What do you think?


Oceano Nox
À bord de la galéasse San Creador sévit une étrange épidémie : tour à tour, les membres de l'équipage sombrent dans la passivité et se laissent mourir. Quand l’un d’eux se confie au comptable du bord, il prétend être un dieu exilé du ciel par ses pairs et incapable de rentrer chez lui. Incarné dans le premier humain venu, il passe depuis de corps en corps à mesure que ses hôtes tombent, victimes directes ou indirectes de la guerre entre Maravilhès, cité des mages, et l'Empire jambhai. Au comptable incrédule, le dieu résigné raconte son expérience de cette guerre et les vies dérisoires et minuscules dont il a partagé la beauté et les bassesses.
456 pages, Paperback
Published September 2, 2026
Ratings & Reviews
Friends & Following
Create a free account to discover what your friends think of this book!
Community Reviews
Displaying 1 - 1 of 1 review
September 2, 2026
J’ai de nombreux pêchés mignons en fantasy et parmi eux, il y a celui d’avoir des récits qui donnent la parole à des divinités. Je trouve que ça donne toujours un point de vue unique ! Et quand en plus, c’est raconté sous forme de Chroniques, comment ne pas succomber ?
Je remercie donc les éditions Critic de publier ici le deuxième roman de Louise Roullier, qui m’avait déjà conquise avec l’originalité de sa narration dans Grain de sable et qui revient ici dans le même univers avec un texte à la dramaturgie poignante. Écrit après un coup de foudre pour La Bataille des trois empires : Lépante 1571 d’Alessandro Barbero, ce texte sur l’affrontement de deux impérialismes a quelque chose d’universel et intemporel qui m’a parlée.
J’ai tout d’abord aimé retrouver la plume musicale et si fluide de Louise où tout coule et qui pourtant n’écarte pas une certaine rudesse âpre propre au décor du récit. Les pages défilent sans que l’ont s’en rendent compte. On est merveilleusement bien dans cette longue lettre qu’un écrivain comptable emprisonné écrit à sa marraine retraçant la vie irréelle d’un dieu qui aurait occupé bien des corps depuis que son esprit s’est retrouvé sur Terre. L’autrice reprend ici le format Chronique que j’aime tant où on sait où on doit arriver mais pas comment, ce qui donne une saveur toute particulière, celle du regard en arrière sur son passé.
Et ici, pour ce passé, l’autrice s’inspire de ses nombreuses lectures documentaires sur l’histoire de l’Inde, de l’Asie centrale et de la Perse d’un côté, mais aussi sur ses connaissances sur les galères de l’époque moderne, et sur le monde de Maravilhès qu’elle avait déjà richement imaginé pour son premier roman : Grain de sable. Comme le suggère la sublime couverture de Thomas Arnaud, elle nous plonge dans l’histoire de la rencontre de ces deux mondes, ces deux civilisations que sont les Empires de Jambhai et Maravilhès, au cours de batailles navales ravageuses dont l’imaginaire parlera à tout lecteur de Fantasy tant elles sont immersives et impactantes.
Personne ne gagne une bataille, jamais ! Il n’existe pas de victoire. Toutes les batailles sont des défaites.
Pour nous les conter, un personnage, un Dieu qui vient de part le ciel et qui semble avoir été puni et envoyé chez »nous », un Dieu qui va occuper le corps de chaque personne qu’il croisera après la mort de celui/celle qu’il habite, qu’importe son statut, sa religion, ses origines, ce qui lui permettra de nous offrir un regard unique. Le regard de quelqu’un qui ne connaît pas notre monde et le découvrir, le regard de quelqu’un qui ne prend aucun parti. Ce fut une très belle lecture, lente, lancinante, dramatique et très grise où l’autrice sublime la tragédie. Elle nous montre deux sociétés très différentes mais dont aucune de »vaut » mieux que l’autre. D’ailleurs y en a-t-il jamais une qui vaut mieux que l’autre dans la vie ? C’est ce qu’illustre très bien Louise Roullier ici.
Nous suivons pour cela ce Dieu qui passe allègrement de l’un à l’autre, tour à tour pêcheur, galérien, mage, écrivain, soldat, assassin, homme, femme, Jambhai ou Maravilien. Il teste tous les métiers, tous les statuts, tous les âges, les différents sexes, les différentes orientations sexuelles. Il est tantôt aux commandes, tantôt soumis aux ordres des ordres, mais toujours plein d’aspirations. Bien qu’étant une voix cachée dans les profondeurs des corps qu’il habite, il essaie presque à chaque fois de leurs orienter vers le meilleur quand il peut, mais il montre surtout comme nous sommes tous les pièces d’un vaste puzzle qui nous échappe. Ici, ce ne sont pas les personnages en tant que tels qui comptent mais les peuples, la masse, qui comptent. D’ailleurs, ce Dieu a incarné nombre de personnages oubliables et peu nous restent en mémoire mais ceux qui restent sont remarquables.
