Jump to ratings and reviews

Ceux qui nous frappent

Charles Levain, jeune trentenaire bien sous tous rapports, comparaît devant le tribunal de Rennes pour un motif inhabituel : harcèlement moral sur conjointe ayant causé son suicide. Son ex-compagne, la championne de boxe Sara Messina, s'est jetée dans les eaux de la Vilaine. Si Charles affirme que Sara était dépressive et qu'il tentait tant bien que mal de la soutenir, pour la mère de la victime, il est un homme violent et sa fille était sous son emprise. Quant aux amies de Sara, cela fait longtemps qu'elles ne croient plus à la justice. Mais elles ne laisseront pas Charles impuni.
Les trois jours de procès autour de ce « suicide forcé » verront défiler à la barre experts, policiers et avocates – témoins parfois troubles de la détresse mais aussi du caractère impétueux et complexe de la boxeuse. Tous tenteront de répondre à l'épineuse question : qui a tué Sara ?
Anaïs Llobet pousse dans leurs retranchements nos perceptions de la justice, de la violence et de la vengeance.

Interprétation humaine

355 pages, Kindle Edition

Published August 26, 2026

Loading...
Loading...

About the author

Anaïs LLobet

5 books3 followers

Ratings & Reviews

What do you think?

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
22 (40%)
4 stars
28 (50%)
3 stars
4 (7%)
2 stars
0 (0%)
1 star
1 (1%)
Displaying 1 - 11 of 11 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
801 reviews272 followers
September 10, 2026
« Ceux qui nous frappent » s’ouvre au tribunal correctionnel de Rennes. Trois journées d’audience pour juger Charles Levain, poursuivi pour harcèlement moral ayant conduit sa compagne Sara Messina, ancienne boxeuse, à se jeter dans la Vilaine. Le roman s’appuie sur une circonstance aggravante bien réelle du Code pénal, inscrite depuis la loi du 30 juillet 2020 : 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende lorsque le harcèlement conjugal a poussé la victime au suicide. Ici, Anaïs Llobet s’appuie sur cette loi qui existe en réalité depuis cinq ans au moment de ce procès, mais que la justice peine à faire fonctionner. Comment prouver de tels faits quand, dans un dossier judiciaire, il n’est pas fait mention de coups et que les mots qui disent la violence ne demeurent que dans quelques messages téléphoniques ou dans la mémoire de ceux qui restent ?

Le tribunal de « Ceux qui nous frappent » devient le lieu où deux récits irréconciliables se disputent la vérité. D’un côté, Charles, le prévenu, entrepreneur dans l’intelligence artificielle. De l’autre, Nouria, la plaignante et mère de Sara. Le premier est capable de retourner chaque question à son avantage, de pleurer juste ce qu’il faut pour émouvoir la cour. La seconde est sans cesse renvoyée à son incapacité à produire des faits, donc des preuves.

C’est tout le sujet de ce roman : exposer la difficulté qu’a le droit de s’emparer de ce qui ne laisse aucune trace, car la souffrance exposée n’est pas une preuve. Des mots prononcés, des appels restés sans réponse ou encore un déménagement qui isole ne sont pas des preuves. Rien de tout cela ne pèse dans une salle d’audience conçue pour trancher sur des faits datés, situés et vérifiables.

Alors, évidemment, le lecteur a une intime conviction au fur et à mesure du récit. Il prend parti. Il acquiert la conviction que quelque chose de réel a tué Sara, et que son suicide n’est que le résultat de pressions quotidiennes répétées et subies. Face à lui, Charles affiche une assurance et une naïveté presque étudiées, comme s’il ne comprenait toujours pas ce qu’il fait dans ce box. En face, le témoignage de Nouria ne pèse, aux yeux du tribunal, que comme de la subjectivité.

De son côté, Anaïs Llobet se contente d’exposer les faits ; elle ne prend jamais parti ; elle laisse au lecteur la responsabilité de porter seul ce décalage énorme entre ce que la justice parvient à établir et ce qu’il ressent. La méthode est redoutable, et le lecteur se retrouve embarqué dans cette histoire comme si sa vie en dépendait.

Autour de ce duel judiciaire, l’autrice brouille les pistes en nimbant « Ceux qui nous frappent » de faits troublants. Ainsi sera invoquée la boxe que Sara a pratiquée une grande partie de son existence. Car Sara savait cogner. Certes, dans un cadre précis, avec une adversaire à sa mesure et un arbitre pour siffler la fin du round. Anaïs Llobet crée le doute sur ce qui se passe en dehors du ring, sur ce que devient ce savoir-frapper une fois que plus personne n’est là pour arbitrer. Elle rajoute également le club d’auto-défense fondé par Yasmina, meilleure amie de Sara, où l’on apprend à frapper sans ce même contrat : pas de round, pas d’adversaire consentante, pas de règle du jeu.

Autour de la victime, on peut imaginer une grande solidarité… jusqu’à apprendre qu’une belle amitié s’était brisée bien avant le procès. Rien n’est simple entre ces femmes, et c’est heureux, car cela permet au récit de résister à la tentation d’un bloc uni face au monstre.

