Paris, 1942. Servane a dix-sept ans. La faim, le rationnement et la peur des arrestations règlent ses journées. Pour elle, endurer, c'est rester du bon côté. Paul, ancien militaire désabusé, trafique avec tous. Pour lui, profiter, c'est se maintenir. Mais en 1943, le marché noir, combattu par Vichy, change de statut. Les livraisons deviennent plus laborieuses pour certains, plus nobles pour d'autres. Recrutée comme porteuse par Paul, Servane pense agir pour la Résistance. Tandis que les bombardements se rapprochent et que les dénonciations se multiplient, chacun s'enferme dans son illusion, persuadé d'agir pour le mieux. Mais la guerre ne laisse jamais indemne et bientôt, chacun devra affronter le prix réel de ses choix.
J’ai découvert (après tout le monde, ça commence à devenir une tradition sur mes posts), « La petite bonne » il y a quelques mois, un texte polyphonique dont le succès m’a semblé évident une fois que je m’y suis plongé. J’avais adoré ce premier roman de Bérénice Pichat et l’autrice revient à la rentrée avec « Un marché noir ». Elle confirme son talent en retournant dans les plis de l’Histoire où les certitudes se délitent et se heurtent sans cesse à la nécessité.
Le travail de reconstitution et de documentation nous claque au visage dès le départ. Chaque détail fait renaître un Paris occupé dans une impressionnante netteté : la faim, les bombardements, les trafics, la peur des dénonciations, tout concourt à une immersion totale.
À l’instar de « La petite bonne », le texte se construit ici dans un entrelacement de plusieurs voix. Servane et Paul avancent en parallèle, s’éclairent l’un l’autre et offrent deux regards radicalement différents sur une même époque. Servane est sans doute celle qui m’a le plus touché : en découvrant dans la désobéissance une manière d’exister, elle choisit sa place dans un monde qui voudrait la lui imposer. Face à elle, Paul trouble autant qu’il captive. Il évolue dans cet entre-deux où les limites du bien et du mal deviennent poreuses.
La plume soignée n’oublie jamais le suspense du contexte dans lequel elle se déploie : une inquiétude diffuse accompagne chaque page jusqu’à une fin magistralement construite où les fils du récit se rejoignent dans une révélation aussi étonnante que dévastatrice.
Un ouvrage fin, passionnant, qui interroge les nuances de gris, les frontières de la morale et qui prouve que les trajectoires individuelles et les secousses de l’Histoire sont indissociables. À ne clairement pas manquer en août !
Mais qu'elle est douée ! Comme toujours avec Bérénice Pichat, j'ai été cueillie. Magnifique écriture, très bien documenté, le tout donne un roman passionnant et magistral.
Nous suivons d’abord Servane, jeune fille seule avec son beau-père (sa mère est décédée quelques années plus tôt) dans le Paris occupé de 1941. Malgré son travail dans une boulangerie, elle ne peut se nourrir à sa faim. La rencontre d’une ancienne amie de lycée va changer la donne.
Puis nous suivons Paul, ou plutôt Grégoire, qui organise le trafic de denrées alimentaires depuis la campagne jusqu’à Paris.
J’ai aimé suivre Servane de septembre 1941 jusqu’à mai 1944, découvrir comment une jeune fille un peu rebelle mais pas trop devient une cheville ouvrière du marché noir, une parmi tant d’autres.
J’ai aimé suivre Paul-Grégoire, découvrir pourquoi il est devenu un des chef du marché noir (son enfance et son adolescence d’enfant pauvre).
J’ai aimé les compte-rendu de la concierge de l’immeuble de Servane qui explique sans détour qu’il était impossible en ces temps troublé de séparer le bon grain de l’ivraie, et que tout le monde trempait plus ou moins dans les trafiques pour survivre (Et puis y a tous ceux qui ont fait un peu les deux en même temps… Vous en dites quoi, de ceux-là, dans vos groupes d’épuration ? p.67).
