« Voilà près de vingt-cinq ans que j’ai troqué la lettre M pour la transformer en N. KARIMA/KARINA. Six lettres parmi lesquelles une seule joue les trouble-fêtes, ne convoquant ni le même imaginaire ni les mêmes fantasmes. »
Quelle femme se cache sous l’allure parfaite de Karina Leroy, mariée à Vincent, mère d’une adolescente, et à la tête de sa propre galerie d’art ? Et si Karina s’appelait Karima ? En tronquant la lettre M, elle a dynamité le seul pont en mesure de la relier à l’autre rive de la Méditerranée. Ainsi affranchie de la charge sociale et raciale, elle a acquis une forme de liberté. Même si la honte d’avoir usé d’un tel stratagème ne l’a jamais quittée.
Le jour où ce qu’elle a construit dans le mensonge se fissure, elle est rattrapée par les blessures de l’enfance et celles de la guerre d’Algérie.
Face aux soubresauts de l’Histoire, chacun devra explorer sa part absente.
Page 26 "mon trench camel coupé dans une étoffe souple s'accorde parfaitement au châtain clair de mes cheveux et à mes yeux noisettes" en fait dsl mais je dois abandonner
a, qui elle est restée avec sa mère et a découvert son histoire tourmentée.
J’ai eu un peu de mal à raccrocher les chapitres en italique, au début, avec chacun des personnages.
J’ai découvert le véritable prénom de Léa Salamé, qui a fait le choix, comme Karina, de changer de prénom pour faciliter son intégration (Léa n’a pas changé de lettre mais utilise son second prénom).
J’ai aimé la pierre en forme de lune que Zohra, la mère, n’a jamais lâchée après son départ du village de ses ancêtres.
J’ai aimé l’image de la guerre d’Algérie comme un virus dormant encore dans l’organisme, en aucun cas guéri et sans cesse réactivé par un système immunitaire affaibli. (p.185)
Un roman qui m’a ému par ce qu’il raconte des non-dits de la guerre d’Algérie qui pèsent sur les français, qu’ils aient été militaires ou algériens.
L’image que je retiendrai :
Celle des nombreux foulards qui parsèment le récit, colorés et pouvant aider les femmes qui s’en servent.
Quelle claque. Et quelle magnifique première rencontre avec cette autrice.
Je referme ce livre avec des frissons, le cœur serré, et cette sensation rare qu’une histoire ne s’arrête pas vraiment à la dernière page. Elle continue de vivre en nous, de nous questionner, de remuer quelque chose de profondément intime.
Ce qui m’a le plus impressionnée, au-delà de l’histoire elle-même, c’est l’écriture. Elle est d’une beauté incroyable : sensible, précise, parfois presque poétique, sans jamais enlever de sa force à la violence de ce qui est raconté. Les métaphores sont magnifiques. Certaines images semblent simples au premier regard, puis prennent une tout autre dimension quelques pages plus tard. Il y a constamment plusieurs niveaux de lecture : derrière une mère, une fille, une sœur, un secret, il y a la mémoire, l’exil, l’identité, la transmission, la honte, la culpabilité, le pardon… et tout ce que le silence peut faire à une famille lorsqu’il traverse les générations.
J’ai été particulièrement touchée par la manière dont le roman parle de la mémoire. Celle que l’on conserve, celle que l’on transforme, celle que l’on voudrait effacer et celle qui finit toujours par refaire surface. Les personnages portent les conséquences de décisions prises des décennies auparavant, comme si les blessures se transmettaient elles aussi en héritage.
Et puis il y a les femmes de ce roman. Les mères, les filles, les sœurs. Elles s’aiment, se blessent, se quittent, se cherchent, se rejettent parfois… mais quelque chose continue malgré tout de circuler entre elles. J’ai trouvé cela terriblement humain.
La fin m’a bouleversée. Cette histoire familiale qui finit par rejoindre quelque chose de beaucoup plus grand, l’Histoire, la guerre d’Algérie, les violences faites aux femmes, les traumatismes longtemps enfouis et les silences transmis d’une génération à l’autre, donne encore une autre profondeur au roman. Ce qui semblait appartenir à une seule famille devient finalement une mémoire collective.
Et cette idée que certaines personnes ont vécu toute leur existence dans un espace minuscule, tandis que leur mémoire, elle, peut traverser les frontières, les océans et les générations… quelle image.
C’était ma première expérience avec cette autrice, et certainement pas la dernière. J’ai aimé sa façon de raconter sans tout expliquer, de laisser les émotions apparaître dans les gestes, les silences, les souvenirs, les odeurs, les objets. J’ai aimé ses métaphores, ses phrases, sa sensibilité et surtout tout ce qu’elle réussit à faire ressentir entre les lignes.
Un roman sur la mémoire, mais aussi sur ce que le silence fait aux êtres. Sur ce que l’on hérite de nos parents sans l’avoir choisi. Sur la difficulté de pardonner. Et peut-être surtout sur cette nécessité de regarder enfin ce qui a été enfoui.
Je pensais lire une histoire de famille. J’ai finalement lu une histoire de femmes, de transmission, d’exil, de mémoire et d’Histoire.