C’est cette gradation, du ring encadré au geste sans arbitre, qui éclaire une scène en particulier : la vision de femmes qui rouent de coups un agresseur. Le tout sous les yeux d’une victime qui ne sait plus si elle doit avoir peur ou se sentir vengée. Ce passage vient interroger notre rapport à la violence. Si l’on accepte cette violence-là, qu’on la trouve « juste » et « méritée », qu’est-ce que cela dit de celle verbale et invisible que Sara a subie ? Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures sur un tel sujet. Le roman oblige à se positionner sur ce qui est « acceptable » et sur ce qui ne l’est pas. C’est cet écart entre le coup encadré et le coup sans arbitre qui rend la question suivante impossible à esquiver : dès lors, comment trancher vis-à-vis de celles qui choisissent de se faire vengeance quand la justice ne bouge pas ?

« Ceux qui nous frappent » montre combien le système judiciaire échoue. Sa lenteur, son incapacité à nommer ce qui s’est passé créent des conditions favorables dans lesquelles les représailles personnelles cessent de paraître monstrueuses et commencent à ressembler à une réparation. Anaïs Llobet parvient ici à toucher moralement son lecteur et à le placer dans une situation très inconfortable. Si l’auto-défense féminine est « acceptable » pour réparer une injustice, qu’est-ce que cela dit de celle ou celui qui la cautionne ?

La narration chorale que choisit l’autrice est également d’une efficacité redoutable. Elle nous fait entendre le président fatigué, le procureur migraineux, l’huissier et sa fille adolescente qui filme l’audience pour ses abonnés, la journaliste qui doute d’elle-même. En termes de construction, c’est une véritable réussite, car chacun porte en lui un fragment de vérité, mais aussi une réalité diffractée. En multipliant les points de vue, différentes versions de Sara émergent et elle n’apparaît pas toujours sous son meilleur jour.

Reste la question essentielle posée dans « Ceux qui nous frappent » : peut-on punir une violence qui ne laisse aucune trace visible ? Pour y répondre, je vous laisse avec le roman, votre conscience et votre intime conviction. Vous êtes ici dans une zone grise qui risque de vous faire cogiter. C’est aussi ce qui donne sa force au texte, publié dans une période où les femmes montent au créneau et parlent. Sara, elle, ne peut plus le faire. Il ne lui reste que nous, lecteur, pour statuer. Était-elle sous emprise ? Qui l’a vraiment tuée ? Plongez dans ce procès et tendez l’oreille… Je suis certaine que, comme moi, vous serez happés.
Profile Image for Clara.
342 reviews
August 28, 2026
C’est indéniablement un livre intéressant, qui porte sur un sujet, les suicides forcés, qui mérite d’être mis en lumière grâce à la fiction. On a envie de tourner les pages, de savoir, et j’ai aimé la façon dont le récit se tisse et ce qu’il veut dire. Cela dit, j’ai été contrariée par
le traitement de l’amitié féminine que j’ai trouvé très grossier. C’est dommage qu’on n’ait pas une autre représentation, qu’on ne voie pas davantage à quel point c’est dur d’être témoin de l’emprise, à quel point c’est dur de faire front.
Et j’ai alors mais détesté le choix de l’autrice concernant Elsa et Charles. Pas du tout réaliste dans le timing et la rapidité (enfin j’espère !!!) et mal fait, même si j’ai bien vu ce qu’elle voulait dire.

Bref, intéressant, parfois subtil, parfois pas du tout, important sûrement. Mais je suis un peu frustrée de certains choix
Profile Image for Amandine.
33 reviews
September 6, 2026
J’ai détesté la fin, mais sinon j’ai trouvé intéressant de parler de ce sujet très peu évoqué et de suivre un procès page après page.
99 reviews3 followers
August 30, 2026
Écouté en audiobook grâce à Lizzie via Netgalley. Excellente version audio. Ce livre nous plonge dans les coulisses du tribunal, où quelques jours devront réussir à déterminer les responsabilités éventuelles dans le suicide de Sara. J'aurais souhaité une fin plus nuancée, mais le sujet est d'actualité et ce livre a le mérite d'être une excellente entrée en la matière pour se questionner.
Profile Image for Camille Millea.
262 reviews2 followers
September 10, 2026
Ce roman m’a bouleversé et énormément questionné. Il y est question de harcèlement bien sûr mais aussi de pression dans le milieu sportif de haut niveau, d’amitié, de relations familiales et tout cela a énormément raisonné en moi.
L’issu n’est pas forcément celle qu’on attend et j’ai été surprise jusqu’à la dernière phrase.
Ce roman nous montre beaucoup de choses qui se cachent et se tissent dans le secret des relations. J’en reste encore toute retournée, bien sûr que je recommande 🫶🏼
Profile Image for prisca💋.
258 reviews68 followers
Review of advance copy received from Publisher
July 28, 2026
4.5/5 PÉPITE ces livres qui remettent en question tous mes acquis -> délice
et surtout mon crâne explose
Profile Image for Laura.
1,424 reviews57 followers
September 22, 2026
J'adore les textes judiciaires, et celui-ci est particulièrement happant en s'emparant du sujet encore peu traité du suicide forcé. J'ai adoré, mais attention, c'est parfois très dur moralement...
Profile Image for Sara.
175 reviews12 followers
Review of advance copy received from Publisher
July 12, 2026
Trois jours dans une salle d'audience. Trois jours pour juger si la mort de Sara Messina était un féminicide. Sara s'est suicidée. À la barre, Charles Levain, partenaire de la victime, affirme que Sara était dépressive. Le lecteur devient spectateur du ballet de la justice, comme s'il était derrière une caméra, constamment tiraillé par ses propres convictions. Et c'est une franche réussite. Un roman prenant à souhait, profondément ancré dans l'actualité.
Displaying 1 - 11 of 11 reviews