Bang. Une balle exponentielle entre dans tous mes cœurs. Je suis en vie! Mais ça fait vraiment mal. Vas-tu encore tirer? Parce que si oui, je vais retourner dans mes tranchées.
— Pattie ?
— Non, il ne me touche pas.
Il me tue. Et tu fais pareil.
Faisant de l’inceste le western de toute une société, elle dénonce l’anesthésie sociale, la violence psychiatrique, le «viol doux». Un livre-rodéo qui met la hache dans nos tabous avec la joie des grandes colères réparatrices.
« Il faut mettre la hache dans la convenance parce que le culte de la gentillesse nous déconnecte de notre corps et de nos émotions les plus viscérales. La culture du consentement, ça s'applique même avec le bisou de grand-maman et on l'occulte quand on fait croire à l'enfant que son corps fait des caprices. Le gun de la convenance sur la tempe, il se rend jusqu'à la joue, même si son corps le supplie à genoux de ne pas faire un bisou. On l'applaudit, on le remercie, d'avoir si bien su se piler dessus. Mais "le corps ne ment jamais" disait Alice Miller, et la résistance non violente est un "carefully-crafted fuck you", disait Judith Butler. Et à force de se forcer, on bricole toute sa vie parce que c'est le doigt d'honneur qui dicte notre vie. »
Wow. Merci pour ce livre, qui a attendu sagement, pendant quatre ans, avant que je ne me sente la force de l'ouvrir. Merci pour l'aile des convalescentes.
« Il faut mettre la hache dans les préjugés parce que trop souvent on nous demande si on ne l’a pas un peu cherché. De toute manière, on n’a rien dit, on n’a pas bougé, on a accepté durant tant d’années. »
L’autrice aborde le sujet de l’inceste avec force. Elle nous parle des conséquences, de l’impact, du après et surtout, de l’immensité du chemin à faire pour les victimes. Les phrases sont puissantes et à la fois poétiques. Lire ce livre, c’est recevoir une tonne de claques en plein visage et se questionner sérieusement sur notre société et ses jugements ! Je vous recommande fortement de le lire.
« Alors quand on nous voit creuser à la pelle, quand on déterre, comme ça, nos histoires, ce n’est pas pour y enterrer au plus vite nos séquelles, mais c’est pour qu’on nous aide à construire le grand bâtiment. Celui de l’aile des convalescences: il sera crissement immense ! »
Lu d'une traite, puis relu. Puis lu une troisième fois. Et je sais que si je le relisais une autre fois, l'effet serait le même.
"Jamais l'authenticité d'un individu n'a été à ce point associé à un sentiment de pureté, de santé. Être fragmentées, névrosées, souffrantes, c'est être fausses, et surtout, inexistantes. " (p.17)
Une toute petite plaquette, immense en contenu, qui secoue le.la lecteur.trice comme un prunier. Pattie O'Green dénonce le paradoxe immonde auquel les victimes d'inceste se confrontent. D'un côté, il faut que tu dises ce qu'il y a à dire, dénonce...De l'autre, maintenant que c'est fait, tais-toi, tu n'en parles pas comme tu devrais en parler. Prends de la distance avec ton expérience, c'est fini maintenant. Ce qu'on comprend, quand on lit O'Green, c'est que ça continue : les victimes sont souvent en situation où elles doivent suivre un protocole de guérison pour être une "bonne" victime, qui suit le programme. Exit le fait que l'inceste laisse des empreintes partout sur l'identité.
"Il faut mettre la hache dans la convenance parce que pour briser le silence, on doit retirer le "mais" qui redoute l'outrance comme dans "parle de ton expérience mais"." (p.28) Un cri du coeur et de la raison. À mettre dans les mains de ceux et celles qui veulent sincèrement comprendre, mais surtout dans les mains de ceux et celles qui pensent qu'ils.elles comprennent.
Plaquette sur un sujet terrible, l'inceste. Le récit, sans s'étirer du tout, nous sensibilise douloureusement/habilement/éloquemment à ce que vivent les victimes. Écriture parfaite, incisive, esthétique, efficace, ludique parfois, l'auteure est visiblement très intelligente, lettrée et érudite. Le plaidoyer est livré de façon absolument convaincante: il faut à tout prix croire les survivantEs quand elles parlent, les accompagner avec beaucoup de compétence, repenser les recours judiciaires tels qu'ils existent en ce moment, et combattre la culture du viol qui fait des ravages. Chapeau!
Les propos sont difficiles, mais nécessaires. On y parle de sujets importants et souvent tabous comme l'inceste, le viol, les troubles de santé mentale et beaucoup d'autres !
Ce livre alterne illustrations, récits et autothéories qui dynamisent l'oeuvre.
Une lecture que nous ébranle, avec raison. En mettant la hache dans les convencances, l'autrice dénonce les mots anesthésiant et l'invalidation des ressentis.
Premier slam que je lis, premier livre sur l’inceste.
