Ce livre à la fois novateur, riche et subtil est le premier à s'attacher à l'intimité des lesbiennes en s'appuyant sur des récits de vie aussi bien hétérosexuels que lesbiens. Il décrit les trois parcours qui mènent à la construction de soi comme lesbienne et s'intéresse au coming out, nous apprenant notamment que la mise en couple est une manière privilégiée de se dire et de se révéler socialement lesbienne. Les modalités de la rencontre et les manières d'être en couple forment donc le coeur de cet ouvrage qui tire aussi bien son originalité de l'analyse des "scripts sexuels" des lesbiennes et qui comporte un très utile petit glossaire du vocabulaire lesbien. Si le plaisir et le désir ne se déclinent pas de la même façon chez les lesbiennes et chez les hétérosexuelles, reste une norme commune à toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, et que ce livre met enfin en valeur : la place donnée à l'autre.
C'était une lecture intéressante, ne serait-ce que parce qu'elle permet de mettre en valeur l'existence du lesbianisme et des femmes lesbiennes.
L'essai se concentre fortement sur la question de l'autonomination en tant que lesbienne, mieux vaut en avoir conscience pour ne pas en attendre autre chose. Pourquoi se dit-on lesbienne, dans quel cadre ? Comment se présente-t-on comme lesbienne (spoiler alert : ça passe beaucoup par le fait d'être en couple) ? Comment exprime-t-on son lesbianisme dans les scripts sexuels ? Pour répondre à ces questions, l'autrice a mené des enquêtes riches et intenses auprès de femmes lesbiennes, dont elle n'hésite pas à retranscrire les extraits d'entretiens. C'est un point que j'ai particulièrement aimé. Loin d'être purement théorique, cet essai rend compte de réalités, les souligne et les met en avant. Il s'agit de montrer les choses autant que de les expliquer. Ça permet selon moi de développer l'autre point fort de l'ouvrage : montrer que le lesbianisme n'est pas une catégorie d'orientation sexuelle figée, que l'orientation sexuelle de manière générale est quelque chose qui peut évoluer toute la vie, que l'on peut se découvrir ou devenir lesbienne. J'ai apprécié aussi les liens qui sont faits entre orientation sexuelle et genre (entendu dans un sens plus subtil que notre définition actuelle).
Cependant, il y a aussi des limites suffisamment importantes pour être mentionnées. D'une part, il n'est pas fait mention de lesbianisme politique. C'est pourtant quelque chose qui existait déjà quand l'enquête a été réalisée, mais ça transparaît à peine dans les propos des enquêtées et ça n'est pas analysé par l'autrice. On se demande comment les lesbiennes se définissent comme telles, pas pourquoi elles le font. Pourtant, c'est souvent une question centrale dans l'identité lesbienne. D'autre part, je n'ai pas bien compris l'intérêt de la dernière partie (et plus longue de toutes) sur les scénarios de la sexualité lesbienne. C'était intéressant de découvrir le concept de script sexuel, mais cette dernière partie semble un peu à part, en décalé du sujet jusque-là central, et je n'ai pas réussi à la rattacher à la question de la nomination. Et puis, sous prétexte d'offrir une comparaison, on y évoque autant la sexualité des femmes hétérosexuelles que des lesbiennes, ce qui nous éloigne encore un peu plus du sujet.
En résumé, il y a de bons éléments pour aborder le lesbianisme, bien que déjà un peu datés peut-être, et qui doivent être complétés par des lectures plus politiques.
Malheureusement très peu clair, rarement bien argumenté et assez verbeux. J'aurais apprécié davantage de nuance dans certaines parties, particulièrement la dernière, à propos de sexualité. Surtout, daté : les choses ont largement évolué depuis.
Je m’attendais peut-être à autre chose en ouvrant ce livre avec quelque chose de plus intime et sur le pourquoi du comment on aime les femmes, et à quel point c’est extraordinaire. Mais je pense que cela vient aussi du fait qu’il a été écrit en 2010 et repose sur des notions stéréotypées entre « butch » et « fem », tout en ayant déjà des approches déconstruites sur le genre et la monogamie. Le discours tourne beaucoup autour de la sexualité et du couple en tant que tels sans pour autant représenter toute la culture associée. Et malheureusement, Les témoignages étaient retranscrits tels quel et le langage oral n’est pas très agréable à lire.
