# Propos général
Discours sur la pénitence, comme deuxième planche de salut pour le péché post-baptismal et comme condition préalable à l'admission au baptême du catéchumène païen. Il faut être ferme et ne plus pécher pour se faire baptiser, de crainte de retomber après ce baptême, auquel cas nous n'avons qu'une seconde et dernière chance dans la pénitence publique avec confession, jeûne et prières.
# Résumé détaillé
I. La notion de repentance est connu par nature. Mais si mal connu que les hommes se repentent fréquemment de leurs bonnes actions et non de leurs mauvaises, selon les conséquences plaisantes ou non qu'elles ont.
II. La pénitence est ce à quoi Dieu a donné l'exemple en regrettant de juger l'humanité, en appelant Israël et supportant son ingratitude. Elle prépare le cœur au baptême. La pénitence obtient le pardon des péchés.
III. Nous devons nous repentir des actions commises mais aussi des pensées et intentions mauvaises ainsi que du bien non pratiqué.
IV. La même voix qui nous condamne nous appelle à la vie par la repentance : "Pécheur semblable à moi, ou plutôt inférieur à moi, car je confesse ma supériorité dans le péché, saisis, embrasse la pénitence, comme un naufragé s'empare de la planche qui doit le sauver. Elle t'aidera à sortir des flots de la prévarication qui t'engloutissent, et te conduira dans le port de la divine miséricorde. Saisis l'occasion d'un bonheur inattendu, afin que celui qui tout à l'heure n'était devant Dieu «qu'une goutte d'eau, qu'un grain de sable, qu'un vase d'argile, devienne cet arbre qui est planté le long des eaux, qui se couvre de feuilles, qui porte des fruits dans son temps, et qui ne verra un jour ni le feu ni la hache. Repens-toi de tes erreurs, puisque tu as trouvé la vérité! Repens-toi d'avoir aimé ce que Dieu n'aime pas, puisque nous-mêmes nous ne permettons pas aux plus humbles de nos serviteurs d'aimer ce qui nous déplaît. La ressemblance des inclinations est en effet la garantie de l'obéissance."
Nous devons nous repentir avant tout parce que Dieu l'ordonne. "L'autorité du maître passe avant l'utilité du serviteur." Mais nous avons une raison supplémentaire, c'est que Dieu étant bon, il nous ordonne ce qui est bon pour nous : "Bienheureux, certes, que Dieu jure pour l'amour de nous !"
V. On ne peut se repentir qu'une fois : ensuite, il ne faut plus pécher. "En effet, je déclare qu'une fois connue et embrassée par nous, cette pénitence qui, nous ayant été montrée et ordonnée par la miséricorde de Dieu, nous rétablit dans son amitié, ne peut plus désormais être brisée par la réitération du péché. Dès-lors tu ne peux plus prétexter l'ignorance quand, après avoir une fois connu le Seigneur et embrassé ses préceptes, après avoir expié tes fautes par la pénitence, tu retournes au péché. Ainsi, plus tu échappes à l'ignorance, plus tu restes enlacé dans l'accusation de révolte. Car si tu avais commencé de te repentir parce que tu avais commencé de craindre le Seigneur, pourquoi interrompre ce que tu as entrepris par le motif de la crainte, sinon parce que tu as cessé de craindre ?"
"Il semble en effet que le transfuge ait établi une comparaison, puisqu'il connaissait l'un et l'autre, et qu'il ait décidé, après mûr examen, que celui-là est le meilleur auquel il a préféré appartenir une seconde fois. Ainsi, celui qui avait commencé de satisfaire à Dieu par la pénitence de ses péchés, satisfera au démon par une pénitence contraire, et deviendra par conséquent aussi odieux au Seigneur qu'agréable à son ennemi."
Tertullien désigne ses ennemis : il s'agit de ceux qui prétendent qu'il suffit de croire et qu'aucune repentance n'est exigé pour le salut. Dieu n'exigerai qu'une foi morte. Ce sont les hypocrites qui tiennent un tel discours : "Mais, disent quelques-uns, Dieu se contente de l'hommage du cœur et de l'esprit, sans avoir besoin de l'acte extérieur. Nous péchons donc sans perdre ni la crainte ni la foi. Qu'est-ce à dire? Vous profanez le mariage en gardant la chasteté; vous administrez le poison à votre père, en gardant la piété filiale. Eh bien! puisque vous péchez sans cesser de craindre, vous serez précipités dans l'enfer sans perdre le pardon. Quel renversement d'idées! Ils pèchent parce qu'ils craignent; ils ne pécheraient pas, j'imagine, s'ils ne craignaient pas. Ainsi, quiconque ne voudra point offenser Dieu se dispensera de le vénérer, puisque la crainte est une autorité pour l'offenser. Mais de tels esprits germent ordinairement de la semence des hypocrites qu'une amitié inviolable unit au démon, et dont la pénitence n'est jamais sincère."