J’ai aimé que les concierges soient présentées comme les yeux et les oreilles de la ville, sachant parfois se taire sur ce qu’elles voyaient.
J’ai aimé les appartements vides occupés par des personnes qui ne sont pas les propriétaires légitimes et dont subsiste la trace des mézouzas sur le chambranle de la porte d’entrée.
J’ai découvert le marché gris : celui toléré par le Régime de Vichy car il ne pouvait pas laisser sa population mourir de faim.
J’ai aimé ces deux personnages aux objectifs différents qui se retrouvent à travailler ensemble pendant l’Occupation.
La fin m’a étonné et m’a rendu un peu triste pour Paul-Grégoire, et j’ai regretté que le beau-père soit sorti de l’ombre.
L’auteure m’a encore une fois enchanté en mélangeant les narrations pour un roman sur la part d’ombre que nous portons tous en nous.
L’image que je retiendrai :
Celle du premier sac que Servane transporte : un sac de vieux livres trouvé par Paul-Grégoire pour un gradé allemand.
Je dirais 3,5. Je suis pas 100% convaincue, je n’ai pas lu La petite bonne mais on me l’a tellement vendu que je me suis dit que j’allais lire son second roman. Malheureusement, ça l’a pas trop fait avec moi, et je sais pas trop dire pourquoi : est-ce que j’ai trouvé ça trop désincarné, trop en surface ? la plume bien trop ordinaire ? Le contexte historique est profondément intéressant en revanche car très peu abordé et il questionne vraiment le paradoxe auquel on peut se confronter en temps de guerre, mais oui, pour moi ça a manqué de quelque chose et je sors un peu déçue de cette lecture.
2.5 etoiles me parait sévère, car le roman est en somme bien écrit et j’imagine assez bien documenté, mais j’ai passé un moment vraiment très peu mémorable, sans rentrer dans la peau des personnages ni ressentir aucune émotion…
Un très chouette récit de la petite histoire dans la grande histoire, notamment sur la place importante des femmes. J’ai été happée par la première moitié de l’ouvrage, l’histoire de Servane était si importante et si évolution si belle. La seconde moitié m’a moins eue même si tous les wagons se raccrochent à la toute fin. Un très joli enjeu de la rentrée littéraire 2026 !
N'ayant pas lu la Petite bonne je me suis laissée tenter. Franchement un très bon livre, j'ai trouvé cela originel de parler des côtés plus obscurs de l'Occupation à Paris. On a toujours envie de savoir ce qu'il va arriver aux personnages, ces derniers que j'ai trouvé très bien développés ! Hâte de lire la Petite bonne pour en découvrir davantage la plume de Bérénice Pichat.
Me gustó menos que el primer libro de Bérénice Pichat. Aquí me costó más querer a los personajes. Siguen siendo muy reales. Me dio mucha pena que la chiquilla viviera con tanto miedo sabiendo yo como lectora lo que realmente hacía. Creo que el final es muy crudo. Pero también refleja la vida real.
Le Paris de l’occupation, la peur, le rationnement et la faim. La faim qui affaiblit, Servane la vit au quotidien. La lutte s’intensifie et elle rejoint un réseau: elle se sent utile et vivante. Mais les illusions vont éclater et le marché noir se révéler bien marécageux.
Un roman bouleversant sur les zones grises de l'Occupation
Après le coup de coeur qu'avait été « La Petite Bonne », j'attendais avec impatience le nouveau roman de Bérénice Pichat. Sa plume m'avait profondément marquée par sa délicatesse, sa justesse et sa capacité à raconter la grande Histoire à travers des personnages banals. J'étais donc très curieuse de découvrir ce qu'elle allait nous proposer cette fois-ci. Avec « Un marché noir », l'auteure nous plonge dans le Paris de 1943, en pleine Occupation. Une période que l'on croit connaître, mais qu'elle éclaire sous un angle particulièrement intéressant : celui des dilemmes moraux, des choix impossibles et de cette immense zone grise où les frontières entre le bien et le mal deviennent parfois presque invisibles.
