Dans le corps de l’assistante sociale, le mal et le bien cohabitent. Elle est souvent émue par ce qu’elle entend, hésitant entre le rire et les larmes. Qu’importe ce qu’elle pense, ce qu’elle souhaite, elle doit refréner ce désir brutal de prendre ce bébé dans les bras et cette mère par la main pour les emmener dormir chez elle, au chaud. Rien n’importe moins qu’elle-même à cet instant. Seules comptent la réalité cruelle et sa propre incapacité à la changer. Alors elle débite sa liste bien rodée de ce qui est possible mais bien souvent impossible, déplore les délais invraisemblables de l’Administration, avec laquelle elle est condamnée à travailler, lisse quelquefois la réalité pour faire avaler au mieux cette huile de foie de morue et s’assurer qu’il ou elle prendra son mal en patience. La question n’est pas de savoir si c’est juste ou non. C’est comme ça, point final. Dans le pire des cas, l’assistante sociale aime les gens mais déteste ce qu’elle doit défendre : des moyens inexistants, des fonctionnements abrutissants, des politiques délirantes…