Abla a six ans lorsqu'elle quitte le Liban avec sa famille pour s'établir au Québec. Le français, la religion catholique, la neige ne lui font pas peur ; elle est farouchement déterminée à ne pas rester en marge. Mais c'est grâce au théâtre qu'elle arrive enfin à prendre racine. Jusqu'à ce que, quatorze ans après leur arrivée, son père décide qu'il est temps de repartir… Dans ce récit par petites touches, l'auteure plonge dans son passé pour aller à la rencontre de celles qu'elle fut.
"J'avais trouvé ma niche, ma maison, ma terre, mon théâtre. Je venais d'un autre pays, oui, mais quand j'étais sur scène, j'étais de tous les pays. Ou du pays que je choisissais."
Née au Liban, Abla Farhoud immigre au Canada avec ses parents en 1951. Comédienne dès l'âge de 17 ans, elle joue principalement à la télévision de Radio-Canada. En 1965, elle retourne dans son pays d'origine et, en 1969, elle s'installe à Paris. Après des études en théâtre à l'Université de Vincennes, elle revient au Québec en 1973. Elle écrit sa première pièce, Quand j'étais grande, en 1982, lors d'un cours de maîtrise en théâtre à l'Université du Québec à Montréal. Auteure à temps plein depuis 1990, elle a écrit douze pièces de théâtre dont Les Filles du 5-10-15¢, Jeux de Patience et Les Rues de l'alligator. Elle est aussi l'auteure des romans Le Bonheur a la queue glissante (Les Éditions de l'Hexagone, 1998), Splendide Solitude (Les Éditions de l'Hexagone, 2001) et Le fou d'Omar (VLB éditeur, 2005). Les livres d'Abla Faroud ont été traduits en plusieurs langues et ses pièces ont été jouées autant au Canada qu'à l'étranger.
"Aucun de nous ne s'est brisé complètement. Mais à quel prix! Notre famille a survécu, comme tant de familles nombreuses de cette époque, migrantes ou pas. Dans ce sens, immigrer ou vivre, c'est du pareil au même : jamais personne n'en sort indemne. (...) Nos premières années migrantes ont fait de nous - mes frères, mes soeurs et moi - des compagnons d'armes, car personne n'est plus proche de soi que celui qui a vécu dans le même pétrin, qui a passé à travers les bombes en même temps, qui est resté debout malgré tout. Chacun devient la mémoire vivante des autres. Si certains sont plus gravement atteints ou plus amochés, la fratrie les soutient et se dit : ç'aurait pu être moi... l'obus aurait pu tomber sur moi..."
Un très bon roman qui n'est pas sans rappeler l'excellent Là où je me terre, de Caroline Dawson, l'une de mes lectures favorites de l'année 2021.
Toutes celles que j'étais raconte l'histoire de la petite Aablè (Abla) qui, à l'âge de six ans, quitte le Liban pour immigrer au Québec avec sa famille. Au fil des pages et du temps qui passe, l'héroïne s'acclimate à sa nouvelle vie et trouve rapidement sa place dans ce pays qui devient le sien. Sa passion pour la scène et le théâtre lui permet de s'exprimer, d'incarner des personnages qui lui font prendre conscience de ses identités multiples, de "toutes celles [qu'elle est]".
La plume d'Abla Farhoud est douce, fluide et franche, sans fioriture. Ses propos sur l'exil et l'immigration m'ont beaucoup touchée. Bref, Toutes celles que j'étais est un roman québécois que j'ai grandement apprécié et que je recommande sans hésitation.
[...] Nous avons tous cédé à son fantasme du retour (au Liban), bien que personne n'ait vraiment eu envie de faire le saut dans le vide, sauf ma sœur aînée. L'autre jour je lui ai demandé pourquoi. Elle a marmonné : n'oublie pas que c'est notre pays. Je sais que c'est notre pays, nous sommes nés là-bas, mais j'ai vécu trois fois plus longtemps ici (au Québec), est-ce que ça ne pourrait pas devenir mon pays (le Canada)? Elle a parlé de vraie mère et de mère adoptive. Je ne sais pourquoi, que ce soit en vrai ou pour la métaphore du pays, j'ai toujours pensé qu'une mère qui nous adopte quand on est jeune, qui nous élève, qui nous aime, c'est notre mère. Je suis vraiment coupée en deux. Déchirée."
Toutes celles que j’étais relate l’enfance d’une jeune Libanaise qui arrive au Québec vers l’âge de 5 ans et qui connaît le déchirement entre sa vie d’avant et son intégration à la culture québécoise. Farhoud nous parle de son enfance, de son désir de jouer au théâtre et de ses questionnements quant à sa famille, ses origines et les souffrances des siens. Abla Farhoud a écrit précédemment « Au grand soleil cachez vos filles », j’avais beaucoup aimé ce roman et j’ai tout aussi aimé celui-ci.
Je n’avais jamais lu Abla Farhoud et j’ai eu un coup de cœur littéraire absolu! L’histoire d’immigration de la petite Abla à 6 ans avec sa famille, sa passion pour le théâtre, la difficulté de grandir, de laisser son enfance et son nouveau pays, derrière soi. Je vais souvent repenser à cette petite fille qui danse dans un salon silencieux. J’ai hâte de découvrir le reste de son œuvre.
Écrit du point de vue d'une petite fille, ce livre est très intéressant. Sa passion pour le théâtre amenait une vision différente de l'enfance et de l'adolescence. Il y a quelques longueurs, mais c'est bien dans l'ensemble.
C'est un roman unique et artistique. La voix du récit, celle de la narratrice, raconte son vécu au moyen de courts chapitres et pousse le lecteur à vouloir en savoir plus. Vers la fin, les deux mondes auxquels elle s'identifie ne sont plus, et elle finit par ne plus avoir de monde du tout.