VI. Tertullien répond donc à ces hypocrites, mais s'adresse aussi aux néophytes et catéchumènes. Ceux-ci, croyant que leurs péchés leur seront remis dans le baptême, en viennent à profiter du temps qui leur reste avant celui-ci non pas pour s'y préparer par la pénitence mais pour pécher, puisque cela leur sera remis. Or, dit Tertullien, le pardon s'obtient en échange de la pénitence. Et tout comme le vendeur examine si la pièce avec lequel on le paye est véritable, de même le Seigneur n'accepte qu'une sincère repentance.
Ce n'est pas que le baptême soit sans effet, c'est qu'il faut le prendre avec sincérité : "Je suis loin de contester à ceux qui vont descendre dans l'eau l'efficacité du bienfait divin, en d'autres termes, le pardon de leurs péchés ; mais, pour avoir le bonheur d'y parvenir, il faut des efforts."
Certains tombent après leur baptême, mais ce sont ceux qui ont bâti sur le sable.
Toutefois, ne nous abusons pas en pensant qu'entre le temps où nous avons la connaissance de la vérité et le baptême, nous ne sommes pas aussi contraint à la pénitence : il n'y a pas un Christ pour les auditeurs et un autre pour les baptisés. "Le bain régénérateur est le sceau de la foi; cette foi commence et se recommande par la sincérité de la pénitence. Nous ne sommes pas lavés pour que nous cessions de pécher, mais parce que nous avons cessé, et que nous sommes déjà lavés au fond du cœur. Voilà le premier baptême, de l'Auditeur: une crainte entière ; puis, du moment qu'on s'approche du Seigneur, une foi pure et une conscience qui a embrassé une bonne fois la pénitence. D'ailleurs, si nous ne cessons de pécher qu'au sortir de l'eau baptismale, c'est par nécessité et non par choix que nous revêtons l'innocence."
Ainsi, Tertullien distingue la conversion (premier baptême de l'auditeur) et le baptême d'eau sans refuser pourtant au dernier la vertu de pardonner et de régénérer (reste à savoir ce qu'il entend par là). Quoi qu'il en soit, son propos principal est de dire que nous sommes admis au baptême dès lors que nous ne péchons plus et non pas afin que nous ne péchions plus.
Ainsi, Tertullien préconise aux convertis de repousser le baptême jusqu'au moment où ils auront fait assez d'efforts pour ne plus pécher, afin de ne pas pécher après le baptême, ce qui serait une faute sans retour : "Les Auditeurs doivent donc désirer le baptême, mais non le précipiter. Qui le désire l'honore ; qui le précipite n'est qu'un orgueilleux. Dans le premier, c'est respect, dans le second, irrévérence ; celui-ci s'impose des efforts, celui-là se livre à la négligence ; celui-ci aspire à mériter, celui-là réclame l'acquittement d'une dette ; celui-ci reçoit, celui-là envahit."
VII. S'adresse à Dieu pour qu'ils fassent comprendre aux catéchumènes que même eux ne doivent pas pécher.
Tertullien rechigne à accorder qu'on puisse pécher et se repentir une seconde fois, de crainte qu'en disant cela on soit moins vigilant à ne pas pécher : "Il me répugne de mentionner ici la seconde, ou, pour mieux dire, la dernière espérance, de peur qu'en traitant de la ressource du repentir, je ne semble ouvrir une carrière au péché."
