Elle a vingt ans et veut devenir actrice. Après avoir grandi en France, elle retourne en Russie chez son grand-père, pour entrer à l’École du Théâtre National de Moscou. Mais à l’École comme dans sa famille, quelque chose résiste.
Pendant qu’on répète Les Trois Sœurs de Tchekhov, la réélection de Vladimir Poutine déclenche des manifestations. Le soir, le grand-père commente les informations. Sa petite-fille l’interroge sur le passé. En guise de réponse, il pose parfois sous ses yeux une photo, un vêtement, une pièce de monnaie qui a appartenu à l’arrière-arrière-grand-père. Voilà, c’est à toi. Des objets qui vont se transformer en éléments d’enquête.
Quels secrets cachent les photos de l’album vert ? Pourquoi ne faut-il pas parler près de la porte d’entrée ? Pour découvrir ce qu’on ne lui dit pas, la narratrice devra apprendre à écouter les silences et à poser des questions, à voix haute.
Dans ce roman extraordinaire, voyage au bout de la mémoire, Polina Panassenko plonge dans l’héritage d’un pays, mettant au jour des vies brisées par le Goulag et la peur qui se transmet d’une génération à l’autre. Un pays dans lequel subsiste, malgré tout, l’espoir de liberté et de justice.
Polina Panassenko est autrice, traductrice et comédienne. Son premier roman, Tenir sa langue (Éditions de l’Olivier, 2022) a reçu le Prix Femina des lycéens.
De l’auteure, j’avais aimé son premier roman Tenir sa langue (Prix Femina des lycéens 2022). Et j‘ai encore plus apprécié ce second roman.
La narratrice décide de se rendre à Moscou pour entrer à l’Ecole du Théâtre Nationale.
J’ai découvert la méthode Stanislavski enseignée en Russie : même le dimanche, les étudiants sont à l’école pour regarder des films (contrôle des présences) ; pas de fatigue tolérée ; rapport à rendre à chaque début de semaine ; préférence aux garçons (seules 4 filles par promotion) , bref, un enseignement fondé sur la peur.
Puis la narratrice s’intéresse à son arrière-arrière-grand-père mort en déportation.
J’ai aimé suivre la narratrice dans les demandes des dossiers de son aïeuls, la patience dont elle fait preuve avec chaque interlocuteur, mais surtout ses voyages au fin fond de la Russie pour rencontrer un homme qui maintient vive la mémoire des déportés du Goulag.
J’ai appris que le mot Goulag est un acronyme pour Administration centrale des camps.
J’ai découvert des habitants russes qui ne parlent jamais près de leur porte, les plus vieux ont encore peur des coups de sonnettes.
J’ai aimé le concept de peur phréatique : les mots contournés, les sujets évités, ce qui n’est pas nommé. Par les mots manquants , la peur coule de langue en langue. (168)
C’était évident, mais la narratrice explique que ce pays vit sous le règne de la peur, résultat du silence et de l’absence de condamnation des coupables alors que leurs noms sont écrit sur les rapports archivés des procès.
J’ai aimé ce que fait la narratrice : une catabase (elle descend aux Enfers de la bureaucratie pour chercher des traces de son aïeul).
Un roman pour inscrire un ascendant et sa destinée tragique dans l’Histoire.
Une citation :
Les photos d’acteurs, c’est pas contractuel, ce sont des suggestions de présentation. (p.66)
L’image que je retiendrai :
Celle des différentes portes présentent au musée du Goulag de Moscou : des portes d’appartements ou de maisons, des portes de cellules, de la Kolyma ou de Magadan.
réhabilitons nos aïeules et aïeuls, c’est trop important, c’est trop beau, ça guérit les générations d’après et puis c’est la plus belle des preuves d’amour premiere fois que je lis Polina Panassenko et je l’ai dévorée : la Russie des années 2010, sa relation avec son grand père et son enquête sur le grand père de ce dernier, c’est beau et bien écrit
Les enquêtes familiales me bouleversent toujours. Une jeune femme revient dans son pays natal pour devenir comédienne et doit faire face aux silences de sa famille et de son pays. Elle fouille alors pour combler ce qu'elle ne sait pas. Un roman qui commence dans une certaine légèreté et qui devient au fil de la lecture extrêmement déchirant.
C'est sur , elle l' a décidé, elle sera comédienne et où mieux se former qu'à l'Ecole du théâtre national de Moscou? Ah j'oubliais de vous préciser qu'elle est pour tous la française, pourtant elle est russe , née en Russie, certes partie en France toute jeune mais ici elle est russe, vit chez son grand-père qu'elle aime profondément. La seule chose qu'elle ne comprend pas ce sont les précautions à prendre toujours et tout le temps: parler à voix basse, s'éloigner des portes et si possible ne rien dire de compromettant...... Alors, elle qui n'est pas allée à l'école ici elle intègre celle du théâtre national, en apprend les règles, les observe , les notes : ordre, rigueur, obéissance et toujours la peur;..
Quand enfin elle apprend le nom de son arrière-arrière- grand père , celui que l'on est venu chercher une nuit et que l'on a jamais revu... elle peut enfin essayer de remonter le courant et découvrir qui elle est vraiment et d'où elle vient.
