Les disparitions s’additionnent autour de la Clara. Après la mort de ses grands-parents, de son père, la dépression de sa mère et l’abandon de son amoureux, l’adolescente se retrouve seule avec pour tout ancrage ses souvenirs. Les racontant à Mondieuquinexistepas, elle les revisite un par un pour les mettre dans sa boitàmémoire.
Entre poésie et roman, cette nouvelle œuvre de Roger des Roches déstabilise et surprend. Abordant le deuil, la dépression, la folie, la résilience, l’auteur entraine son lecteur dans un univers complexe délimité en courts chapitres et agrémenté de suggestions musicales. Pour lecteurs avisés et experts.
Ce roman est tout simplement bouleversant. Le poète Roger Des Roches signe ici son premier roman pour adolescent, dont les critiques sont unanimes. Au départ, la lecture peut s’avérer difficile si l’on n’est pas familier avec la poésie, mais on se laisse rapidement entraîner par le style de Roger Des Roches. On plonge dans les souvenirs les plus beaux et les plus douloureux de Clara, une adolescente de 16 ans, sous forme de courts textes, destinés à garnir sa Boîtàmémoire. Après avoir vu sa grand-mère mourir d’Alzheimer, Clara s’interroge sur la notion de la mémoire. Il lui vient donc l’idée de transformer le coffre à bijoux de son aïeule en Boîtàmémoire, afin de ne rien manquer de sa vie.
Après les décès de ses grands-parents et de son père, c’est au tour de sa mère de s’éteindre à petit feu. Grandement dépressive, elle n’est plus qu’une pâle copie d’elle-même. S’alternent donc des épisodes quotidiens difficiles avec sa mère « zombie » et avec ses souvenirs de Nicolas, son premier amour qui a rompu sans lui fournir d’explications. Désillusionnée, Clara recherche un sens à sa vie. Certains des billets s’adressent d’ailleurs à « Mondieuquinexistepas », où elle tente de comprendre la signification de tous ces événements difficiles. Autant les passages décrivant sa mère sont troublants, les extraits évoquant son histoire d’amour (notamment sa première relation sexuelle) sont empreints de douceur et de pureté.
Clara indique parfois les pistes musicales qu’elle écoute ou qui représentent ses états d’âme. Écouter ces chansons ne pourrait que bonifier l’expérience de lecture et créer une ambiance appropriée. Ce roman peut être une bonne initiation à la poésie pour ceux qui n’en lisent pas. En complémentarité à cette lecture, le recueil de poésie Le verbe cœur, aussi de Des Roches, renfermerait des indices à savoir pourquoi Nicolas a mis fin à sa relation avec Clara. En somme, ce roman nous pousse à réfléchir à nos propres souvenirs, à notre famille, à nos épreuves et au deuil. Un livre court (128 pages), à lire tranquillement, et qui nous habitera longtemps.