Dieu a été vigilant de ne pas ouvrir une possibilité de pécher à nouveau : "Dieu donc, prévoyant tous ces stratagèmes, après avoir fermé, il est vrai, la porte du pardon, en fermant la porte du baptême, a ouvert au pécheur un dernier refuge; il a placé à l'entrée du vestibule la seconde pénitence, afin qu'elle s'ouvre à ceux qui frappent, mais pour une fois seulement, parce que c'est déjà la seconde; mais davantage, jamais, parce que la précédente a été vaine. Peux-tu dire, en effet, qu'une fois ne suffise pas? Tu recueilles ce que tu méritais, puisque tu as perdu ce que tu avais reçu. Si l'indulgence de Dieu te rend ce que tu avais perdu, sois au moins reconnaissant d'un bienfait répété, ou, pour mieux dire, d'un bienfait plus grand, car rendre c'est plus que donner; parce qu'il est plus malheureux pour l'homme d'avoir perdu que de n'avoir jamais rien obtenu. Toutefois, ne va point te laisser abattre par le désespoir, parce que tu te trouves le débiteur de la seconde pénitence. Rougis d'avoir péché une seconde fois, mais ne rougis pas de te repentir; rougis d'avoir succombé une seconde fois, mais non de te relever de nouveau. Point de fausse honte: à de nouvelles blessures il faut de nouveaux remèdes. Le moyen de témoigner ta reconnaissance au Seigneur, c'est de ne pas rejeter le don qu'il t'offre. Tu l'as offensé, oui, sans doute; mais tu peux te réconcilier avec lui. Tu sais à qui il faut satisfaire, et qui est prêt à recevoir ta satisfaction."
Tertullien accorde donc, comme une bonté étonnante, la possibilité de se repentir une seconde fois, mais pas une troisième ! Ici, il est proche des considérations du *Pasteur d'Hermas*.
VIII. Les reproches et appels aux Églises de l'Apocalypse sont la preuve qu'une deuxième repentance est possible. Les paraboles du Christ aussi nous enseignent qu'un fils, qu'une brebis, peut se perdre un temps.
"Tu es son fils: tu as beau avoir dissipé ce que tu as reçu de lui, tu as beau revenir pauvre et nu, il te recevra, par là même que tu es revenu à lui. Que dis-je? ton retour lui donnera plus de joie que toute la fidélité des autres; mais à quelle condition? Si tu te repens du fond de l'ame; si tu compares ta faim avec l'abondance des serviteurs de ton père; si tu abandonnes les pourceaux, troupe immonde; si tu retournes vers ton père, quelque courroucé qu'il soit; si tu lui dis: « Mon père, j'ai péché; je ne mérite plus d'être appelé votre fils! » On se soulage du poids de ses péchés en les confessant, autant qu'on les aggrave en les dissimulant. La confession est un commencement de satisfaction; la dissimulation un acte de révolte."
IX. La deuxième pénitence nécessite plus d'efforts et prend la forme extérieure d'un deuil : "Plus cette seconde et dernière pénitence est nécessaire, plus la preuve en doit être laborieuse, de sorte qu'elle ne réside pas seulement au fond de la conscience, mais qu'il lui faut encore quelque manifestation extérieure. Cet acte, que nous nommons le plus ordinairement par un mot grec, c'est l'_exomologèse,_ en vertu de laquelle nous confessons au Seigneur notre péché, non pas qu'il l'ignore, mais parce que la confession dispose à la satisfaction, que la pénitence naît de la confession, et que la pénitence apaise la colère de Dieu. L'exomologèse est donc un exercice qui a pour but d'humilier l'homme et de l'anéantir, en lui imposant une conduite qui attire la miséricorde, en réglant son extérieur et sa table, en le courbant sous le sac et la cendre, en lui apprenant à couvrir son corps de poussière et à plonger son ame dans la douleur, et convertissant en moyens de pénitence tout ce qui fut l'instrument du péché."
Il faut gagner le pardon par sa pénitence : "D'ailleurs elle ne connaît du boire et du manger que ce qu'il faut pour soutenir la vie et non pour flatter le ventre; elle nourrit la prière par le jeûne; elle gémit, elle pleure, elle crie et le jour et la nuit au Seigneur son Dieu; elle se roule aux pieds des prêtres, elle s'agenouille devant ceux qui sont chers à Dieu; elle sollicite les prières de tous les frères, afin qu'ils soient ses mandataires auprès de Dieu. Voilà ce que fait l'exomologèse pour donner plus de prix à la pénitence, pour honorer le Seigneur par la crainte du péril, pour que, prononçant elle-même contre le pécheur, elle se substitue à l'indignation divine, enfin pour éviter, que dis-je? pour acquitter la dette des supplices éternels par les afflictions qu'elle s'impose dans le temps. Ainsi, en abattant l'homme, elle le relève; en le souillant de poussière, elle le purifie; en l'accusant, elle le justifie; en le condamnant, elle l'absout. Crois-moi, moins tu te pardonneras à toi-même, plus Dieu te pardonnera."
