Élève de l'École normale supérieure Ulm (1961-1966)
Agrégation de philosophie (1965)
Doctorat d'État en philosophie à l'Université Paris I) (1975)
Assistant, puis maître-assistant, à la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris, puis à l'Université Paris I (1966-1971)
Attaché de recherche, puis chargé de recherches au CNRS (1971-1975)
Maître-assistant, puis maître de conférences, puis professeur à l'Université Paris I (1975-1979)
Professeur extraordinaire, puis ordinaire, au département de philosophie de l'université de Genève, chargé de l'enseignement de la philosophie analytique (1979-1983)
Professeur à l'Université Paris I et professeur associé à l'université de Genève (1983-1992)
Directeur de l'Unité de Recherches associée au CNRS, UA 1079 (Histoire et Philosophie des Sciences) (1985-1988)
Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là, c'est-à-dire à un stade où le droit de critiquer, et cela veut dire le droit de critiquer tout le monde, y compris les personnages les plus célèbres, les plus influents ou les plus médiatiques, a cessé d'être considéré comme une chose qui devrait aller de soi et où la critique se trouve identifiée à peu près automatiquement à une sorte d'abus de pouvoir ?
Ce livre renferme un ensemble de commentaires et de réflexions suites à "l'Affaire Sokal", lors de laquelle un physicien facétieux avait réussi à faire publier dans une revue scientifique un pastiche de pensée post-moderne en abusant de manière extravagante de références à des notions mathématiques mal comprise, en particulier le pauvre théorème d'incomplétude de Gödel malheureusement mis à toutes les sauces les plus indigestes. Mais cela fut reçu comme un tour sanglant par ceux qui furent visée par cette petite plaisanterie, qui d'imposteurs démasqués voulurent apparaitre comme étant des victimes outragées. L'auteur s'interroge donc sur les abus de l'usage de l'analogie habituel dans un certain courant "philosophique". Si l'esprit, l'intelligence , cette capacité de la pensée à assembler de manière ingénieuse et agréable les idées les plus diverses est une faculté remarquable, elle devient péniblement intempestive si elle n'est pas secondée par le jugement, le discernement qui permet de distinguer les écarts entre deux idées dont le rapprochement parait brillant à première vue. De quoi parlent donc tous les dialogues de Platon ? Nihil novi sub sole. On aimerait par contre que l'auteur élève le débat et creuse un peu plus les raisons de cette attitude : intérêt ? sottise ? habitude ? malignité ? obligation de tenir un rang ?
Analyse intéressante des différentes réactions observées dans le milieu philosophique, suite à la publication de "Impostures intellectuelles" de Sokal et Bricmont. Là où ces derniers se contentaient seulement de dénoncer des discours sans queue ni tête de philosophes et sociologues instrumentalisant des faits scientifiques, Jacques Bouveresse va plus loin en affirmant que le refus de la logique, de la raison et de la compréhension de la science seraient inhérents à la pratique de la "philosophie à la française", par opposition aux philosophes analytiques ou logiciens. Il dénonce en particulier la propension de nombreux philosophes à réaliser des analogies plus que douteuses entre des théories scientifiques qu'ils ne comprennent pas et des faits sociologiques, et de s'en servir comme argument d'autorité pour appuyer leurs propres hypothèses. Bouveresse s'attaque particulièrement à Régis Debray, qui s'est appuyé sur le théorème d'incomplétude de Gödel afin de montrer qu'une société ne peut se fonder sur elle-même. Bien sûr, si vous dénoncez ces analogies fallacieuses, les accusés se défendront en brandissant le droit à la liberté d'expression et à la métaphore, et vous serez vous-même accusé d'être un partisan de la censure et de la police de la pensée. Et si vous ne comprenez pas en quoi la métaphore est valide, on vous répondra qu'il faut comprendre la métaphore elle-même dans un sens métaphorique. Bouveresse va jusqu'à supposer un complexe d'infériorité des littéraires par rapport aux scientifiques, qui déboucherait sur une forme de "littératisme", caractérisé par un relativisme absolu et une profonde malhonnêteté intellectuelle. Certains passages sont un peu ardus à lire pour les non-initiés, et l'auteur se répète assez souvent dans ses propos. Cet essai est tout de même un bel hommage à la raison et à la logique, et un complément pertinent à "Impostures intellectuelles".
Le pauvre Bouveresse si il voyait qu'aujourd'hui on ne peut même plus critiquer les vulgarisateurs du net et leur triple idéologique de la science. Les adversaires ne sont plus Derrida et Debray mais Squeezie et les pyramides et une bande d'étudiants ratés. Il se serait tiré une balle le pauvre vieux. Cela dit, respect pour le bouquin