Recommandé par l'un de mes profs avec un disclaimer, parce que les constats de Schiffrin sont déprimants et que son vécu d'éditeur poussé dehors par un financier anti-intello est vraiment triste.
Lecture courte et agréable, malgré les réalités décrites, car André Schiffrin est excellent conteur.
Certains passages m'ont choquée, tant ils sont d'actualité. Le champ de l'édition était en proie, déjà au siècle dernier, à de désolantes logiques de marché INCOMPATIBLES avec la nécessité de créer des ouvrages brillants. On s'en doutait. Mais alors l'enfer que représente l'hyper-concentration de ce secteur, surtout aux EUA et en G-B, pitié quoi… N'achetons plus jamais chez Amazon !! Et limitons aussi nos achats FNAC !! (Conseils pas révolutionnaires mais ce bouquin permet de réaliser encore plus la part trop importante que prennent ces structures dans la vente globale de livres, en France et ailleurs).
En tout cas, c'est déprimant. Que ce soit pour les éditeurs ou les libraires : l'indépendance est rude à assumer sous le capitalisme.
Mais il y a quand même des paragraphes encourageants, voire touchants. C'est beau de se dire qu'au milieu de tous ces géants, industriels pour certains, il existe encore des structures à but non-lucratif ou de toutes petites entreprises qui se foutent de l'appât du gain. C'est vrai, j'ai ressenti un élan de fierté (d'honneur??) à bosser dans l'une de ces maisons d'édition de SHS rigoureuse intellectuellement et qui cherche sans cesse à produire des bouquins qui peuvent intéresser des publics que certains grands éditeurs ne veulent pas essayer de toucher…
Mais la conclusion est un peu trop optimiste. Peut-être que l'auteur idéalisait un peu le monde du livre européen. Il y a des leviers, des moyens de combattre (un peu) tous les phénomènes qu'il évoque. Mais l'affaire me semble compliquée au vu de la fascisation de l'Europe, qui était moins perceptible en 99. We'll see.