Dans cette fresque geôlière, Verlaine se fait chroniqueur de son propre quotidien d'infortune. Le néo-parnassien laisse place à l'aède hirsute et dissolu, bien plus rimbaldien que son éromène: "tôt assouvi, d'amour et de liberté (la bonne, qui est l'indépendance) et qui sait? De cet esprit, vraisemblable, d'aventure, qui trop débridé, m'aura jeté casse-cou d'un peu tous les genres!" (p. 10)
Une succession de séquences de captivité où la claustration donne lieu au tourbillon des humeurs: frustration, négation de soi, conversion et effervescence. La créativité du poète reste elle toujours indemne.
Un témoignage cocasse enrichissant entre autre, notre perception du personnage de Rimbaud; "je le signalais à Rimbaud qui se mit à rire, comme ça lui arrivait souvent, à la muette, en sourdine" (p. 20), où l'on s'amuse également à maintes reprises du sarcasme d'un Verlaine scrutant la Belgique et ses habitants: "Et c'était comique d'entendre, en français cet accent par trop belge que vous avait ce jeune, à peine sorti de quelque Louvain ou de quelque Gand ou de quelque université du cru" (p. 45)
Le récit de la conversion du poète dans la prison de Mons fait également sourire – une conversion de pacotille – à mille lieues des repentirs d'un Wilde à Reading. Verlaine relate d'une conversion de circonstance – un besoin inhérent de parler de soi; l'absolution divine comme amour substitutif palliant l'absence, édulcorant l'isolement.
Dans ces mémoires éhontées d'un "Don Quichotte, plus bête encore", d'un Diogène looser, s'exhibe le vaurien faible et tendre, attachant à souhait.