Joakim Even cherchait un trésor légendaire aux abords de son île celte natale, à la place la mer lui a ramené une petite bouteille avec un message bizarre et un caillou coincé dedans. Un vulgaire morceau de granit… Mais quand les maisons du port se mettent à changer de couleur, quand les joueurs de cornemuse commencent à souffler du vent et que les clients du pub se retrouvent à danser au plafond, en bref quand tout ce qui touche à l’art prend vie et déborde, Joakim comprend vite que ce vulgaire morceau de granit est en fait bien plus que ça. Et que ce n’est pas un hasard si c’est à lui que la mer l’a ramené…
Extrait Kenan attrapa la poignée et ouvrit brutalement la porte. Le mouvement le déséquilibra un peu, il fit un pas en arrière. Le poing qui venait de s’arrêter de tambouriner resta en l’air une seconde. Il était pâle et osseux, émergeant d’une veste noire et ample que le souffle du vent faisait onduler comme l’étendard d’un bateau pirate. Kenan suivit des yeux la main blanchâtre en même temps qu’elle descendait lentement le long de ce corps tout fin comme une ficelle, puis il les releva jusqu’en haut, jusque tout en haut, là où se dressait un grand chapeau rond et sombre comme une éclipse. Soverinn Donn le fixait de ses yeux entièrement gris. Ses cheveux longs, morts comme les branches d’un arbre d’hiver, gouttaient contre son visage maigre et ridé. Il avait l’air tout imprégné de pluie, et sur lui l’eau ressemblait à de la poix visqueuse. Une seconde s’écoula dans le silence de la tempête. – Je sais ce que tu as fait, Soverinn !, lança enfin Kenan le plus fort possible. Et je sais pourquoi tu es là ! Il secoua la tête avec dégoût. – Tu es fou… Soverinn le considérait toujours de ses yeux vides. Avec les mouvements de sa large veste battue par le vent, il ne ressemblait qu’à une ombre de forme vaguement humaine. Les mots de Kenan restèrent un peu dans les airs, puis la voix enrouée de Soverinn dégoulina comme la pluie : – Si tu sais tout ça, Kenan Kalon, alors tu sais aussi que tu ne m’arrêteras pas… L’entendre parler, c’était comme entendre parler un caveau. Kenan eut l’impression qu’on venait de le plonger dans l’eau glacée. – Tu ne l’as pas encore trouvé !, rétorqua-t-il quand même en essayant de paraître sûr de lui. – Et qui va m’en empêcher ?, fit Soverinn de sa voix d’outre-tombe. Toi, peut-être ? – Peut-être pas, non… Mais sois-en sûr : il y aura quelqu’un pour le faire. Kenan avait dit ça avec une espèce de défi dans la voix. Soverinn laissa couler du temps entre eux deux. – Nous verrons bien, articula-t-il finalement. Kenan le fixa encore un instant à travers l’averse. Il avait fait ce qu’il pouvait, mais c’était fini. C’était bien fini… Alors il réunit toutes ses forces, et en poussant un hurlement désespéré qui fit s’envoler les goélands alentour, il souleva son tisonnier au-dessus de sa tête comme un glaive redoutable, et il se jeta sur lui…
Quelques semaines plus tard, Joakim Even trouvait l’une des deux bouteilles qu’il avait jetées à la mer ce jour-là, avec son message et son Granit dedans.
UbZ Ar C’Halvez is a fantasy author. He writes fantasy grounded in the real world, where the fantastical transforms everyday life and explores freedom, commitment, and the choice to live fully. You Are a Giant Who Lives on Your Knees, his debut novel, is written primarily for teenagers and young adults, while remaining accessible to older readers drawn to meaningful adventure stories. A native of Brittany, UbZ draws inspiration from a culture where legends, landscapes, and art are part of daily life—an influence that directly shapes the world of the novel.