Jérôme Colin, connu pour "Entrez sans frapper" et "Hep Taxi" s'essaie ici à l'écriture et ça lui réussit plutôt bien. Dans cette histoire qui transpire la Belgique, on suit les tribulations du héros, écorché de la vie, en proie à une pléiade de questionnements. Seul ombre au tableau : c'est malheureusement trop triste et fataliste. Heureusement, notre chauffeur de taxi est un personnage attachant, pétri de cynisme en plus d'une hypocondrie exacerbée et d'un humour désopilant. Jérôme Colin n'hésite pas à user d'un vocabulaire parfois très cru, variant à merveille les registres langagiers. En somme, une jolie balade durant laquelle on évitera, certes, les péages mais pas les désillusions. Un roman qui plaira aux torturés, à ces anticonformistes qui n'ont pas réussi à trouver leur juste place, à ceux qui exècrent les conventions, les existences normées. Il est cependant si dommage d'envisager la vie sous un angle à ce point résigné. Sur ce, je m'en retourne vaquer à de plus joyeuses occupations, consciente que c'est finalement nous qui donnons du sens à nos destins et choisissons le prisme à travers lequel appréhender notre existence car, oui, le bonheur se saisit, se choisit, se construit.
"Il y a des gestes qui donnent un peu de sens à l'absurde. Il en va des cimetières comme des boîtes à souvenirs cachées dans le fond d'une armoire : ils résument nos vies. Adolescent, on recueille les photos, les lettres, les objets fétiches que l'on range dans notre petite boîte et qui suffiront par leur addition à nous résumer, une fois arrivés à l'âge adulte. Plus tard, en vieillissant, ce sont les cimetières qui prennent la relève."