L’absurdité de la vie humaine et du lot de souffrance qui l’accompagne est indéniable. Pourtant, la possibilité de mettre fin à tout ça, le suicide, demeure un tabou tenace.
De Socrate à Camus en passant par Cioran, tous les philosophes qui se sont attardés à ce thème ont laissé transparaitre dans leur réflexion une masculinité toxique cherchant à triompher sur le néant. Jusqu’à Nelly Arcan. Avec elle, pour la première fois, il est permis simplement d’y penser, sans chercher de réponses définitives.
Dans ce texte intime, Jérémie McEwen creuse la question du suicide, et, par extension, du sens de la vie, en prenant Arcan comme guide.
Jérémie McEwen enseigne la philosophie au Collège Montmorency. Chroniqueur philo sur les ondes d’Ici Radio-Canada Première, il a publié un essai dans Nouveau Projet, « La jeunesse de la vieillesse ». Il a contribué à l’ouvrage collectif Le souffle de la jeunesse, chez Écosociété, avec l’essai « Le sens du monde ». Depuis 2016, il donne un cours intitulé « Philosophie du hip-hop », qui connaît un certain rayonnement. Il fait aussi du rap dans ses temps libres au sein du duo La Brigade des Moeurs.
"vivre n'est rien que ça, tracer des sentiers dans le vide."
la question du suicide, il faut se l'avouer, fascine. j'ai particulièrement aimé la mise en dialogue des réflexions d'Arcan, Camus, Platon et de l'auteur même. par contre, il manquait un petit quelque chose ; oui, c'était super intéressant, je me suis retrouvée à de multiples reprises dans le propos de l'auteur, et le but du livre était indéniablement de faire une sorte d'introduction sur le sujet (et la pensée d'Arcan), mais je pense que l'auteur aurait pu choisir d'approfondir un peu plus sur certaines thématiques abordées. un livre quand même bien, qui donne envie de lire l'entièreté de l'oeuvre d'Arcan.
Un texte TRÈS nihiliste, tantôt déprimant, et hélas un peu lourd mais bref ça parle de suicide donc c’est attendu.
J’ai toutefois bien aimé certaines réflexions de l’auteur, comme l’idée que le suicide est un thème foncièrement féminin, ainsi que sa critique des boys club (shout out ma reine Martine Delvaux) et comme quoi « aucun homme ne pourra convaincre une femme que la vie vaut la peine d’être vécue »
Cet essai positionne une question d'abord et avant tout: qu'est-ce qu'on perd lorsqu'on s'enlève la vie? McEwen n'y répond pas, mais cette question a une réponse claire: on perd une souffrance. Bien qu'elle soit universelle (tout le monde souffre), elle est d'origine et d'intensité différente pour tout le monde. On doit la regarder, la comprendre et s'y intéresser afin de l'atténuer et de la dompter. Celle du philosophe semble très vive et avoir le contrôle de sa réflexion.
Ça arrive. Ce ne sont pas toutes les souffrances qui ont une origine claire. Certaines sont génétiques, voir d'origine neurologique et lorsque c'est le cas, il faut faire confiance à tout un appareil scientifique si on veut gagner le contrôle sur cette douleur. Pour trouver un sens à ses actions. Pour répondre à la question de Camus à laquelle il fait référence: oui, il faut imaginer Sysiphe heureux, mais j'illustrerais ce point plutôt en empruntant les mots de Daniel Bélanger:
Oh, y a toujours des noirceurs pour assombrir quelque beauté Des êtres qui ont peur, qui veulent vous en contaminer Protégez les loups, moi qui n'en compte que des amis
Si ça fait de moi un indécrottable existentialiste, soit. En toute transparence, je suis aussi un ancien intervenant au 1-866-APPELLE et je le dis à Jérémie McEwen comme je le dis à vous qui lisez ceci: il y a moyen de se sentir mieux. Si vous ne savez pas comment, appelez.
m'excuse si mon review est pas doux doux - écrire un livre c'est sick à la base - tout mon respect
j'ai plusieurs minis malaises face à ce livre je sens l'auteur sincère mais je trouve ses réflexions peu approfondies, redondantes et assez basiques (concernant le féminisme et le patriarcat). J'ai l'impression d'accompagner un ado qui réalise qu'il a pas les mêmes privilèges que sa petite soeur. Peut-être ne suis-je pas le public cible
L'angle d'un suicide féminin vs masculin est intéressant mais très peu développé ou mal conceptualisé?? peut-être c'est moi qui n'a pas tout compris
L'idée d'idolâtrer quelqu'un est aussi un concept qui me chatouille négativement le cerveau
bref, j'aurais peut-être choisi un ou deux angles et serais aller au fond des choses... j'ai l'impression que tout est dépeint rapidement, les références sont plus ou moins pertinentes (citer le boys club de martine parce qu'on a simplement nommer le concept) ou, du moins, il manque de liens profonds avec les oeuvres citées
mais bon, ça me donne le goût de lire l'œuvre complète de Nelly Arcand
La réflexion est loin d’être inintéressante! Je suis d’accord avec le fait que les discussions autour du suicide sont toujours par rapport à la prévention et que c’est sûrement hypocrite. J’ai pas été capable de me rendre à la moitié du livre par contre… Comme toutes les dernières parutions Documents! Je comprends que le but c’est de faire des essais courts et actuels, donc rapides, mais je trouve que les auteurs/autrices finissent presque tous/tes par tomber dans les généralisations et le sensationnalisme! Aka la phrase « seul.es ceux et celles qui vivent malhonnêtement nieront que chaque matin, il faut se répéter qu’il vaut la peine de se lever de son lit, de faire un café et de faire ensuite quelque chose d’autre (…) » C’est le genre de phrase qui, dans un livre de Nelly Arcan, fait plein de sens! Ici moins… Je sais pas si c’est juste parce que je suis fondamentalement en désaccord, peut-être!