Mais Tertullien, si de nous a péché, nous avons auprès du Père un avocat…
X. Plusieurs reculent devant cette honte d'une pénitence publique.
Mais il faut savoir que l'Eglise ne se moque pas des repentants : "Pourquoi fuis-tu ceux qui tombent comme toi, comme s'ils devaient applaudir à ta chute? Le corps ne peut se réjouir des douleurs d'un de ses membres: loin de là, il faut qu'il souffre tout entier, et que tout entier il concoure à la guérison. L'Eglise est dans deux ou trois fidèles; mais l'Eglise c'est Jésus-Christ. Ainsi, quand tu fléchis les genoux devant tes frères, c'est le Christ que tu touches, le Christ que tu implores. De même, quand ils répandent des larmes sur toi, c'est encore le Christ qui souffre, le Christ qui invoque son Père. Ce qu'un fils demande il l'obtient facilement."
Oui, cela fait mal, comme les plaies que cause un médecin.
XI. Certains rechignaient à la mortification de leur corps :
"Mais que dire si la mauvaise honte leur paraît encore préférable à la mortification corporelle? Quoi donc, s'écrient-ils, renoncer au bain, porter des vêtements souillés; s'interdire toute joie; vivre dans la rudesse du sac, sur le dégoût de la cendre, dans les flétrissures d'un visage amaigri par le jeune! Est-ce donc sous la pourpre de Tyr qu'il convient de pleurer nos péchés ?"
XII. Nous devrions plus craindre l'enfer éternel que la honte temporaire de la pénitence : "L'exomologèse te fait peur; pense aux flammes de l'enfer que l'exomologèse éteindra pour toi; réfléchis d'abord à la grandeur du châtiment, pour ne plus hésiter à l'adoption de ce remède. Quelle idée devons-nous nous faire de la profondeur de ce feu éternel, lorsque quelques-uns de ses soupiraux lancent de tels tourbillons de flamme qu'ils engloutissent les villes voisines, ou menacent prochainement celles qui sont encore debout? Les plus hautes montagnes sont déchirées par l'enfantement de ce feu intérieur; et ce qui nous prouve l'éternité du jugement, c'est que ces montagnes, toutes déchirées, toutes dévorées qu'elles sont par les flammes, n'en subsistent pas moins."
Exemple de la pénitence de 7 ans de Nébucadnetsar et de l'absence de pénitence de Pharaon. Dernier appel à embrasser les deux planches de salut : le baptême et la repentance.
# Remarques
1) Sur la théologie naturelle, nous pouvons connaître par nature ce qu'est la repentance : " Les hommes, privés de la lumière du Seigneur, comme nous l'étions nous-mêmes autrefois, connaissent, d'après les seules lumières de la nature, la pénitence, qu'ils définissent un certain mouvement de l'ame que suscite le regret d'une action précédente." (I.) Cela ne signifie pas, signale Tertullien, que les hommes se repentent des mauvaises choses ni qu'ils ne regrettent jamais leurs bonnes actions. Lewis dit pareillement que la foi chrétienne n'est pas la promulgation d'une découverte morale mais appelle à la repentance des personnes qui ont brisé un code moral qu'ils connaissent déjà. Voir aussi remarque 1 dans [[20211202183603]] TERTULLIEN - De la résurrection de la chair.
2) Sur la gravité des péchés, en corps comme en pensée : "Ainsi, que personne ne s'autorise de la diversité des substances pour établir qu'un péché est plus léger ou plus grave qu'un autre. La chair et l'esprit appartiennent au même Dieu; l'une fut pétrie par sa main, l'autre créé par son souffle. Puisqu'ils appartiennent également au Seigneur, quelle que soit la substance qui pèche, elle offense également le Seigneur." et plus loin au même chapitre "On nomme les péchés, les uns corporels, les autres spirituels, parce que tout péché se commet par action ou par pensée. Pour qu'il soit corporel, il faut qu'il y ait eu action, parce que le fait peut être vu et touché à la manière d'un corps. Le péché spirituel, c'est celui qui réside dans l'esprit, parce qu'un esprit ne peut ni être vu, ni être saisi. Il est démontré par là qu'il faut éviter et purifier par la pénitence, non-seulement les actions criminelles, mais encore les prévarications de la volonté. Si, en effet, la faiblesse de l'homme ne juge que le fait extérieur, parce qu'elle ne peut descendre dans les ténèbres de la volonté, nous ne devons pas en conclure que nous pouvons, sous l'œil de Dieu, nous endormir sur les crimes de la volonté. Dieu suffit à tout; rien de ce qui peut l'offenser n'est éloigné de sa présence. Puisqu'il connaît tout, il en tient nécessairement compte pour prononcer son jugement; il ne peut ni dissimuler ni mentir à sa propre science." (III.)
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