Dans ce roman, on suit le parcours d'une jeune fille qui décide de partir sur le chemin de ses ancêtres, sorte de pèlerinage, une pratique courante dans la tradition des Premières Nations. On y apprend beaucoup d'éléments de la culture autochtone, tout en participant à cette marche dans la forêt, toujours sous le regard bienveillant sa grand-mère (ou kokom), narratrice de l'histoire. J'arrive à y être, à marcher avec eux, à sentir le sapinage dans le tipi (le tapis de sapin qui sent si bon lorsque tout le monde se prépare pour la nuit). J'ai eu l'occasion de m'imprégner un peu de cette expérience à l'événement annuel des Premières Nations de ma ville, KWE!, où plusieurs tentes (tipi et shaputuan) sont installés avec artisanat, littérature et danse pour faire connaître la culture autochtone.
Matisiwin est un livre à lire et relire quand ça ne va pas bien. On y reçoit les conseils et la sagesse de cette grand-mère si rassurante, et on bénéficie un peu de cette guérison qui en émane. D'ailleurs, j'ai l'impression d'entendre sa voix qui nous récite le livre, et cette grand-mère, dans mon esprit, aurait la voix d'Anne-Claire Poirier qui narre son film Tu as crié Let me go (1992).
L'autrice n'est pas Autochtone. Mais elle a réussi à gagner la confiance du peuple des Nehirowisiw qui lui a ouvert les bras et lui a enseigné suffisamment afin qu'elle puisse écrire ce livre, comme si elle était l'une des leurs. Pour compléter la beauté de l'oeuvre, le roman est imprimé sur papier crème, et le choix de la typographie, mentionné à la fin (ce que j'apprécie toujours et qui pourtant est rarement fait), est approprié. Fait amusant : l'illustration du serpent sur la couverture n'est pas là par hasard. Ce serpent se retrouve quelque part dans le récit!