Paris, 1943 : quand survivre devient un combat quotidien
La guerre n'est plus un simple décor : elle façonne chaque instant de la vie. La faim rythme les journées, la peur s'immisce dans chaque décision, les dénonciations se multiplient et chacun tente de préserver les siens comme il le peut.
Au coeur de ce chaos, nous faisons la connaissance de Servane, une jeune fille qui aspire encore à vivre son adolescence mais qui choisit peu à peu de s'engager dans la Résistance. En parallèle évolue Paul, trafiquant aussi habile qu'insaisissable, convaincu que tout possède un prix et que, dans un monde où tout s'effondre, les certitudes morales ne valent plus grand-chose.
À travers leurs parcours, Bérénice Pichat ne cherche pas à distribuer les bons et les mauvais rôles. Elle nous invite plutôt à observer des êtres humains confrontés à des choix que nous espérons ne jamais avoir à faire.
« Elle se rassure comme elle peut : tant qu'elle n'admet pas que la faim a gagné la partie, c'est que celle-ci n'est pas encore perdue. »
Une construction réussie
L'une des premières choses qui m'a surprise est la manière dont le récit est construit.
Dans la première partie du roman, nous suivons principalement l'histoire à travers Servane. Puis, au fil des pages, le regard se déplace progressivement vers Paul. Il ne s'agit pas d'un changement de narrateur, mais bien d'un glissement du point de vue qui modifie notre perception des événements.
J'ai trouvé cette construction assez judicieuse, car elle m'a poussée à revoir mon regard sur les personnages au fil de la lecture. À mesure que l'on découvre leurs motivations, les jugements hâtifs s'effacent pour laisser place à davantage de compréhension.
En déplaçant progressivement le regard d'un personnage à l'autre, Bérénice Pichat met en lumière toute la complexité des choix auxquels chacun est confronté. Les notions de héros, de coupable ou d'innocent deviennent alors beaucoup moins évidentes, tant la survie impose parfois des décisions impossibles.
Des personnages attachants
Servane est incontestablement le personnage auquel je me suis le plus attachée.
Je me suis souvent surprise à me demander ce que j'aurais fait à sa place. Aurais-je eu son courage ? Aurais-je pris les mêmes risques ? Aurais-je été capable de rester fidèle à mes convictions lorsque chaque décision peut mettre en danger ceux que j'aime ?
C'est ce qui rend son parcours si touchant : elle pourrait être n'importe lequel d'entre nous.
À l'inverse, Paul m'a fascinée. C'est probablement le personnage le plus ambigu du roman. Opportuniste, toujours prêt à tirer parti des circonstances, il refuse pourtant d'entrer dans les cases toutes faites. Il n'est ni un héros, ni un salaud. Il évolue constamment dans cette fameuse zone grise que Bérénice Pichat explore avec beaucoup de finesse. On ne sait jamais totalement quoi penser de lui et c'est précisément ce qui le rend si captivant.
« Elle sait bien ce qu'il pense : qu'elle est longue et maigre à faire peur. le pire, c'est qu'il a raison. Décharnée, grise et laide. Mal fagotée. Elle maudit son apparence. »
La faim, un personnage à part entière
S'il y a un thème qui m'a particulièrement marquée, c'est celui de la faim.
Bien sûr, nous savons tous que les privations faisaient partie du quotidien pendant l'Occupation. Nous avons appris cette réalité à l'école, lu des témoignages, vu des documentaires. Mais savoir n'est pas ressentir.
À travers Servane, Bérénice Pichat nous fait vivre cette faim de l'intérieur. Les repas qui n'en sont plus vraiment, les ventres qui gargouillent, les calculs permanents, les compromis que la nécessité impose… Tout devient incroyablement concret.
La faim n'est pas seulement physique ; elle devient une bataille psychologique, une manière de résister, de préserver sa dignité.
