La crise, qui n'est pas seulement économique et financière, a mis à nu ces mécanismes pervers qui régissent aujourd'hui le fonctionnement de la Cité. S'il faut s'empresser de les révéler, c'est parce qu'il est fort possible que bientôt, en attendant une nouvelle crise de plus grande ampleur encore, tout redevienne comme avant. Entre-temps, nous aurons mesuré l'ampleur des dégâts. Nous vivons dans un univers qui a fait de l'égoïsme, de l'intérêt personnel, du self love, son principe premier. Ce principe commande désormais tous les comportements, ceux de l'"hyperbourgeoisie" ou des bandes de jeunes délinquants comme ceux des classes intermédiaires. Destructeur de l'être-ensemble et de l'être-soi, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse. Pornographie, égotisme, contestation de toute loi, acceptation du darwinisme social, instrumentalisation de l'autre : notre monde est devenu sadien. Il célèbre désormais l'alliance d'Adam Smith et du marquis de Sade. À l'ancien ordre moral qui commandait à chacun de réprimer ses pulsions, s'est substitué un nouvel ordre incitant à les exhiber, quelles qu'en soient les conséquences. Revisitant l'histoire de la pensée, jusqu'à saint Augustin et Pascal, Dany-Robert Dufour éclaire notre parcours. Afin de mieux savoir comment sortir de ce nouveau piège (a)moral.
Dany-Robert Dufour is a French philosopher, professor of educational sciences at the university Paris-VIII. He teaches regularly abroad, particularly in Latin America. His main focus is symbolic processes (specially désymbolisation) with relevance to language philosophy, political philosophy and psychoanalysis. He is a frequent participant in cooperative artistic activities with music, literature or theatre. In his books a large portion is dedicated to neoteny and the human physical inability of becoming "full-grown". This has forced humans to invent culture.
Quelle déception! Ça commençait pourtant plutôt bien, avec une théorie que j'ai trouvée plutôt convaincante sur les origines possibles du libéralisme, passant par Pascal, Sade, entre autres, avant d'arriver, bien sûr, à Adam Smith. Et puis arrive le 20ème siècle, toute une partie très théorico-psychologique qui m'a plutôt larguée. Et puis arrive la période actuelle, et là, je dis non. Rapprocher les transsexuels, les homosexuels à la perversion du libéralisme: non. Comparer un trou du cul au trou du con: non. Parler de l'art contemporain: pourquoi pas? Mais ça concerne quel pourcentage de la population? Mettre dans le même panier la pornographie générale de la société aux comportements sexuels individuels dans le privé de la chambre à coucher: non. Résumer un comportement sexuel pervers ou non pervers à son (absence d') objectif de reproduction, j'ai envie de dire, wtf. Ça commence sérieusement à sentir le patriarcat blanc de merde. 2 étoiles parce que je suis sympa et que la première partie historique était intéressante.
On est parfois agacé de la tendance qu'ont certains membres du milieu académique anglo-saxon (et particulièrement américain) de décrire les traditions philosophiques européennes (qu'ils qualifient parfois de "continentales"; on n'ose leur avouer que l'Amérique est considérée depuis un certain temps comme un continent à part entière) comme obsolètes et peu au courant des évolutions scientifiques, économiques, sociétales, etc. des cent dernières années. Force est pourtant de constater que certains intellectuels français leur donnent raison.
Une analyse parfois intéressante (et certainement historiquement éclairante) de certaines racines du libéralisme dans le jansénisme, le puritanisme et le jésuitisme est ici sandwichée entre deux tranches de merde dilettante dignes d'un éditorial du Figaro. Si Dufour confesse parfois son ignorance dans un domaine, ce n'est que pour mieux utiliser cette faible prétérition comme tremplin vers des développements fumeux sur des sujets auxquels il ne connaît rien--les drogues, la musique électronique, l'art moderne, le transgenre, la finance de marchés, la politique, l'homosexualité... Après d'incessantes rengaines sur le mode "je-ne-juge-pas-je-décris", Dufour décrit fort mal et juge beaucoup. Le cogitus interruptus si bien décrit par Eco dans l'un des articles de La Guerre du faux règne ici en maître, Sade servant à grand renfort de psychanalyse foireuse de fil conducteur.
En fin de compte, on soupçonne hélas que la seule partie raisonnablement documentée et argumentée du livre est largement pompée sur certains ouvrages de références cités, et les banalités offensantes sur la société contemporaine, de la main de l'auteur.
Essai souvent passionnant mais l’auteur vrille parfois méchamment du côté « boomer grosse-tête j’ai un avis sur tout » et tombe dans la facilité. Surtout la dernière partie.