Infirmière dans un appartement thérapeutique rattaché à un hôpital psychiatrique, la narratrice travaille auprès d'adolescents atteints le plus souvent de pathologies du lien. D'inspiration autobiographique, le récit décrit un huis clos dans un lieu où se côtoient, coexistent et souvent s'affrontent avec violence les soignants et les patients. Premier roman.
Quatrième de couverture «Bon, j'écris ce qui se passe dans mon service. Je travaille dans un appartement thérapeutique, rattaché à un hôpital psychiatrique. On accueille des adolescents. Très malades, souvent, dont personne ne veut. Qui en plus de leurs troubles psychiatriques, ont des troubles de l'attachement, des pathologies du lien. Alors ça remue ! Ça remue les soignants. J'écris les souffrances de ces jeunes. La difficulté de les soigner, de les accompagner ou tout simplement de rester là, avec eux. Je tente d'écrire la complexité des relations avec eux et la complexité des effets sur les soignants et les relations des soignants entre eux. Je veux raconter ce que c'est, ce travail, leur vie. Je veux... Dire. Décrire. Montrer. Tout. Le bon et le mauvais. Je voudrais que l'on pense davantage à eux. Ces adolescents sont invisibles ou méconnus dans notre société. Ou incompris. Terriblement vulnérables, fragiles, si près de l'exclusion totale, ils sont à la marge. À la marge de notre pensée, de nos yeux. Au cœur de mon cœur.»
L'autrice, Mary Dorsan, nous livre un témoignage rare, précieux et sensible sur l'envers du décor de la psychiatrie, sa douleur, ses soignants, ses patients, son manque de moyens, dans ce lieu peu banal qu'est l'appartement thérapeutique où elle exerce en tant qu'infirmière. J'allais dire « travaille » mais je crois que le terme n'est pas approprié tant son discours transpire d'engagement. Elle raconte un lieu atypique, entre deux, ayant vocation à donner un cadre structurant à des jeunes en quête d'autonomie. Pourtant, les difficultés sont là, bien présentes et la première : l'impermanence. Et bien oui : comment donner un cadre, une structure, un rythme, quand les soignants, les chambres, les temps de présence de chacun sont en perpétuelle mutation ? Toujours discutés, réaménagés, objet de négociations, de tensions et parfois même, de rupture ? La soignante s'interroge sur sa place et cherche une réponse (ou une solution?) permettant de faire fonctionner ce service sur de bons rails. Le présent infini qu'elle y décrit est un tourbillon perpétuel entre ses acteurs, toujours voués aux rapports de forces, quelques fois promis aux moments précaires d'affinité partagées. Et puis, l'arrêt de ce présent infini est entrevu à un peu plus de la moitié du récit, où un événement, quoique banal dans ce service (en raison du turn-over élevé), survient et change la donne, en bref : annonce une nouvelle ère. Le début de la fin annoncée, arrive, et nous laisse comme tous les personnages, dans l'expectative d'un avenir encore non tracé. Les lecteurs les plus courageux ayant achevé cet ouvrage comprendront et ceux qui n'y sont pas encore jetés sont invités à le faire sans hésiter !