Une réflexion sur la culpabilité et les choix
Ce qui m'a également interpellée, c'est la manière dont le roman aborde la culpabilité.
Nous avons souvent tendance, avec le recul, à imaginer qu'il existait des héros d'un côté et des collaborateurs de l'autre. « Un marché noir » rappelle au contraire que la réalité était bien plus complexe.
Face à la peur, à la faim ou à la nécessité de protéger sa famille, chacun agit avec les moyens dont il dispose. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé ce que j'aurais fait à la place de Servane ou de Paul. Et je crois que c'est là toute la réussite du roman : il pousse son lecteur à s'interroger plutôt qu'à juger.
« Depuis qu'il est à la tête du pays, le Maréchal National accuse régulièrement les Anglais et leur blocus d'être à l'origine des pénuries. le message de ses interminables monologues dans la TSF est toujours le même, On a perdu, il faut obéir à l'occupant et tout ira mieux. Obéir et se taire, c'est ce que fait Servane. Pourtant, cela ne va pas mieux. Au contraire. »
Une plume fluide et accessible
« Un marché noir » avance rapidement, se lit vite. L'auteure sait trouver le juste équilibre entre la précision historique, l'émotion et la tension. Sa plume reste sobre, élégante et humaine.
On retrouve cette sensibilité qui faisait déjà la force de « La Petite Bonne », même si les deux romans sont très différents dans leur construction et dans les émotions qu'ils suscitent.
Mon avis sur « Un marché noir »
J'attendais énormément ce roman après « La Petite Bonne », qui reste pour moi un immense coup de coeur grâce à sa construction très originale et à la puissance émotionnelle qu'il dégageait.
J'ai finalement préféré ce précédent roman, mais cela n'enlève rien aux qualités de « Un marché noir ». Bérénice Pichat confirme ici qu'elle possède un véritable talent pour raconter les destins ordinaires pris dans les bouleversements de la grande Histoire. Elle parvient à explorer les ambiguïtés de l'Occupation sans jamais tomber dans le manichéisme.
Et puis il y a cette fin…
Je n'en dirai évidemment rien tant elle mérite d'être découverte sans en connaître les ressorts. Je peux simplement dire qu'elle m'a totalement surprise. Je ne l'avais absolument pas vue venir. C'est une conclusion émouvante qui éclaire le récit sous un jour nouveau et apporte un magnifique point final à cette histoire. Une de ces fins qui donnent immédiatement envie de repenser à tout ce que l'on vient de lire.
Avec « Un marché noir », Bérénice Pichat signe un très beau roman historique, qui nous rappelle que les périodes les plus sombres révèlent autant le meilleur que le plus fragile de chacun d'entre nous. Une lecture que je recommande sans hésiter à tous les amateurs de romans historiques.
« Elle ne rigole pas tous les jours. A postériori, il regrette d'autant plus ses mensonges. Il les lui a servis comme il aurait embobiné un client. Il se rend compte que c'est d'autre chose dont elle a besoin. Des choses simples, vraies. Se nourrir, rire. »
Un grand merci à NetGalley et aux Editions Les Avrils pour cette lecture.
Un deuxième roman ! Exercice difficile après l'immense succès du premier "La petite bonne", prix des libraires 2025 ! Mission plus que réussie, un gros coup de cœur en ce qui me concerne. ♥♥♥
Bérénice Pichat s'empare d'une zone grise de l'Histoire, celle de l'occupation allemande et sans jugement nous parle de cette période trouble, de la frontière ténue entre le bien et le mal : du marché noir, du marché gris.
A travers deux personnages, elle va habilement nous mettre face à un dilemme, qu'aurions-nous fait à leur place ?
Deux voix, deux parties de roman pour parcourir la seconde partie de la guerre, et découvrir un peuple qui a faim, qui est confronté à des choix dictés par la peur, résistance ou compromission ?
