoires professionnelles, économiques, idéologiques sont assez finement retranscrites à mon sens, et en tout cas tout à fait crédibles.
4,5 c'était complètement glaçant, le fait de plonger dans le roman en connaissant la chute et de dérouler lentement le fil de l'histoire jusqu'au point fatidique fonctionne parfaitement pour rester dans la tension en permanence. La violence est insidieuse, les mécanismes de l'emprise sont très bien décrits, j'ai particulièrement apprécié les passages du point de vue de la chienne qui donnent une ambiance terrifiante (TW mort d'animal d'ailleurs franchement ce chapitre est horrible), et le personnage de Suzanne aussi est particulièrement bien écrit. Une demi étoile de moins juste pour quelques passages un peu longuets mais dans l'ensemble j'ai trouvé le roman assez magistral dans son genre.
Quelle énorme claque ! J’ai été happée par la plume d’Adeline Dieudonné dont j’ai toujours adoré les romans. J’adore le concept inversé où l’on connaît déjà la fin et le fait que le lecteur soit omniscient, spectateur de chaque scène et protagoniste. Je me suis énormément attachée aux personnages, j’ai haï férocement Arnaud. La dernière scène, le triple meurtre suivi du suicide m’a laissé tremblante, stressée, haletante. J’avais envie de pleurer, de crier à l’injustice. C’était beau, bien écrit, bien ficelé même si j’ai parfois ressenti une once de voyeurisme.