Je n’ai connu Sundar que quelques jours, et c’est le seul dont la mort m’ait paru avoir du sens. Il a connu l’appel de la gloire, la déception du combat, la violence et un désir inassouvi de justice, avant de découvrir sa vraie nature dans la passion. Il est mort pour tenir parole, avec aux lèvres un message d’amour.
L’autrice a su en effet montrer que de la masse parfois un individu lambda peut faire changer les choses. C’est le cas Salini, cette femme de basse caste, intouchable presque, avec qui il va réussir à entrer en communication et qui va sauver des membres de son peuple et surtout réveiller notre Dieu, lui donnant une conscience. Car en même temps que le récit de ces deux civilisations qui se confrontent à l’occasion de nombreuses batailles auxquelles on assiste avec violence sur terre et sur mer, il est aussi question de l’éveil des consciences et en particulier de celle de notre divinité. Il découvre nos fragilités, nos qualités et nos défauts et tout cela le nourrit et le transforme. C’est peut-être ce qui m’a le plus plu dans ce texte, suivre son lent éveil à la fragilité, la noirceur mais aussi la beauté de notre monde dans toute sa complexité et ses tiraillements. C’était puissant et des incarnations comme Salini, Sundar ou Manilio l’ont parfaitement illustré.
De mes hôtes j’ai connu la joie brûlante et trop courte, la souffrance, la maladie, le doute, la foi, l’hypocrisie, l’arrogance, la rage de survivre, le mensonge, le désir, la jouissance. La haine. L’impuissance. L’amour aussi, je l’ai connu, mon frère. Et après, le deuil et la folie. Voilà ce que j’ai rapporté,, est-ce assez pour vous ?
Avec une pointe de G.G.Kay, un zeste de N.K. Jemisin et surtout beaucoup de Louise Roullier, cette conteuse nous plonge dans une histoire moralement grise poignante dont la musicalité emporte dès la première rencontre pour ne pas nous lâcher malgré les aléas de la vie des Empires qu’elle croise, ce qui permet d’avoir un regard des plus sensibles sur les failles de chacun, montrant combien finalement chacun se rejoint dans ses turpitudes. Ce fut parfois un peu monotone par le témoignage répétitif de ce dieu qui ne nous comprenait pas au début, mais l’histoire de son éveil, symbole de celui de nos consciences, fut un moment très riche qui broie le coeur et confirme tout le talent de son autrice. On veut plus de plumes françaises de cet acabit !
Article complet : https://lesblablasdetachan.wordpress....
Je remercie donc les éditions Critic de publier ici le deuxième roman de Louise Roullier, qui m’avait déjà conquise avec l’originalité de sa narration dans Grain de sable et qui revient ici dans le même univers avec un texte à la dramaturgie poignante. Écrit après un coup de foudre pour La Bataille des trois empires : Lépante 1571 d’Alessandro Barbero, ce texte sur l’affrontement de deux impérialismes a quelque chose d’universel et intemporel qui m’a parlée.
J’ai tout d’abord aimé retrouver la plume musicale et si fluide de Louise où tout coule et qui pourtant n’écarte pas une certaine rudesse âpre propre au décor du récit. Les pages défilent sans que l’ont s’en rendent compte. On est merveilleusement bien dans cette longue lettre qu’un écrivain comptable emprisonné écrit à sa marraine retraçant la vie irréelle d’un dieu qui aurait occupé bien des corps depuis que son esprit s’est retrouvé sur Terre. L’autrice reprend ici le format Chronique que j’aime tant où on sait où on doit arriver mais pas comment, ce qui donne une saveur toute particulière, celle du regard en arrière sur son passé.
Et ici, pour ce passé, l’autrice s’inspire de ses nombreuses lectures documentaires sur l’histoire de l’Inde, de l’Asie centrale et de la Perse d’un côté, mais aussi sur ses connaissances sur les galères de l’époque moderne, et sur le monde de Maravilhès qu’elle avait déjà richement imaginé pour son premier roman : Grain de sable. Comme le suggère la sublime couverture de Thomas Arnaud, elle nous plonge dans l’histoire de la rencontre de ces deux mondes, ces deux civilisations que sont les Empires de Jambhai et Maravilhès, au cours de batailles navales ravageuses dont l’imaginaire parlera à tout lecteur de Fantasy tant elles sont immersives et impactantes.