Servane a 15 ans en 1941, elle a faim, elle passe de longues parties de journée dans des queues devant les magasins vides. Orpheline, elle vit avec son beau-père. Nous sommes à Paris. Un jour, elle croise Rosa, une amie qui n'a pas l'air de souffrir de la guerre. Celle-ci lui propose de transporter des paquets, de se rendre à la campagne et de pouvoir manger à sa faim. C'est le début, Servane s'engage dans un réseau secret, elle veut résister.
Dans la seconde partie, on découvre Paul qui se raconte. Issu d'une famille pauvre, à l'enfance désenchantée, vivant dans la misère et le mépris toute son enfance, ancien soldat désabusé, il refuse de rester victime et lorsque l'occasion se présente, décide de survivre. Il comprend vite que certains sont prêts à tout vendre, d'autres à tout acheter. Il se glisse entre les deux et devient mercanti, fournisseur de l'ennemi.
Ces deux voix se complètent par des témoignages et interventions extérieures, créant un véritable suspense, on s'interroge, la tension monte et je peux vous dire que le final est intense. Un dispositif narratif bien huilé pour un plaisir de lecture intense et garanti.
L'écriture de Bérénice Pichat est belle, fluide, sobre, sensible, il s'en dégage beaucoup d'humanité. Elle ne juge pas, elle nous décrit de façon précise et avec émotion cette partie de l'histoire de la guerre, cette zone grise où chacun a fait de son mieux pour vivre ou survivre. Elle nous tend un miroir et nous interroge sur ce que nous aurions fait à leur place.
Une petite pépite à découvrir !
Les jolies phrases
Ceux qui mangent encore acceptent de se salir les mains. Ceux-là font des compromis avec leur conscience.
Rien ne réunit les gens mieux qu'un secret partagé.
La mémoire de l'enfance est un bagage terrible à trimballer.
Sous prétexte qu'ils braquaient la marchandise au nez et à la barbe de Vichy et des Boches, ils ont appelé ça faire de la résistance... Moi, j'appelle ça de l'opportunisme.
Les enfants, j'ai toujours pensé que c'est exactement comme les poussins, vous voyez ? Jaunes et piaulants, on les tient dans la main et ils vous picorent la paume, c'est délicieux et doux. Un beau matin. ils deviennent poulets et ils perdent toute grâce. Leurs plumes poussent n'importe comment sur le duvet qui n'est pas encore tombé, ils se dandinent et traînent des ailes. C'est gauche, c'est mal dans sa peau. Et puis d'un coup, fini, ils sont adultes. Ils marchent fièrement, crête dressée et ergots en place.
Grandir sans argent est une chose, mais c'en est une autre de comprendre, à travers chaque attitude, que le monde est partagé en deux - entre ceux qui ont, et nous, qui n'en avions pas.
C'est donc vrai; les principes ne tiennent pas longtemps face à la douceur des billets qu'elle froisse dans sa poche, face à la promesse de rapporter chez elle de quoi revivre enfin.
C'est insidieux, la faim. Au début, ça paraît négligeable. Une fringale qui dure, un creux sans fond. Faute d'être jamais satisfait, ce désir latent s'organise et progresse. On prend sur soi , on se serre la ceinture, comme si de rien n'était. Mais ça ne fait que croître : la voix du manque vire , trouble, tourne à la hantise. Face à l'estomac vide depuis trop longtemps, plus rien ne paraît important, plus rien ne tient. A part le prochain repas.
Mais chacun sait que la confiance n'est pas un bien qui se vend; ni ne s'achète.
Oui, les prix montent, et alors ? Très tôt, Paul a compris que le tarif d'un produit n'a aucune importance. Que ceux qui veulent acheter pourront toujours payer.
La peur quand ils la décèlent, transforme les hommes en rapaces, en bêtes féroces.
Je remercie les éditions Les Avrils pour la mise à disposition de la version numérique de #UnMarchéNoir en service de presse via #NetGalleyFrance
"Ainsi le marché noir peut être vécu comme un délit utile, collectif. Trafiquer, c'est résister toutes ensemble. Survivre prend soudain du sens."