Un coup de cœur ! Je tiens à remercier ma prof de français 103 pour la recommandation de cet essai, à la suite d’une étude approfondie sur l’œuvre Folle de Nelly Arcan.
Les concepts abordés par l’auteur, notamment le nihilisme, sont supers intéressants pour comprendre la question philosophique du suicide.
À la fin de cette lecture, je me suis sentie vide, comme si je comprenais les enjeux, mais qu’il manquait une vraie conclusion. L’auteur n’a pas de réponse définitive, et c’est peut-être ça, la philosophie : réfléchir, se poser des questions et essayer de trouver une réponse satisfaisante.
De plus, faut le dire, les illustrations sont si belles !!! 💨🫧🌑🪻
Intéressant. J'ai un faible pour la collection Documents d'Atelier 10. Je n'en manque pas beaucoup! Celui-ci m'a donné envie de me replonger dans l'oeuvre de Nelly Arcan. Je suis dû!
L'idée est pertinente. Par contre, j'aurais tendance à penser que pour parler de la question du suicide dans un angle philosophique, il faut être en mesure de se détacher de son biais psychologique. Dis plus directement, l'auteur me parait trop déprimé pour me présenter la question philosophique du suicide.
Je partage son amour pour le génie de Nelly Arcan.
L’auteur soutient que la vie ne vaut la peine d’être vécue qu’en demeurant sur la crête entre le suicide et le refus de cette possibilité. Pour ma part, je crois qu’il est possible d’accepter l’absurdité de l’existence tout en choisissant de voir le beau et de vivre sans être habité par un mal de vivre.
Je ne partage pas non plus sa conception de la spiritualité, qui semble surtout reposer sur l’endurance de la souffrance et de sa dérision c’est un peu une vision privilégié, certain vivent tellement l’horreur que avoir le luxe de rire de celle-ci est impossible.
De plus, il ne propose aucune piste face à l’absurdité de la vie. Je ne dis pas qu’il existe nécessairement une réponse, mais ne rien offrir ne fait, selon moi, pas vraiment avancer la réflexion.
Enfin, il conclut en invitant la société à ouvrir davantage le dialogue sur le suicide. Je comprends son intention philosophique, mais je crois qu’il faut aborder ce sujet avec prudence. En psychologie, le phénomène du suicide par contagion est bien documenté, et, dans la majorité des cas, le suicide constitue une solution permanente à un problème temporaire. Les données montrent d’ailleurs que la grande majorité des personnes ayant survécu à une tentative de suicide se disent heureuses quelques années plus tard. Je comprends la réflexion de Camus sur le suicide comme problème philosophique, mais le suicide réel est le plus souvent lié à une souffrance aiguë et à l’impression qu’il n’existe plus d’alternative, plutôt qu’à une adhésion au nihilisme.
D'entrée de jeu, la réflexion est accueillie bien mieux que d'autres parce qu'elle fait preuve d'une rigueur intellectuelle et sensible profondément humaine. Dès l'introduction on nous réconforte: ce texte est le texte où l'on ose parler, où l'on ose penser ce qui, malheureusement, est le sujet le plus enterré par notre société qui fuit la mort.
McEwen l'explique rapidement: penser au suicide est la base de la philosophie. C'est une question primordiale qui peut (et doit) rester avec nous au cours de notre progression dans ce monde insignifiant. Ça fait donc du bien de voir une oeuvre s'y dévouer totalement.
Le résultat est profondément touchant. Évidemment, certaines idées ne sont peut-être pas assez étayés (la partie sur la politique phallocentrique, bien qu'elle soit sans l'ombre d'un doute pertinente, passe un peu du coq à l'âne), mais c'est justement ce qui rend le texte aussi humain. Je n'ai pas l'impression de lire un homme qui régurgite des idées de ceux qui l'ont précédé, j'ai vraiment l'impression de lire un homme qui a réellement réfléchi au sens de la vie avec comme trames de fond Nelly Arcand, le rap, Aristote, Camus et tout ce qui gravite autour de l'expérience humaine.
"Et dans le détachement nihiliste, je prend intimement conscience de la non-importance du rendez-vous où je me rends, de mes projets, de tout, et je dois décider si je monte dans le train quand même ou si je me lance sur les rails. Seulement dans la confrontation continue avec l'idée nihiliste puis-je vivre pleinement ces instants de croyance, seulement quand j'ai pensé ne pas prendre le train y embarquer devient sensé "
Comme toujours, McEwen a une superbe plume. Il met ici davantage de l’avant le littéraire que le philosophe, ce qui m’a un peu laissé sur ma faim. J’ai aimé découvrir l’œuvre et l’impact de Nelly Arcan, mais j’aurais souhaité plus de détails et de réflexions sur les différents courants philosophiques évoqués.
Un sujet qui me rejoint beaucoup, des questions que je me pose souvent. Comme l’auteur, j’ai étudié en philo, j’imagine qu’on est tous un peu carencés!