Vingt-cinq années de mensonge ! Vingt-cinq ans que Karina se tait et surfe sur la vague du mensonge. Victime des préjugés irréductibles liés à ses origines maghrébines, victime de toutes les portes refermées sur ses aspirations, ses désirs malgré ses compétences ... elle a craqué , coupé les ponts et fuit ... La vie lui a apporté un compagnon aimant et fiable, une fille qu'elle adore et une situation professionnelle que beaucoup lui envie. Son travail, son obstination ont payés mais un jour le masque va se fissurer... Karina va devoir admettre qu'elle est et sera toujours Karima ,que le N ne peut pas remplacer le M . le retour sera douloureux, périlleux mais pas de volte face envisageable. ..
Karima/ Karina , Karina / Karima ..
Qu'ajouter ? Que l'auteure brosse un tableau poignant , que ce que tous ont vécu le pire, survécu vaille que vaille, que les cicatrices semblent indélébiles et les mémoires intactes . Un petit regret pour ma part. Les protagonistes m'ont semblé agir tels des robots. Programmés il y a 60 ans , ils tiennent encore et toujours les mêmes propos chacun campant sur ses positions . Quand verrons nous enfin des mains se tendre l'une vers l'autre de part et d'autre de la Méditerranée? serais-je encore de ce monde ? si seulement...
Karima est devenue Karina. Ce n’est qu’une lettre, un m troqué contre un n, c’est anodin. Et pourtant, ce n modifie profondément le cours de la vie d’une jeune femme qui tire un trait sur son enfance, sa jeunesse, sa famille, ses origines. La discrimination, le racisme, elle les évite, les tient à distance malgré tous les non-dits et les mensonges qui planent sur sa vie. Mais un jour, son passé, celui de sa mère et celui de l'Algérie la rattrapent et elle doit y faire face malgré toute la souffrance que cela implique. Ce roman aborde la question de l'identité avec beaucoup de pertinence et de sincérité. L'alternance des narrateurs permet d’avoir des points de vue différents et de mieux saisir les décisions, les sentiments et les réactions de chacun. Le contexte historique est particulièrement bien abordé donnant l'essentiel pour saisir tous les enjeux de cette histoire. C’est un roman très émouvant à lire absolument !
QUOI LIRE ? La part absente, roman de Rachida Brakni
Le roman de Rachida Brakni La part absente est un roman qui ne laisse pas indifférent. L’autrice fait preuve de beaucoup de courage en parlant d’un sujet tabou mais bien réel : le déchirement psychologique ressenti par les transfuges de classe d’origine étrangère. On peut dire que c’est quasiment un sujet de niche. Peu de livres abordent ce thème, malheureusement. On ne peut donc que se réjouir de l’originalité du livre, même si, dans son roman, elle aborde aussi les constellations familiales, la transmission, la résilience, le statut de la femme pendant la guerre, le pardon et évoque d’autres combats actuels comme la lutte des classes.
Dit comme ça vous pourriez croire que le roman va dans tous les sens mais ce n’est pas le cas. L’intrigue a une logique et nous suivons avec intérêt le parcours de Karina/Karima. Hélas, et c’est le reproche qu’on fera au livre, il est trop court.
Un livre qui questionne l’identité et la morale. Jusqu’où une personne est-elle prête à aller pour réussir et s’affranchir de son histoire afin qu’elle ne soit pas un fardeau. C’est ce que décide la narratrice pendant plus de vingt ans elle devient une femme bourgeoise, reniant tout de son origine algérienne, même sa famille. On peut évidemment juger ce personnage mais cela nous pousse surtout à questionner le pourquoi ? Pourquoi une femme aurait elle besoin de changer de nom et prénom pour réussir ? Le racisme banale que vit la narratrice chaque jour fais écho à l’histoire de sa mère qui des décennies avant elle, lorsque les colons français étaient en Algérie, fut vi0ée et vit son peuple décimaient. C’est un très beau livre, émouvant et déchirant
J'ai bien aimé l'histoire, le rythme et le traitement des différentes narrations m'a posé un peu plus de problème. Quelque chose de plus tranché avec un seul point de vue ou de totalement équilibré entre les deux points de vues m'aurait plus plu je pense.
J'ai beaucoup aimé les thématiques du livre avec notamment l'effacement de soi et de ses origines, la guerre d'Algérie et aussi les différents points de vue des personnages qui étaient mis en scène. Par contre j'ai été perdue par le style très et parfois trop foisonnant en détails qui m'ont semblé un peu inutiles. De même, la construction du livre était un peu aléatoire avec des ellipses parfois abruptes.
J'ai voulu lire ce livre parce que le résumé m'a beaucoup parlé mais je n'ai pas vraiment réussi à m'identifier à Karina
Une chose qui m'a un peu dérangée c'est que par moments on nous raconte un évènement et ensuite la narratrice nous explique en long en large et en travers ce qu'elle a ressenti alors que la description de l'événement était bien suffisante
Je ne sais pas si c'est parce que l'autrice s'attendait à avoir un lectorat composé en majorité de personnes blanches et a voulu bien insister sur les conséquences du racisme pour que tout le monde comprenne ou si c'était un peu maladroit
Malgré ça j'ai trouvé les sauts dans le passé intéressants et bouleversants et la fin m'a beaucoup émue