Servane est prise dans le tourbillon de la seconde guerre mondiale. Vivant seule à Paris avec son beau-père et sa tante, elle se laisse embrigader dans un réseau de marché noir. Grâce à cette activité risquée la jeune fille s'épanouit malgré toutes les difficultés que ces années noires impliquent. Nous la suivons de septembre 1941 à Mai 1944 avant de découvrir l'envers du décor : la version du mercanti à la tête de ce réseau. A cette période plus qu'à tout autre moment, l'adage de rigueur est "s'adapter, c'est survivre"...
"Sa vie tient à un fil, à un geste, un mot suffirait à tout compromettre - la peur, quand ils la décèlent, transforme les hommes en rapaces, en bêtes féroces. C'est dans ces moments-là, brefs et décisifs, où il pourrait tout perdre, jusqu'à la vie, qu'il se surprend à réagir comme il le faut. Alors surgit le plaisir, brutal, enivrant, plus fort que tout ce qu'il a pu essayer d'autre."
Je me suis à nouveau laissée embarquer par Bérénice Pichat, presque par surprise et avec délice, à l'image de la jeune Servane, si candide et attendrissante. L'écriture est sublime ; la narration, surprenante, mêle les récits, lettres, témoignages, et poèmes en vers libres pour tendre le fil d'une intrigue subtile. Je salue la capacité de l'autrice à adapter son style à la personne qui parle ou celle sur qui se focalise la narration. Elle accorde le ton, le vocabulaire et la cadence au personnage mis en lumière, et quelle lumière !
"Longtemps, j'ai eu faim, faim de posséder, faim de briller, je brûlais d'exister autrement que comme un exécutant, je voulais ma part du gâteau, non, je voulais le gâteau en entier, pour pouvoir le revendre ensuite, au prix qu'il me plairait : l'Occupation m'a offert cette opportunité, au centuple."
Après son excellent "La Petite Bonne", Bérénice Pichat nous revient avec un roman sombre, humain et magnifiquement documenté sur le prix de la survie.
Dans Le Marché noir, une œuvre exigeante et mémorable qui brille par son honnêteté intellectuelle et littéraire, Bérénice Pichat nous plonge dans le Paris étouffant de 1943. Loin des récits d'action héroïques, l'auteure fait le choix d'explorer la vie matérielle des civils confrontés à la misère, la famine et la peur quotidienne. Le roman s'intéresse à cet angle souvent négligé de l'Histoire : celui de la lutte brutale pour la simple subsistance.
L'une des plus grandes réussites du livre réside dans la complexité de ses protagonistes. Bérénice Pichat interroge la frontière poreuse entre engagement résistant, profit personnel et instinct de survie. Elle dépeint des êtres pétris de contradictions sans jamais les juger ni les enfermer dans des cases, donnant avec pudeur et humanité une voix aux oubliés de l'Histoire.
Fidèle à la signature de l'auteure, le style est à la fois brut, percutant et immersif. Il installe une tension constante qui saisit le lecteur dès les premières pages. L'auteure allie avec brio une rigueur de documentation historique, notamment dans les détails du « système D » sous l'Occupation, et une grande finesse dans la psychologie de ses personnages.
En guidant ses protagonistes par le pur opportunisme ou la survie, le récit fait le choix du réalisme brut. Il peut toutefois s'avérer difficile d'éprouver de la sympathie ou de l'empathie pour certains d'entre eux, dont les choix demeurent profondément dérangeants.
La première moitié du roman prend le temps d'installer le quotidien et l'oppression progressive de la capitale. Cette immersion minutieuse se fait au détriment de l'action directe, au sein d'un univers sombre et particulièrement âpre. Si la chute conserve un véritable impact émotionnel, sa résolution très brutale pourra en déstabiliser plus d'un.