Les images sont fortes et la mise en page rafraîchissante. J’en ai fait un travail dans un de mes cours de féminisme, voici mon intro qui résume bien le livre:
Mettre la hache : Slam western sur l’inceste est le témoignage de l’auteure, Pattie O’Green, sur les agressions sexuelles de son père, qu’elle a subies tout au long de son enfance. Elle y aborde les traumas qu’elle porte aujourd’hui, mais critique aussi sévèrement la culture du viol et ses mécanismes de décrédibilisation de la parole des femmes, notamment lorsqu’elle partage l’expérience du personnage de Claudine, sa sœur internée en hôpital psychiatrique à la suite de l’inceste subi par son père : « Je me rends compte que ce ne sont pas les agressions qu’ELLE a subies qui l’ont rendue “folle”, mais le fait que le monde exige d’ELLE qu’ELLE s’exprime à ce sujet avec CONVENANCE » (O'Green, 2015, p.59). Ce personnage lui permet d’aborder les troubles post-traumatiques engendrés par les viols de son père, mais aussi et presque surtout de l’incompréhension, de la délégitimation et de la catégorisation erronée du système de santé qui transforme les personnes vivant avec des enjeux de santé mentale, en « bande d’anethésiés » (O'Green, 2015, p.67). Pattie O’Green, qui est donc la narratrice, surnomme son père « le violeur doux » (2015, p.49) en dénonciation la délégitimation du discours public autour de certaines agressions sexuelles, comme l’inceste, auxquelles on attribue presque un caractère clément. « Le violeur doux est un raconteur, un faiseur de réalité » dont les discours, revenant à de nombreuses reprises dans le texte, ont été longtemps intériorisés par la narratrice (O'Green, 2015, p.51). Cette dernière aborde également ses mécanismes de protection contre ce que son père lui faisait vivre, allant de l’anesthésie de ses émotions à la dissociation corporelle, cette « solution de l’imagination pour éviter les duels qu’on ne peut affronter » (O'Green, 2015, p.89). L’auteure aborde finalement son processus de guérison où elle se réapproprie sa colère, qu’elle utilise comme « un moteur pour l’action » dans son militantisme féministe (O'Green, 2015, p.75). Sa convalescence est, par exemple, marquée par un changement de nom, marquant une réappropriation de son narratif, par le biais de « bon coup de pied à la généalogie » et de création de liens avec celleux qui respectent ses limites, comme son fils et sa fille, qui l’inspire au quotidien (O'Green, 2015, p.102). Le style de l’œuvre oscille entre le slam et l’essai. Plusieurs passages, comme au début de chaque chapitre, sont écrits avec la volonté d’en faire une lecture orale, avec des effets de répétitions, de comparaisons, de métaphores, comme celle de l’« anesthésie » et de rimes comme dans ce passage : « L’une peut bien rire, même quand l’autre raconte le pire » (O'Green, 2015, p.17 et p.104). Elle porte une parole libre, d’un style de langage plutôt cru, familier, sans pincettes, parfois ironique et même vulgaire : « Ce que je veux dire, c’est que la JUSTICE, l’entité qui persécute les persécutés comme pour leur montrer leur place de PERSÉCUTÉES jusque dans sa rhétorique merdique, elle va s’en charger, elle, de douter des histoires de filles violées (O’Green, 2015, p.24). D’autres passages sont plutôt réflexifs, s’apparentant davantage à l’essai, où l’auteure décortique son point de vue sur son vécu, les représentations sociales qui y sont reliées et où elle développe des critiques des systèmes d’oppression dans lesquels elle a évolué. Elle emprunte la voie de d’autres, comme celles de Françoise d’Eaubonne, Judith Butler et Virginia Woolf, afin de porter la sienne et de s’inscrire dans un mouvement de femmes. Son texte est également porté par les dessins de Delphine Delas, qui illustrent ses propos tout en leur donnant de la puissance.
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«Choisir de ne plus s'anesthésier, ce n'est pas renoncer au bonheur, c'est comprendre qu'il ne peut pas être partagé lorsqu'il s'inscrit dans la négation de la douleur. De sa propre douleur. Et de celle des autres.»
"La douleur c'est la crazyglue de ma wholeness, une condition sine qua non de ma raison. Tu la neutralises, je disparais. Tu la rationalises, je ne respire plus. Tu l'ignores, je revis le viol et sa propre kétamine : la dissociation. "
Parce que les mots sont d'une violence, d'une exactitude rare. Ses mots mènent à l'enflamment, mais aussi à saisir la hache et vouloir briser notre société et leur façon de penser face aux agressions. Dans ma lecture, j'ai réalisé bien des choses et une évidence est que je relirais se livre plus d'une fois. Ça l'a changé ma façon de penser bien des aspects et des attitudes que j'avais. Je le recommande, un must !
J’ai beaucoup de difficulté à apprécier les textes “bilingues”, mais j’ai aimé l’approche globale de l’autrice sur ce sujet que si peu osent aborder avec autant force, et les références à la musique et aux autres écrits féministes
C'est la toute première fois que je me vois citée sans avertissement. Dans un texte aussi puissant, entre La guerre des tuques et Queen Latifah. Pour plusieurs raisons: merci. Juste merci.
Un grand coup de botte de cowboy qui enfonce joyeusement la porte de nos aveuglements; la démolition jubilatoire du mur de silence entourant l'inceste; une prise de parole puissante, salvatrice et nécessaire. L'autrice s'exprime avec verve, émotions et parfois même avec humour. Elle raconte son expérience sans jamais tomber dans l'auto-apitoiement, questionne la société et ses systèmes, et tente de déconstruire les patterns qui engendrent trop de prédateurs et de victimes.
C'est un texte riche, intelligent et captivant. Une lecture exutoire pour mettre la hache métaphorique dans les traumatismes et les enfances gâchées, une bonne fois pour toutes.