Une histoire dense et alerte, sur quatre générations, qui nous donne un aperçu de la dégradation de la société libanaise. La première scène, l'enlèvement de Simone, se situe en 1964. La dernière, en 1984.
À lire pour le contexte historique, mais au-delà pour la valeur universelle : relations sociales, construction d'une dynastie à travers grandeurs et mesquineries, transmission intergénérationnelle (et ses limites), conditionnement culturel (en l'occurrence, importance de l'appartenance religieuse dans la politique libanaise).
La prose de Majdalani est ample et captivante. Le récit se donne comme enquête menée par le narrateur, lié indirectement au personnage principal Chakib Khattar en tant qu'ami d'enfance de Michel, fils de Chakib, et de Hamid, amoureux de Simone. De loin en loin, cette construction permet la réflexivité du texte. Elle commence, d'ailleurs, avec les premières pages sur le mode de la prétérition ("Contrairement à ce que l'on raconta les jours suivants, Hamid Chahine n'entra pas ce matin-là... il n'emmena pas [Simone]..."). La réflexivité renforce la véridicité du roman et l'adhésion du lecteur, d'autant plus que le récit est jalonné de repères historiques (installation des Palestiniens, camp de Sabra et Chatila...).