Nous sommes fin 2011, Poutine reprend le pouvoir .
Son enquête commence , patience, patience et résilience. Petit à petit elle reconstitue le dossier . C'est en 2019 qu'elle reviendra pour suivre les traces du disparu.
Roman, roman historique, biographie familiale, peu importe. Polina Panassenko s'exprime, raconte sa quête. Pour nous elle parle à voix haute même si elle a souvent du faire profil bas pour avoir les informations désirées. Si les évènements incontournables sont évoqués, son récit est émaillé de situations de la vie de tous les jours bien plus évocatrices souvent que les survols des médias.
La plume de Polina Panassenko est fluide, agréable, la lecture facile et le propos très accessible. Une lecture qui ne peut laisser indifférent et nous rappelle que le droit de s'exprimer à haute et intelligible voix en respectant l'autre est la base de toute démocratie digne de ce nom...
Dans À voix basse, Polina Panassenko part sur les traces de son arrière-arrière-grand-père, disparu dans le système concentrationnaire soviétique. Entre France et Russie, passé et présent, la narratrice mène une enquête généalogique qui devient un voyage dans la mémoire du goulag. Un récit intime et intense sur les silences, la peur et la transmission. Pourquoi le lire ? À voix basse est à la fois une enquête généalogique, un voyage sur les traces du goulag et le récit d’un apprentissage. Polina Panassenko fait dialoguer la Russie contemporaine avec les blessures encore vives du passé soviétique, tout en racontant la construction d’une jeune femme entre la France et la Russie. Une lecture intense et singulière, où l’intime permet de mieux comprendre l’Histoire et ses silences. La chronique entière et illustrée ici https://vagabondageautourdesoi.com/20...
Le récit, en courts chapitres, commence par l’adolescence en France de l’autrice expatriée de Russie. Elle décide de repartir vivre en Russie pour y suivre les cours de théâtre du Théâtre national ce qui est l’occasion de scènes ironiques et drôles et ce au moment des manifestations anti Russie Unique. Portée par des bribes de souvenirs et qq objets reliques de son arrière arrière grand père mort au Goulag en 1837, et conservés par son grand père, elle entame une quête de reconnaissance de celui ci. Cette quête difficile qui va la conduire jusqu’à la Kolyma, se double d’interrogations de réflexions sur l’enracinement de la peur, le poids de l’histoire de la Russie/URSS et les faibles lueurs d’espoir : ne plus parler à voix basse, dire à voix haute ?
Jugement moral avant de lire ce livre d’une franco-russe. J’ai même peur de dire que j’ai aimé. Et pourtant j’ai été touchée par cette histoire d’une jeune fille qui cherche les traces de son arrière- arrière grand père, mort au Goulag - Réhabiliter sa mémoire dans une Russie qui cache son passé, qui encore aujourd’hui a peur de dire haut et fort les torts qui ont aussi ete faits à son peuple : arrestations arbitraires, tortures, morts.
J’ai aimé sa sensibilité aux micro détails du quotidien, en même temps que l image macro de la Russie, sa colère aussi. Échos avec ce que me disait ma grande mère. J’ai beaucoup aimé ce plongeon dans les archives, jalouse qu’elle puisse le faire ( et pas moi ?).
Démarrage un peu lent peut-être mais l'auteur nous met dans l'ambiance... On ne lache plus ce livre ensuite, on est en Russie dans les années 2010, méfiance, non-dits, et picole. On assiste à des élections démocratiques à la sauce locale, aux manifestations qui suivent. Le dernier tiers du livre est magnifique, passionnant, avec un poignant voyage dans le grand Est, un retour vers l'ère soviétique. J'ai un peu déploré l'absence de repères temporels. L'écriture est unique ! Un ton tantôt ironico-exaspéré tantôt résigné-detaché tantôt ému-sous contrôle... Un style tout en économie de moyens pour un effet boeuf !
« Parce que s’il y a les vivants qui naissent, il y a les vivants qui meurent. Et puis il y a les morts qui naissent dans la vie des vivants. Les morts dont on ignorait l’existence et qui un jour apparaissent dans la nôtre après des années passées à l’orée de l’invisible ».
À travers ses mots, presque comme à voix haute, Polina Panassenko nous conte l’impact que ces morts peuvent causer sur une vie. Une vie à se taire, une vie à pleurer mais sans jamais oublier.
Une jeune femme retourne à Moscou pour rentrée au théâtre national de Moscou en même temps en habitant avec son grand - père va enquêter sur son arrière arrière grand père et la une belle histoire d’enquête !!!
Le silence devient une façon de vivre. Le roman À voix haute contribue à briser ce silence. Je l’ai beaucoup apprécié car il raconte une histoire à la fois unique et intéressante.
Dans ce roman magnifique, l'autrice explore les silences. Les silences intimes, familiaux, ceux d'une nation entière. Elle présente la hiérarchie de l'Ecole du Théâtre National de Moscou, où la narratrice étudie, comme un reflet de la société russe, qui écrase son peuple par la force, les non-dits et l'arbitraire. C'est plein d'anecdotes drôles et étonnantes, de rythme, de nuances, d'émotion,...une véritable pépite qui nous emmène sur les traces d'une histoire familiale enfin racontée à voix haute.