Après mon coup de coeur pour la petite bonne j'avais hâte de découvrir Un marché noir. Une histoire sombre, très sombre. 1941 Paris vit sous la botte allemande. Deux voix , Servane raconte dans un premier temps , Paul la relaye ... Servane a faim, le matin elle a faim, le midi aussi le soir c'est encore pire ...et puis elle rencontre Rosa ... et l'occasion fait le larron ... Que Servane est attachante! Comment ne pas l'absoudre d'avoir voulu juste un petit peu améliorer son ordinaire. Paul c'est autre chose . Je n'ai pas apprécié le personnage c'est le moins que je puisse dire ! Si j'ai retrouvé la très belle plume de Bérénice Pichat, noté et apprécié son immense travail de documentation historique, il m'a manqué le petit quelque chose qui fait toute la différence. Ma lecture s'est avérée plus poussive que prévue ... sans doute est-ce juste un coup de fatigue "canicule" Petite déception donc pour moi
Un grand merci aux éditions Les Avrils pour ce partage via Netgalley #BérénicePichat #NetGalleyFrance !
Deuxième roman de Bérénice Pichat et même plaisir de lecture.
Le récit se déroule à Paris, durant la Seconde Guerre mondiale. On suit deux personnages : Servane, une jeune femme tout juste sortie de l'adolescence et Paul, un homme qui pourrait être son père. Leurs histoires sont racontées l'une après l'autre, s'entremêlent et se complètent. On découvre leur vie durant les années 41 à 44, les choix faits et les conséquences de ces choix. Ce sont des personnages avec des failles et des défauts, ce qui les rend profondément humains (et crédibles).
J'aime beaucoup l'écriture de Bérénice Pichat, c'est une autrice qui me donne l'impression que chaque mot est à sa place. Il y a différentes modalités d'écriture : récit classique, retranscription d'interview et passages en vers libres. Chacune fonctionne, rien n'est artificiel.
Un roman en deux parties. Deux voix. Deux visions du monde. Bérénice Pichat nous plonge dans un Paris gris, sous l’occupation allemande, où le marché noir semble être une solution pour survivre aux restrictions dues à la guerre. L’autrice mêle lettres, poèmes et témoignages aux récits poignants de ces deux personnages. J’ai préféré la première partie avec Servane mais en tous cas elle a su me tenir jusqu’au bout, je l’ai lu tellement rapidement et bonus j’ai l’impression que je n’ai jamais lu sur ce sujet
J'ai beaucoup aimé ce roman, c'était super chouette la façon dont ça a été amené. Qu'il y ait ces deux parties c'était cool, hyper bien pour tout comprendre. C'était super. Si faut critiquer quelque chose c'est que le début était un peu long. Mais en même temps, normal, faut planter un décor assez heavy donc faut un peu de temps. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour tous ces persos qui ont du faire avec, jeûner un max parce qu'il y avait pas assez de nourriture et faire des choses la peur au ventre parce qu'il n'y avait pas le choix. C'était vraiment bien !
Le monde n'est ni totalement blanc, ni complètement noir. Entre les deux, une zone grise où les populations civiles tentent de survivre chacune à leur manière. L'autrice de "La Petite Bonne" se penche sur l'occupation allemande de Paris. Une jeune femme pleine d'idéaux qui tente d'intégrer un réseau de Résistants. Un homme à la tête d'une organisation de contrebande bien ficelée. Deux destins, deux visions du monde, et en toile de fonds, les affres de la Seconde Guerre Mondiale. Touchant.
En 1942, durant la 2nd Guerre Mondiale, la famine fait rage dans les villes. La jeune Servane l’endure avec difficulté, mais finit par trouver sa force dans des petits gestes de résistance, jusqu’à finalement se faire recruter par une ancienne connaissance pour se mettre à livrer des colis importants. Si elle se fait prendre, elle risque l’exécution. Paul, quant à lui, profite des temps difficiles pour s’ériger en roi du pétrole ; toujours fourré dans les bonnes affaires, il se débrouille toujours pour trouver ce qu’ils veulent à ses clients et à s’enrichir par la même occasion, il profite de chaque opportunité à son profit alors que les bombardements se rapprochent.