Les chapitres sur les modalités du couple et sur les pratiques sexuelles sont relativement bizarres et hors propos et aussi pourquoi interroger des hétéros pour une recherche sur les vécus lesbiens ??? Je me doute que c'est pour pouvoir comparer et établir (ou pas) des spécificités mais c'est quand même très étrange
Time for la review la plus longue du monde mdr (mais en vrai je trouve que c'est important)
Ce livre est intéressant, c’est sûr, mais je trouve qu’il a vieilli assez vite. La dichotomie butch/fem est très bancale et ne correspond pas *du tout* à la réalité des lesbiennes. Je la trouve d’ailleurs très essentialiste, avec même un point de vue très butch=homme qui n’est absolument pas pertinent quand on parle de relations lesbiennes: si je tombe amoureux.se d’une butch (ou d’une personne masc) c’est parce qu’elle est une femme/personne non binaire, pas parce qu’elle ‘ressemble à un homme’. Effectivement la plupart des femmes interrogées elles ont entre 30 et 50 ans (il y a 10 ans) donc effectivement c’est pas la même génération et pas les mêmes revendications politiques, mais j’aurais bien aimé avoir un peu plus de profondeur dans ce débat qui quand même pousse à hétérosexualiser presque de force les relations lesbiennes. NON c’est pas un couple hétéro parce que l’une est fem et l’autre est butch. Ca reste un couple WLW. En plus en terme de féminisme je trouve ça vraiment nul d’associer des lesbiennes masc (donc qui sont, souvent, soit des femmes soit des personnes GNC donc *rien à voir* avec un mec cis sociabilisé en tant que tel) comme étant des mecs, parce que déjà c’est essentialiste mais c’est aussi surtout giga binaire. Les meufs masc et butch restent des meufs, et surtout en féminisme lesbienne je trouve ça vraiment dangereux de faire si peu la distinction lesbienne =/= homme. Parce que les meufs butch ont un vécu de meuf (encore une fois c’est trop cis-centré pour moi mais passons). Au passage ç’aurait d’ailleurs été intéressant (et pertinent) d’évoquer les meufs trans lesbiennes qui n’ont que trop peu de représentations.
Par rapport à la dichotomie butch/fem perso ça m’a aussi rappelé la théorie de theateum mundi de Shakespeare (attention on ressort les cours sur Shakespeare mdr): Accepter de se soustraire aux idéaux de fémininité c’est d’abord et avant tout refuser de rester dans ‘la masse’, mais aussi se soustraire à la manière dont on a été élevé.es. Perso je me souviens avoir mis des robes, mais c’était surtout pour montrer que “moi aussi j’étais une meuf” et que “comme ça les garçons s’interesseraient à moi” mais ça a jamais été quelque chose que j’ai fait *pour moi*. Accepter être lesbienne, mais aussi être plus masc (ou du moins, androgyne) dans mon expression de genre, ça a été une délivrance dans le sens ou je me suis libéré.e de ce carcan de ‘c’est comme ça que tu dois t’habiller si tu veux trouver un copain/un mari’. Me présenter de manière plus masc, c’était une délivrance de ce regard de désir que certains mecs me lançaient. Me présenter de manière plus masc, c’était pouvoir me présenter en tant que moi même, une lesbienne non binaire potentiellement transmasc, et pas de manière féminine et forcée. Parce que être féminine c’est toujours quelque chose que j’ai associé au spectacle, comme un costume, pas comme de réels vêtements. Je sais pas si c’est quelque chose d’interessant ni même pertinent mais quand les butch étaient évoquées j’ai juste eu un souvenir sur le cours sur Shakespeare.
Autant le reste du livre traitait de sujets vraiment pertinents, autant la partie sur la sexualité est vraiment dépassée, du moins de mon point de vue (lesbienne non binaire de 20 ans et très de gauche): en vrai je trouve ça complètement con d’hétérosexualiser les relations sexuelles lesbiennes sous les noms de ‘butch’ et ‘fem’ parce que déjà je trouve pas ça pertinent, mais en plus butch =/= top (qqn qui donne le plaisir) ni dom. Et pareil, fem =/= bottom =/= sub. Et ‘pilote princesse’ (je savais pas qu’il y avait un équivalent français au terme pillow princess mais passons) c’est pas le troisième genre de la triforce mdr. Je trouve ça vraiment dommage d’avoir essentialisé les meufs butch comme étant masculines mais aussi dominantes mais aussi top, alors que la réalité est bien plus complexe. En vrai (je vais pas nier qu’il y a eu des évolutions dans le monde queer et notamment lesbienne depuis 2010) je trouve qu’au final, alors que les 4 autres parties étaient assez intéressantes si on oublie la détermination du couple butch/fem comme la seule représentation nommée de ce travail sur le lesbianisme relationnel, au final j’ai l’impression qu’on reste sur des clichés et des stéréotypes envers les lesbiennes ce que je trouve vraiment dommage. La partie sur la sexualité c’était un peu *le* chapitre qui m’a soulé et qui m’a pas fait me sentir représenté.e en tant que lesbienne, ni moi ni mes potes en relations lesbiennes.