Personne ne gagne une bataille, jamais ! Il n’existe pas de victoire. Toutes les batailles sont des défaites.
Pour nous les conter, un personnage, un Dieu qui vient de part le ciel et qui semble avoir été puni et envoyé chez »nous », un Dieu qui va occuper le corps de chaque personne qu’il croisera après la mort de celui/celle qu’il habite, qu’importe son statut, sa religion, ses origines, ce qui lui permettra de nous offrir un regard unique. Le regard de quelqu’un qui ne connaît pas notre monde et le découvrir, le regard de quelqu’un qui ne prend aucun parti. Ce fut une très belle lecture, lente, lancinante, dramatique et très grise où l’autrice sublime la tragédie. Elle nous montre deux sociétés très différentes mais dont aucune de »vaut » mieux que l’autre. D’ailleurs y en a-t-il jamais une qui vaut mieux que l’autre dans la vie ? C’est ce qu’illustre très bien Louise Roullier ici.
Nous suivons pour cela ce Dieu qui passe allègrement de l’un à l’autre, tour à tour pêcheur, galérien, mage, écrivain, soldat, assassin, homme, femme, Jambhai ou Maravilien. Il teste tous les métiers, tous les statuts, tous les âges, les différents sexes, les différentes orientations sexuelles. Il est tantôt aux commandes, tantôt soumis aux ordres des ordres, mais toujours plein d’aspirations. Bien qu’étant une voix cachée dans les profondeurs des corps qu’il habite, il essaie presque à chaque fois de leurs orienter vers le meilleur quand il peut, mais il montre surtout comme nous sommes tous les pièces d’un vaste puzzle qui nous échappe. Ici, ce ne sont pas les personnages en tant que tels qui comptent mais les peuples, la masse, qui comptent. D’ailleurs, ce Dieu a incarné nombre de personnages oubliables et peu nous restent en mémoire mais ceux qui restent sont remarquables.
Je n’ai connu Sundar que quelques jours, et c’est le seul dont la mort m’ait paru avoir du sens. Il a connu l’appel de la gloire, la déception du combat, la violence et un désir inassouvi de justice, avant de découvrir sa vraie nature dans la passion. Il est mort pour tenir parole, avec aux lèvres un message d’amour.
L’autrice a su en effet montrer que de la masse parfois un individu lambda peut faire changer les choses. C’est le cas Salini, cette femme de basse caste, intouchable presque, avec qui il va réussir à entrer en communication et qui va sauver des membres de son peuple et surtout réveiller notre Dieu, lui donnant une conscience. Car en même temps que le récit de ces deux civilisations qui se confrontent à l’occasion de nombreuses batailles auxquelles on assiste avec violence sur terre et sur mer, il est aussi question de l’éveil des consciences et en particulier de celle de notre divinité. Il découvre nos fragilités, nos qualités et nos défauts et tout cela le nourrit et le transforme. C’est peut-être ce qui m’a le plus plu dans ce texte, suivre son lent éveil à la fragilité, la noirceur mais aussi la beauté de notre monde dans toute sa complexité et ses tiraillements. C’était puissant et des incarnations comme Salini, Sundar ou Manilio l’ont parfaitement illustré.
De mes hôtes j’ai connu la joie brûlante et trop courte, la souffrance, la maladie, le doute, la foi, l’hypocrisie, l’arrogance, la rage de survivre, le mensonge, le désir, la jouissance. La haine. L’impuissance. L’amour aussi, je l’ai connu, mon frère. Et après, le deuil et la folie. Voilà ce que j’ai rapporté,, est-ce assez pour vous ?
Avec une pointe de G.G.Kay, un zeste de N.K. Jemisin et surtout beaucoup de Louise Roullier, cette conteuse nous plonge dans une histoire moralement grise poignante dont la musicalité emporte dès la première rencontre pour ne pas nous lâcher malgré les aléas de la vie des Empires qu’elle croise, ce qui permet d’avoir un regard des plus sensibles sur les failles de chacun, montrant combien finalement chacun se rejoint dans ses turpitudes. Ce fut parfois un peu monotone par le témoignage répétitif de ce dieu qui ne nous comprenait pas au début, mais l’histoire de son éveil, symbole de celui de nos consciences, fut un moment très riche qui broie le coeur et confirme tout le talent de son autrice. On veut plus de plumes françaises de cet acabit !
Article complet : https://lesblablasdetachan.wordpress....
Displaying 1 - 1 of 1 review