Ce roman est très bien écrit, la plume est soignée, la narration est originale et alterne entre poèmes, lettres, récits au passé en italique et narration plus classique. La 2nd Guerre Mondiale est présente en toile de fond mais vraiment en tant que contexte, c’est l’envie de résistance de Servane qui est importante et belle à voir ; la peur transparaît bien à travers les lignes, tout comme les horreurs de la guerre et notamment la famine engendrée. Ce délit qu’elle commet en étant porteuse la terrifie mais est également salvateur pour elle et lui permet de manger, elle donne un sens à sa survie. La première partie se concentre donc sur Servane et la deuxième sur Paul, même si leurs deux destins finissent par s’entrelacer. En effet, alors que Servane est persuadée d'agir pour la résistance en étant porteuse, elle travaille en vérité pour Paul et son marché noir. La fin m’a brisée le cœur !
« Il les roulera avec leur accord, leur vendra une fortune des produits qui, quelques mois plus tôt, ne valaient pas le dixième de ce qu’ils payeront. Il s’est félicité – bien conscient que, de toutes les marchandises qu’il peut proposer, c’est toujours lui-même qu’il vend le mieux. »
Un bon livre avec une histoire assez prenante et une fin qui laisse sans voix. Le récit interroge l’ambivalence qui peut habiter une personne durant une occupation. La jeune femme se veut être une résistante sans savoir qu’elle enrichi un homme qui profite de l’occupation allemande. Sans être ni résistant ni vraiment collabo ce récit montre la dualité qui peut habiter chacun de nous.
Quelle claque ! Bérénice Pichat signe un roman puissant, bouleversant et terriblement humain. J'ai été happée par cette histoire, par ses personnages et par cette tension qui ne nous lâche jamais. Une lecture qui m'a profondément émue, que j'ai dévorée et que j'ai immédiatement envie de recommander. Mon premier coup de coeur pour la rentrée littéraire.
Paris pendant l'Occupation, on suit 2 personnages. J'ai aimé l'ambiance dans laquelle nous plonge l'autrice, on suit ce marché noir se développer et les destins des personnages s'entrecroiser, jusqu'à la révélation. Petit plus pour les points de vues qui diffèrent selon les formes (lettres, vers libres etc), qui aèrent le récit et apportent de nouvelles informations.
J'ai tellement aimé que j'ai du mal à écrire un avis. J'ai aimé l'écriture de l'autrice, les personnages et leurs évolutions. Avec peu de mots l'autrice pose une ambiance complète et nous emporte dans son histoire. J'ai été surprise, touchée, horrifiée. L'alternance des points de vue apporte beaucoup. J'ai appris des choses sur la vie à Paris pendant l'occupation aussi.
Oui je le dis souvent mais wow Quel bonheur, cette plume m’a manqué. Un mélange de plusieurs type d’écriture qui rendent l’histoire et l’Histoire d’autant plus touchante. Il n’y a jamais que des gentils et des méchants, mais seulement des simagrées, des nuances de nuance. Qu’aurions-nous fait dans leur cas ?
Un très bon livre qui permet de voir la guerre sous d’autres angles. Le marché noir, pour s’en sortir et ne pas mourrir de faim, ou pour s’enrichir selon le côté duquel on se trouve. Un livre qui montre bien que rien n’est bon ou mauvais, blanc ou noir. Un livre sur la complexité de la survie et des relations humaines. A lire !
J’ai 180 pages et ce qui est sur ; c’est que le changement de pdv est destructeur. Autant on tente de comprendre la narratrice pendant les premiers temps du roman, autant l’a quittée c’est beaucoup trop brutale et trop pour moi.
J’ai vraiment bien aimé Un marché noir ! C’est une histoire dure forcément, avec tout le contexte de l’Occupation, mais j’ai beaucoup aimé suivre Servane et ses choix. C’était prenant, parfois triste, mais vraiment sympa à lire. Et puis cette fin… 🥲
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